Droit de réponse !

Posted on 9 juillet 2009

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Intéressante la revue de Presse du Nouvel Obs, ce matin, où l’on apprend que la réunion du G8 en Italie ne sert à rien. Parmi d’autres, le Nouvel Obs cite L’Union, un journal de Champagne-Ardenne-Picardie, que, faute d’habiter Soissons, je ne connaissais pas :

« Ne risque-t-on pas de se limiter à des palabres à l’italienne, à un baratin de circonstance coûteux mais stérile ? Le sommet du G8 de L’Aquila a déjà mal commencé avec cette frilosité de trop de dirigeants à oser s’engager dans une vraie lutte pour préserver le climat de la planète. La crise économique a bon dos lorsqu’il s’agit de repousser à plus tard des décisions pourtant impératives pour prévenir une accélération des phénomènes météorologiques extrêmes. Les intérêts égoïstes sont toujours aussi enkystés chez les opportunistes de la politique. À peine commencé ce sommet est déjà amputé de sa dynamique environnementale. Autant dire qu’il ne faut pas attendre de miracles sur les autres sujets.(…) » (Hervé Chabaud )

Je vais donc jeter un coup d’oeil sur L’Union et, dans un tout petit coin, j’apprends que sa sainteté Benoît XVI a tenu causette.Mais lorsque le pape parle d’économie, cela ne fait pas recette, pratiquement seul Le Figaro en a touché quelques mots.

Alors je résume le résumé du Figaro. Monsieur Benoît aurait écrit une encyclique de 145 pages intitulé « L’Amour dans la vérité » et en latin « Caritas in veritate », consacrée à l’économie et à la crise, mais dans laquelle ne figure pas une seule fois le mot « capitalisme ». Une sacrée prouesse ! Et je coupe Le Figaro entre les lignes :

« Il faut se rendre à l’évidence, lance le Pape : «Le marché n’arrive pas à produire la cohésion sociale.» Et devant «la complexité et la gravité de la situation économique», il appelle à «une nouvelle synthèse humaniste» car «l’activité économique ne peut résoudre tous les problèmes sociaux par la simple extension de la logique marchande». De toute façon, estime-t-il, le monde n’a pas le choix : «La crise nous oblige à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner des nouvelles règles (…). La crise devient ainsi une occasion de discernement et elle met en capacité d’élaborer de nouveaux projets.» »

Il avance alors une première idée-force : «Séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution, est une cause de graves déséquilibres». »

Pour y pallier, il faut renforcer le rôle de l’Etat et même créer « une véritable autorité politique mondiale » (…)

Seconde idée-force de Benoît XVI, le rôle du «gratuit» et du don de soi, vecteurs de la prospérité. «L’économie mondialisée semble privilégier la logique de l’échange contractuel, mais elle montre qu’elle a besoin de la logique politique et de la logique du don sans contrepartie.» Ainsi, «pour fonctionner correctement, l’économie a besoin de l’éthique» et, par exemple, «les pauvres ne sont pas à considérer comme un fardeau mais au contraire comme une ressource, même du point de vue économique».

Et comme Le Figago propose de télécharger l’encyclique en question, j’y vais de ce pas.

Déjà ils exagèrent un peu, elle ne fait pas 145 pages (ou dans la version Braye), mais 69 ! Donc, je vais essayer me faire mon propre résumé. Effectivement, il n’y a pas une seule fois le mot « capitalisme ». Mais une fois quand même le mot « communiste ». Et il y a une occurrence pour « capitaliste ». Pour un texte qui veut parler d’économie, ça va être raide !

Et comme un pape a le droit de dire n’importe quoi, sous prétexte qu’il est Pape, je vais lui faire une petite réponse !

De fait, le début ne parle pas d’économie, mais comme l’indique le titre de l’encyclique de Vérité et d’Amour, et comme je trouve cela plutôt pas mal, en dépit de ma totale abstinence vis à vis de la foi et de toute religion, j’en tire quelques extraits :

« La vérité doit être cherchée découverte et exprimée dans l’ « économie » de l’amour, mais l’amour à son tour doit être compris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité. Nous aurons ainsi non seulement rendu service à l’amour, illuminé par la vérité, mais nous aurons aussi contribué à rendre crédible la vérité en en montrant le pouvoir d’authentification et de persuasion dans le concret de la vie sociale. Ce qui, aujourd’hui, n’est pas rien compte tenu du contexte social et culturel présent qui relativise la vérité, s’en désintéresse souvent ou s’y montre réticent.
..

(…) Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. L’amour devient une coque vide susceptible d’être arbitrairement remplie. C’est le risque mortifère qu’affronte l’amour dans une culture sans vérité. Il est la proie des émotions et de l’opinion contingente des êtres humains ; il devient un terme galvaudé et déformé, jusqu’à signifier son contraire. La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux, et d’un fidéisme qui le prive d’un souffle humain et universel. »

Plutôt joli, non ! Moi, je trouve ! Mais évidemment, je supprimerai le « fidéisme ». Ceci-dit, je ne suis pas Pape, laissons le faire son boulot ! Alors je continue de le citer :

..

« Un Christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n’ayant qu’une incidence marginale. Compris ainsi, Dieu n’aurait plus une place propre et authentique dans le monde. Sans la vérité, la charité est reléguée dans un espace restreint et relationnellement appauvri. Dans le dialogue entre les connaissances et leur mise en oeuvre, elle est exclue des projets et des processus de construction d’un développement humain d’envergure universelle. »

Tout à fait d’accord, sauf que je ne vois toujours pas ce que vient faire dieu dans l’histoire. Bon, c’est son problème ! Néanmoins, je suis quelque peu sceptique quant à la « charité ». Il ne doit pas s’être relu Monsieur Benoît, ou n’avoir pas relu son nègre ! Parce qu’à côté de ce beau discours sur l’amour, il ne laisse pas la place aux capotes !J’avais donc bien fait de douter quant au « fidéisme », d’une part, ce n’est pas mon truc, et d’autre part, de le supprimer ouvrirait plus facilement une place au plastic. Quoi que ? Que pense donc dieu dans cette affaire ! En ce qui le concerne directement, d’accord, il n’a ni besoin de capote, ni même de sexe d’ailleurs, pour procréer. Mais s’il a créé l’humain et sa géniture, sans doute aussi a-t-il créé les moyens de la réguler. Et sans doute aussi a-t-il permis à l’humain de créer les médications.

Il faut croire que pour le sida, la préservation n’est pas une médication ! Alors quoi ? L’abstinence ? Certes, Monsieur Benoît en est sans doute coutumier. Mais qu’il demande aux bonobos de suivre son exemple et je doute fort qu’il soit entendu. Et comme il paraît que nous sommes cousins des bonobos, je doute fort que nous l’entendions aussi !

Mais je digresse, revenons au discours de Monsieur le Pape :

« Sans vérité, sans confiance et sans amour du vrai, il n’y a pas de conscience ni de responsabilité sociale, et l’agir social devient la proie d’intérêts privés et de logiques de pouvoir, qui ont pour effets d’entrainer la désagrégation de la société, et cela d’autant plus dans une société en voie de mondialisation et dans les moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement. »

Ah ! Finalement, on aborde l’aspect politique et social ! Mais ce ne serait pas un peu totologique (je le fais exprès) son truc. Bon disons, tautologique ? Bref, l’histoire de la poule et de l’oeuf, vous connaissez ! Monsieur Benoît postule simplement, sans même le poser, que l’homme est avant tout un animal social ! Alors là, désolé, je déserte !!!Monsieur le Pape, s’il vous plaît, pourriez vous réfléchir cinq minutes sur ce qu’est « le social » et sur la notion de « responsabilité sociale » que vous en induisez ! Comme le souhaitent certains, le « social » et la « responsabilité sociale » seraient-ils les mêmes aujourd’hui qu’au Moyen-Age, ou qu’à l’Age de Cro-Magnon. Il ne me semble pas ! A moins que ces notions n’aient été figées dans un dogme que l’on a érigé en religion (ou l’inverse, d’ailleurs, cela ne change pas grand chose).

C’est ce que souhaitent et font certains intégrismes qui, pour mieux les dominer, enferment les hommes et les femmes dans un moyen-âge mental et vital, qu’ils leur imposent en tant que dogme absolu ! Certains intégrismes qui, pour mieux enfermer l’humain dans la misère, emprisonnent les hommes dans des barbes poussiéreuses et les femmes dans des carcans. D’autres qui les enferment dans des robes de bures et la messe en latin, et professent une religion de la vengeance et de la haine – ou, tout simplement de l’antisémitisme. L’intégrisme, quel qu’il soit, est avant tout basé sur la haine et la négation de l’humain !

Et, je suis désolé de devoir vous le dire, je trouve exactement la même chose dans votre propos. Lorsque vous postulez, sans même le réfléchir, que l’homme est un être social, sous couvert de religion, vous l’enfermez d’emblée dans une gangue. Et peu importe laquelle, ce n’est que la votre !

Je voulais faire cette note sous forme humoristique. C’est raté ! Vous m’avez coupé l’humour aujourd’hui, Monsieur le Pape ! J’en reviens donc à votre discours. Et précisément, nous y arrivons :

« Il faut ensuite prendre en grande considération le bien commun. Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en oeuvre pour cela. A côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun. C’est le bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale. »

Admettons, jusque là ça passe. mais quant à la suite :

« Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même (ce bien de « nous-tous »), mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien. C’est une exigence de la justice et de la charité que de vouloir le bien commun et de le rechercher. Oeuvrer en vue du bien commun signifie d’une part, prendre soin et, d’autre part, se servir de l’ensemble des institutions qui structurent juridiquement, civilement, et culturellement la vie sociale qui prend ainsi la forme de la polis, de la cité. »

A nouveau, vous tombez dans l’intégrisme et l’exclusive. Cela ne revient-il pas à dire qu’il n’y aurait qu’un seul modèle de Polis ou de cité, ou, en d’autres termes, que le Mélanésien qui snife l’aisselle de son de son copain pour lui dire au revoir, n’aurait pas sa place dans notre métro parisien ! Pour moi, oui, c’est tout ce que cela signifie !Et décidément, Monsieur le Pape, nous ne faisons pas partie du même monde ! Je laisse là vos conseils. Ils n’appartiennent qu’à vous et à ceux qui veulent vous suivre…

Je préfère très nettement planter des pommes de terre dans mon champ de betteraves, et retourner à ma culture bonobo !

D’ailleurs, selon mon Larousse, « bite », cela peut s’écrire avec un ou deux « t » parce que c’est familier. Combien de message de culs avez-vous reçu aujourd’hui ? Moi, plein !

Et Patti Smith, Because the night

………………………

Dis the night, c’est pour quand la révolution !

 

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