Rétention « administrative »…

Posted on 4 novembre 2009

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La Cimade publie son rapport annuel sur les « Centres et locaux de rétention administrative » en France, en 2008

Certains parallèles sont parfois utiles à faire. Sous le régime nazifiant de Vichy, on appelait officiellement certains camps de concentration pour « étranger indésirables » du joli nom de « camps d’hébergement », et les « hébergés » y étaient officiellement regroupés parce qu’en « surnombre dans l’économie nationale » ! A partir de juin 1942, on a aussi commencé à y « héberger » jusqu’aux enfants de moins de deux ans – sans doute étaient-ils aussi en « surnombre dans l’économie nationale » ! On sait où et comment la plupart ont fini ! Mais il paraît qu’à l’époque, on ne le savait pas !

Les termes ont un peu changé aujourd’hui. On parle ainsi de « centres de rétention ». Mais la finalité reste la même, se débarrasser du « surnombre dans l’économie nationale », et peu importe vers où on l’expulse, peu importe aussi comment il finira !

Enfin, près de 230 enfants ont été placés en rétention en 2008 !

Je cite donc quelques lignes du rapport de la Cimade sur les camps de rétention en France et sur « la logique essentiellement sécuritaire et répressive de l’Union européenne (UE) en matière de contrôle des migrations. »

« Cette tendance a été conçue par les polices européennes dès la fin des années 80 dans le contexte de la chute du Mur de Berlin, de la montée des populismes en Europe et des effets économiques et sociaux du néolibéralisme triomphant. Elle perçoit l’immigration comme une menace qu’il convient de contenir. Cette option étant incapable de répondre à la question posée – comment réduire les inégalités économiques, démographiques et démocratiques entre le Nord et le Sud qui sont le moteur principal des migrations ? -, elle s’est transformée en un puits sans fond qui renforce d’année en année son dispositif sécuritaire par des lois et des pratiques liberticides et discriminatoires. Le contrôle des frontières extérieures a pris l’allure d’une quasi-guerre aux migrants qui prennent des risques insensés pour tenter coûte que coûte d’atteindre le sol européen. Des données fiables évoquent des milliers de morts en Méditerranée et dans l’Atlantique en 20 ans. »

(…) « En France on n’enferme pas les étrangers, on les “retient”, on ne les expulse pas, on les “oblige à quitter le territoire”, on les “éloigne”, on les “renvoie”, on les “réadmet”. Au point que le ministre de l’Immigration, pour justifier l’enfermement des enfants, invoque la présence de quelques jeux, de chauffe-biberons,de tables à langer dans les CRA… »

« La réalité est plus sordide que les termes choisis par Eric Besson. Les dérives et les absurdités se multiplient : interpellations à domicile, en particulier de familles, devant des écoles, contrôles d’identité motivés par un crachat sur la voie publique ou une traversée en dehors des clous qui révèlent la multiplication des contrôles au faciès, interpellations massives, encouragement à la délation, etc. L’examen superficiel des “dossiers”, sous un angle répressif, l’application mécanique de la loi sans prise en compte des situations humaines conduisent à l’enfermement de femmes enceintes, d’enfants (y compris de nourrissons), de malades, de personnes dont toute la famille est en France ou qui y vivent et y travaillent depuis parfois plus de 20 ans, mais aussi à l’arrestation de touristes ou d’étrangers en train de rentrer chez eux et stoppés à la frontière pour être expulsés et ainsi gonfler les statistiques. »

« (…) Les enfants placés en rétention sont soumis à des formes multiples de violence : violence de l’interpellation très souvent réalisée à domicile, violence de l’enfermement, violence présente dans ces lieux où les tensions sont très importantes, violence faite à leurs parents interpellés, menottés, privés de toute autonomie, violence de l’expulsion enfin. Dans un grand nombre de cas les familles sont interpellées à leurs domiciles ou dans les hôtels où elles logent, voire dans un foyer d’hébergement. Les arrestations ont lieu dès les premières heures de la journée. Souvent tout se passe très vite pour que les voisins, alertés, ne puissent réagir. Quand les enfants sont déjà partis pour l’école, les fonctionnaires de police les récupèrent directement à la sortie des établissements scolaires.

Puis tout le monde est embarqué et placé en garde à vue, pour de longues heures, afin d’y être interrogé. Il n’est pas rare que les aînés servent d’interprètes à leurs parents, quelquefois même à la demande des fonctionnaires de police. Les enfants sont les témoins de tout ce processus fait de violence verbale (cris, menaces, pleurs), physique (menottage, bousculade) et de la précipitation d’un départ imposé (prendre quelques vêtements en urgence, le biberon du bébé, fouille du domicile par les policiers, etc.). »

Sans autre commentaire !

http://www.cimade.org/nouvelles/1914-La-Cimade-publie-son-9-me-rapport-sur-les-centres-et-locaux-de-r-tention-administrative

Téléchargement RapportRetention_2008

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