Epiphénoménite…

Posted on 27 septembre 2009

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Les baobabs, porteurs de sagesse, sont devenus comme des pantins de foire, utiles uniquement pour déclencher la mitraille des appareils photos des touristes.

J’ai envie de commencer par cette phrase a priori inepte.

Je parlais hier des « épiphénomènes ». Ils semblent devenir monnaie courante. Ainsi, lorsque le patron de France Télécom parle d’une « mode » des suicides, on n’appelle plus ça un lapsus révélateur, mais un « épiphénomène ». De même lorsqu’un ex ministre des charters devenu ministre de la police, dévoile ouvertement son « arabophilie », ou qu’un procès à l’encontre de l’église de scientologie risque de tourner en eau de boudin à cause d’une réformette légale, ou que … bref passons !

Aujourd’hui, si un mathématicien vous explique que 0 + 0 = 0, il passe pour un niais. Si un autiste vous sort de son chapeau la 140.000ème décimale de Pi, il passe au journal télévisé. J’en déduis que, si le mathématicien est autiste et vous démontre que 0 + 0 = cinq, il risque fort d’avoir le prix Nobel. Et que si l’autiste est mathématicien et vous affirme que la 140.000ème décimale de Pi, du fait de l’effet papillon, a causé la chute du World Trade Center, il passe encore à la télé et obtient le prix Nobel de la paix !

Oui, je sais, cela ne rime à rien ! Mais c’est volontaire ! Et en plus, j’ai envie de faire des phrases longues !

L’art du dire n’importe quoi et n’importe comment, uniquement parce qu’en tant que bipèdes pensants, nous sommes sensés avoir le monopole de l’intelligence, est tellement répandu qu’il permet à n’importe qui de dire n’importe comment n’importe quoi sur n’importe quel sujet ! (Ouf, je l’ai dit !)

Et du moment que cela passe à la télé, ce doit être vrai !

Alors pour une fois, j’ai un peu regardé la télé hier.

D’abord les infos. Un sujet a priori intéressant, puisque qu’écologique, la voiture électrique. Et j’entends le patron de je ne sais quelle fabrique de bagnoles nous dire que la commercialisation et le succès des voitures électriques vont dépendre des réactions du marché… Alors je pose une petite question, c’est quoi, le marché ? Et surtout, qui détermine le marché et ses réactions ? Celui qui consomme la bagnole, ou celui qui la fabrique ? Celui qui la consomme uniquement parce que tout est fait pour qu’il soit obligé de la consommer ? Ou celui qui la fabrique et ne commercialise que celles qui lui rapportent, obligeant ainsi le consommant – on dit aussi le consommateur – à n’acheter que celles qu’il fabrique ?

Il doit faire aussi de l’épiphénomène, le patron de la voiturette, a tenter de nous démontrer que 0 + 0 = six ! En dehors de la couleur de la voiture, je ne vois pas très bien en quoi le consommateur, peut influencer les règles d’un marché sur lequel il n’a aucun contrôle, et qui n’est soumis qu’à la taille du porte-feuilles du fabriquant !

Donc, je zape les infos, et je magnétoscope. Apocalypse, que ça s’appelle ! Un truc interminable sur la seconde guerre mondiale, avec des images prétendues inédites, mais que l’on connaît par coeur, sauf celle d’une petite Rose – sans aucun intérêt pour le film -, un narrateur omniprésent et totalement épuisant… Bref, le truc du genre ORTF des années soixante. Admettons, ce peut être un choix et un style de réalisation, je ne critique pas, même si cela m’endort.

Mais quant au texte !!!

Sur presque deux heures consacrées essentiellement aux années 1941/1942, trois minutes – au grand maximum – parlent de l’un des sujets essentiels de cette période, la mise en oeuvre de la « solution finale », l’extermination systématique et programmée des Juifs d’Europe ! Détail, peut-être, comme disent certains ! Quant à la France, quelques, mais très rares, allusion à la « collaboration » ! Par contre, à chaque fois que possible, le film se transforme en un prétexte à un anticommunisme primaire, digne, lui aussi, des années 60 !

« Hitler va-t-il vaincre Staline ? » Tel devrait plutôt être le titre du film.

Je note d’ailleurs une petite phrase anodine, mais révélatrice du film : « alors le monde retient son souffle. Hitler va-t-il vaincre Staline ? C’est le moment où dans tous les pays occupés, les extrémistes de droite s’engagent aux cotés des forces allemandes, les belges, les danois, les hollandais, et les jeunes de la LVF, la Légion des volontaires français qui ont choisi de porter l’uniforme allemand et d’aller se battre sur le front de l’est… Et ils vont souffrir… ». Les pauvres !

Et, bien pire, au tout début du premier film de la série : « Cette guerre aura fait 50 millions de morts. Plus de victimes civiles que militaires. Le drame des femmes allemandes va se poursuivre quand les canons se seront tus. Un livre bouleversant, « Une Femme dans Berlin », raconte le viol des allemandes par les russes en 1945… » Suit un extrait du livre…

Etrange début pour le moins, qui marque le parti pris de tout le film.

Très mauvaise tactique de France 2, ils auraient dû le diffuser juste avant la fête de l’huma. Cela aurait peut-être dissuadé certains d’aller se noyer dans les embouteillages pour rater le concert de Manu Chao. J’en déduis que cela doit aussi relever de l’épiphénomène.

Donc, je finis par zaper aussi. Mais comme le narrateur d’Apocalypse est aussi réalisateur, on le retrouve dans une émission de France 3, et pour parler de quoi ? Et bien pourquoi pas, du 11 septembre et de la fameuse ou fumeuse théorie du complot !

La question posée par l’animateur est assez simple, faut-il débattre sur la contestation de la version officielle du 11 septembre, ou l’ignorer ? Plutôt embrouillé, Monsieur le narrateur-réalisateur fait un parallèle entre la montée du nazisme et la version officielle du 11 septembre. J’essaye de décoder. Selon lui, le 11 septembre a permis à certains de faire de l’Irak, de Saddam Hussein, et de l’islam en général, un bouc-émissaire pour éviter de parler de la crise qui secoue notre monde. Admettons, il n’a pas vraiment tort. Il va même jusqu’à citer Goebbels selon qui « plus le mensonge est gros, plus il passe », et certes, Goebbels n’était ni un original, ni un grand penseur, mais une simple incarnation de la plus profonde sottise humaine masquée sous un uniforme. On sait ce qu’elle a produit, près de 60 millions de morts en cinq ans !

Monsieur Bush, non plus, n’est sans doute pas un grand penseur, et sans doute lui fallait-il aussi un ou des bouc-émissaires pour occulter son incompétence ! Mais, désolé, il me semble que de mettre en parallèle la complotite du 11 septembre et le nazisme relève pour le moins de la légèreté. Que le 11 septembre ait déclenché chez certains une véritable hystérie paranoïaque, c’est un fait ! Que cette hystérie ait pu servir de prétexte a une guerre destinée à remplir les porte-feuilles des pétroliers occidentaux et, incidemment, à faire que Monsieur Bush se prenne pour un nouveau superman, sans doute ! Mais de faire ce parallèle, reviendrait à comparer Monsieur Bush à Hitler. Or laissons les choses là où elle sont, Monsieur Bush finira bien vite dans les oubliés de l’histoire, alors qu’Hitler y restera à jamais comme l’un des plus grands criminels, le pire et le plus grand à mon sens, jusqu’au prochain du moins !

S’il vous plaît, Monsieur le réalisateur-narrateur, retournez vous abreuver de complotite sur internet, où vous pourrez sans doute trouver une démonstration que 0 + 0 = huit. Mais cessez de faire des amalgames et des parallèles aussi simplistes. Pour moi, cela revient à dire qu’Hitler et la fureur nazie n’ont été que des détails de l’histoire, au même titre que le restera Monsieur Bush.

Alors, je veux bien qu’il s’agisse aussi d’épiphénomène ! Mais il va falloir faire un peu attention où elle nous mène, l’épiphénoménite !

A un truc bien plus grave, sans doute, que la grippe porcino machin chose !

Et j’éteins la télé pour retourner à la culture du baobab savant.


Didier Super…

Dis l’épi…, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Les essentiels