Des mains…

Posted on 23 novembre 2006

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Des mains,
tendues comme des grimaces
aux rêves des faiseurs de haine.
Des mains qui giclent
le sang noir de la vie
aux yeux
comme des labyrinthes.
Un corps qui tremble
des montagnes de fumée
sur le corps des poupées d’amour
noir – rouge – et âcre
à  la gorge des décapités.
Guillotine au clou
qui sort de ma pipe
et m’éborgne
les bras en croix,
ouverts.
Croix de feu
sur le velours noir
des allumettes brûlées vives.

Des mains offertes aux caresses d’un corps tendu
et pleurent les feuilles vermoulues
comme les figures des dames
aux cœurs d’horloges.
Vieille face de piano de porte.
Vieille face d’anciennement homme.
Au numéro deux ou trois
de la lumière de ta lampe
je sens mes yeux qui brûlent.
Envie de vomir, cœur en croix,
les mains posées comme en écho
sur le rebord du front.

Des mains,
croisées comme des étendards,
l’encre coulant des doigts
entre les doigts,
et l’encre rêve
qu’elle arrose des fleurs de papier
sur un papier de terre,
elle rêve de dessins d’eau
et de sourires de femmes,
et dans le noir-bleu de tes yeux
qu’un oiseau rouge et jaune
chante
un cri d’amour et de tendresse.

Des yeux qui se mettent à marcher
comme emportés par un soupir.
Des mains collées contre le ventre
comme un dormir après la pluie.
Des mains posées sur le destin,
la petite graine d’une petite fleur
qui pleure avant de s’endormir
et la fleur était blanche, au cœur d’or.

Des mains caressant l’ombre
comme on caresse une paupière
et le silence crie
et l’encre cesse de rêver.
Ne reste que le bruit de l’eau
tombant
de l’écorce des arbres
et la terre qui tourne
doucement
sans trembler.

Noir,
dans le noir miroir de ta bouche blanche
se tisse le chemin
et une longue forme,
les dents comme des couteaux
prêts à mordre au dedans
à rebrousse poil
comme on mord le destin.

Des mains,
brisées sur un miroir,
un rêve qui s’endort
mordu par un soupir,
les yeux collés au sol
comme un jeu de cache-cache,
perdu d’avance.

Vieille face de faux-semblant usé.
Araignée aux longs cheveux rouges.
Au numéro deux ou trois
de la lumière de ta lampe
j’ai perdu le fil de mes déchirures,
le sommeil s’est posé sur moi comme un pou
et j’ai mordu la terre
à m’en étouffer,
les yeux à peine retournés.

Noir,
comme une épée de bronze
coulée par des mains sales,
une dent de velours
me traverse la gorge,
les yeux s’arrêtent de marcher
en rond
et attendent
que les mains disent quelque chose.

Les mains se cachent.
Le cri de l’oiseau rouge et jaune
ressemble à la prière d’un vieux moine
debout sur un réverbère
à ne voir la lumière qu’au dessous,
entre ses pieds et le néant
– c’est comme si la forme parlait –
le silence se broie de lui-même
dans le noir-blanc de ta bouche blanche
et les lèvres remuent,
balbutient,
comme la terre,
le souffle du vent sur une porte ouverte
et qui grince.

Et les mains qui se cachent
au plus profond du fond,
comme à faire semblant,
comme à ne rien voir,
derrière le dos,
comme si le dos pouvait cacher.

Des mains,
crispées sur la poignée d’une porte
refermée pour toujours,
sans même un clin d’œil.

Des mains,
serrées autour d’un cou,
le cou d’une poupée-chiffon
qui voulait jouer à la maman.
Un corps lové au fond d’un lit,
froid,
avec pas même des fleurs autour,
pas même un soupir de regret.

Noir,
et l’encre bave le long des doigts
comme une flaque de lumière,
noire,
comme le regard opaque de la mouche
quand elle se pose en face de toi
et te regarde,
juste à te regarder,
ou comme si tu n’existais pas,
ou comme un rêve
et les mains serrées qui s’affaissent,
à trembler à peine.

Vieille face de lumière éteinte.
Vieille face de cheval de Troie,
vide.
Au numéro deux ou trois
de la lumière de ta lampe
mon regard s’est perdu
dans un trou de serrure.
il n’y avait rien de l’autre côté,
rien que des mains tendues,
crispées de peur ou d’amertume,
derrière le dos.
Et dans le noir-blanc de ta bouche blanche
les dents se sont serrées,
une forme s’est estompée
et les mains tremblotantes
faisaient signe aux yeux
de regarder ailleurs,
et les yeux se tournaient vers le vide,
sans pleurer.

Des mains,
tendues comme des grimaces
aux rêves des faiseurs de haine.

Des mains,
crispées comme des tenailles
sur le murmure de la vie,
à moitié coupé…


………………. Pour en finir avec la barbarie
………………. (contre les peines de mort)


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