Castration mentale ?

Posted on 2 octobre 2009

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J’avais décidé de consacrer ma semaine à Dieu, histoire de me faire rédempter, un peu, de tous mes pêchers, ou simplement de quelques uns. Mais j’ai préféré faire semaine de vacances, et il faut bien dire que cela revient au même – on se sent tout beau tout neuf au retour.

Alors, afin de me remettre dans l’ambiance, je feuillette la presse :

Répression en Guinée : entre 56 et plus de 150 morts, selon les sources…
Séisme en Indonésie : au moins 1100 morts à Pandang… selon les sources…

Ca tombe bien, j’ai passé mes vacances en Bourgogne !

Et comme Monsieur Benoît XVI a fait envoyer un télégramme de condoléances en Indonésie, il me suffit de citer La Croix :

« Le pape Benoît XVI a déclaré vendredi qu’il « priait pour les victimes et leurs familles dans la peine » après le séisme qui a tué plus de 1.100 personnes, selon l’ONU, dans l’ouest de l’île de Sumatra (Indonésie).
« Profondément attristé » par le séisme « dévastateur » qui a touché l’Indonésie, le pape « prie pour les victimes et leurs familles dans la peine, demandant le repos éternel pour les morts et la force et la consolation divine pour tous ceux qui souffrent », dit-il dans un télégramme de condoléances envoyé en son nom par le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat, au nonce apostolique en Indonésie, Mgr Leopoldo Girelli.
Dans son message, Benoît XVI « encourage les sauveteurs et tous ceux qui sont à l’oeuvre pour assurer un secours d’urgence aux victimes de ce désastre à poursuivre leurs efforts pour apporter secours, réconfort et soutien » aux populations. »

C’est utile parfois un pape, en matière de « secours, réconfort et soutien » ! Bref, j’ai bien fait de partir en vacances, Monsieur Benoît s’étant chargé de la rédemption. Et il semble avoir eu bon nez, le pire étant paraît-il à venir.

Par contre, je ne sais pas s’il a envoyé un télégramme en Guinée :

« La prise de pouvoir n’est toutefois pas et ne saurait être une fin en soi. Fidèles à notre obligation de protéger la nation, nous avons pris nos responsabilités pour redresser le pays et le mener à des élections transparentes, premier pas vers l’enracinement définitif de la démocratie (…)
Pour redresser notre économie, un état des lieux est nécessaire. L’évaluation est une étape indispensable à toute action constructive. A l’instar du diagnostique d’un médecin, l’audit (…) que nous allons commanditer, va quantifier l’ampleur des dégâts et identifier la nature des maux pour nous permettre de leur appliquer une thérapie de choc (…)

Non, ce n’est pas un extrait du discours du pape, mais de celui de Moussa Dadis Camara, Président autoproclamé de Guinée depuis sa prise du pouvoir en décembre 2008. La « thérapie de choc » semble bien avoir commencé.

Bref encore, j’ai vraiment bien fait de partir en vacances… et de laisser le pape en causerie avec Dieu… Le monde n’a pas tellement changé en une semaine !

D’ailleurs, chez nous, comme il n’y a actuellement ni guerre, ni massacres généralisés, et que la « mode » des suicidés du travail semble ennuyer quelque peu le MEDEF, on vient de trouver un nouveau bouc-émissaire du défoulement gendarmesque : le récidiviste en matière d’agression sexuelle.

Certes, je pense qu’il est arrivé à presque chacun d’entre nous de penser tout haut ou tout bas, que ce genre de personnages mérite qu’on lui coupe les c… Mais de là à en faire la une de l’actualité pendant plusieurs jours et d’envoyer autant de journalistes – si ce n’est plus – que de policiers sur les lieux… Il y a un sacré pas à franchir !

Il me semble avoir vu quelque part aux infos que la récidive, en matière d’agression sexuelle, ne représentait que 1,6% des mêmes agressions, c’est un à dire, un phénomène certes grave en soi et inqualifiable pour les proches de la victime, mais un phénomène totalement marginal néanmoins !

Alors, je me pose une simple petite question, pourquoi faire d’un phénomène marginal la Une de toute l’information, comme s’il s’agissait d’un véritable phénomène de société ? Et pourquoi, précisément, créer toute une polémique centrée autour de la réaction immédiate et quasi épidermique de tout un chacun – dont moi-même, je l’avoue – celle qu’on lui coupe les c…, ou, en termes plus châtiés, que l’on impose une castration chimique aux récidivistes sexuels ?

Ne serait-ce pas uniquement une manière simple et efficace de donner dans le populisme – je dirais même, dans « l’épidemisme » ? Ne serait-ce pas non plus une manière à peine détournée de ne pas parler des vrais problèmes de société, voire des problèmes d’humanité, c’est à dire de tous les problèmes qui touchent à 98,4% l’humain du quotidien, et non seulement celui du fait divers ?

Et je pose une petite question encore, de castrer chimiquement et physiquement quelqu’un, n’entraînerait-il, pas presque inévitablement, une castration psychologique ? Et de faire en sorte que le « récidiviste » à venir soit bien pire encore que le récidiviste en puissance ? N’étant ni psychiatre, ni psychanalyste, je leur laisse le soin de répondre… Et je retourne au monde, en « l’épidermisant » à mon tour…

150 mort en Guinée, mon épiderme s’en fiche. Il ne s’agit que de quelques nègres… Il doivent être encore cannibales…

1100 morts en Indonésie, je sors un euro de mon porte monnaie. Sait-on jamais, à l’occasion d’une promotion, j’irai peut-être lors de prochaines vacances…

Les suicidés de Francetélé…, j’en ai quelques poils qui frisottent, mais comme je ne les connais pas, on verra ça à la prochaine manif…

Il paraît d’ailleurs qu’il y a peu, on a crée un « ministre de la relance »… C’est donc sans doute que tout va aller mieux, très vite, dans le meilleur des mondes possibles. Alors avant de faire cuire mes nouilles au jambon, je vais m’acheter un billet de loto… Et finies les vacances, je suis prêt pour onze mois de boulot !

Et le pape ! Bien oui, je l’ai oublié le pape ! J’ai bien fait de prendre des vacances, pendant qu’il prenait soin de nous…

Quant à moi parfois, j’aimerais assez en revenir au singe, mon cousin le plus immédiat, cela m’éviterait sans doute de recourir à la castration mentale !

Dis le singe, c’est quand que tu nous fais la grimace !

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