Les voies du seigneur…

Posted on 19 mars 2009

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« Les voies du seigneur sont infinies, elles passent aussi par le trou du cul. »

Cette formule d’Umberto Eco résume assez bien l’état du monde actuel, un indescriptible capharnaüm que l’on s’efforce de croire sensé.

Pour soi-disant donner du sens, on nous impose chaque jour des normes et des mesures – dans les deux sens du terme – de plus en plus strictes et rigides. Elles n’ont d’autre but que de nous abrutir et de nous rendre malléables à souhait – perméables et corvéables, allais-je dire, ce qui revient au même.

De simples consommables et jetables d’une société dont les seuls rouages sont la consommation et la déjection. Tels sommes nous en cours de devenir.

Pour faire passer la sauce amère, on nous fait quotidiennement miroiter des alouettes, mais ce n’est que la carotte au bout du bâton. D’ailleurs, les alouettes sont elles-mêmes des jetables, et seul reste le coup de bâton.

En bref, autant que l’âne, l’humain a de plus en plus tendance à ressembler « à une vieille chaussette »…

Si autrefois on les reprisait, aujourd’hui, on les jette à peine usagées, de même que l’âne un peu fatigué.

On ne donne pas de sens au néant !

Construit sur du non-sens – une mythologie de l’argent – le monde est devenu une gigantesque fabrique à re-générer du non-sens sous couvert de se prouver qu’il aurait du sens. Cela ressemble à du Pierre Dac, mais cela devient une évidence au regard, par exemple de la « crise financière » actuelle. (On pourrait remplacer le mot « sens » par « néant », cela reviendrait strictement au même, mais ressemblerait à du Heidegger, un néant qui se néantise lui-même.)

Comme quoi les voies du seigneur, aussi bien que celles de l’humain (mais qui a créé l’un à l’image de l’autre ?) dans leur infinitude, passent bien par le trou du cul.

D’ailleurs, si vous photographiez l’intérieur de la bouche de n’importe quel humain – Président compris – cela ressemble à s’y méprendre à l’intérieur du c…

Je termine aujourd’hui par où Paul Lafargue débutait son « Droit à la paresse » :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu; hommes faibles et méprisables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d’être chrétien, économe et moral, j’en appelle de leur jugement à celui de leur Dieu; des prédications de leur morale religieuse, économique, libre penseuse, aux épouvantables conséquences du travail dans la société capitaliste. »

Dans cette histoire qui se mord la queue, celui qui en appelle « à travailler plus pour gagner plus », est donc soit le plus fou de tous, soit le plus habile manipulateur.

Quoi qu’il en soit, il a oublié dieu, celui qui chaque instant nous ch..e son infinie sagesse, « Jéhovah, le dieu barbu et rébarbatif, qui donna à ses adorateurs le suprême exemple de la paresse idéale ; après six jours de travail, il se reposa pour l’éternité. »

Sur ce…. à suivre…

P.S. Pour lire Lafague aujourd’hui, il faut zapper entre les lignes et passer directement au chapitre 4, « A nouvel air, chanson nouvelle ». Mais l’air est bien plus irrespirable aujourd’hui où cette étrange folie qu’est l’amour du travail est devenu la norme.

P.S.2 Je cite « Danse, danse, danse » d’Haruki Murakami :

« Le gaspillage est une vertu primordiale dans une société de consommation à haut rendement… Si personne ne gaspillait rien, l’économie mondiale connaîtrait une grande panique et une non moins grande confusion. le gaspillage est le combustible qui entraîne la contradiction, la contradiction réactive l’économie, et cette réactivation entraîne à nouveau le gaspillage. »

Voir à remplacer « contradiction » par « dialectique » et l’on a presque du Marx dans le texte. Comme quoi le bon vieux Karl a de beaux restes.

Et toujours Haruki Murakami :

« Le concept de capital parcellisé à rendement intensif a atteint son apogée. C’est devenu quasiment une croyance religieuse. Les gens rendent un culte au dynamisme contenu dans le capital. Ils rendent un culte à la mythologie du capital. Ils rendent un culte au prix du terrain à Tokyo, et à ce que symbolise une Porche rutilante. Tout ça parce qu’il ne reste aucun mythe dans le monde moderne. »

A mon avis, une petite rectification s’impose. Un mythe étant toujours basé sur du non-sens et sur son incompréhension ; et le capital étant aujourd’hui l’incarnation-même du non-sens – ce que l’on ne comprend pas et donc que l’on recherche – il est devenu le seul mythe moderne, surtout pour ceux qui n’ont rien dans les poches, qu’il s’agisse de gagner au loto, de la Porche rutilante, ou de l’égalité de salaire entre un footballeur et un grand patron…

Mais l’apogée signifiant généralement l’approche de la fin, souhaitons, sans trop y croire, que le capitalisme dans la forme totalement annihilante qu’il prend actuellement, soit proche de son déclin.

Pour en revenir au bon vieux Karl et à son gendre – Lafargue. On n’a plus besoin aujourd’hui de religion comme opium du peuple, le pognon en fait oeuvre.

Quand à Murakami Haruki, bien au-delà de ces petites phrases, il s’agit de l’un des trop rares « grands » auteurs contemporains. Souhaitons-lui de ne pas dépérir s’il obtient un jour le prix Nobel.

A lire aussi son homonyme, Murakami Ryu et le très fort et dérangeant « Les bébés de la consigne automatique ». Un peu difficile d’abord, mais on s’y laisse vite prendre – ou pendre, c’est selon l’humeur du jour.

Dis la bourse, c’est quand que tu te les coupes !

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