Un kit pour un nouveau couvre-feu

Posted on 14 novembre 2009

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Qui se souvient qu’en 2005, un certain maire du Raincy en Seine-Saint-Denis, avait décrété le « couvre-feu » ? Qui se souvient que le même personnage avait soutenu en 2007 à l’Assemblée Nationale, un amendement visant à maintenir la peine de mort, «lorsque l’existence même de la Nation est menacée» et, incidemment, en temps de guerre ?

Qui se souvient qu’alors que certains personnages se prétendant de gauche, s’empressaient de rallier la droite dès lors qu’elle pouvait les mettre en lumière, certains personnages de droite n’hésitaient surtout pas à fouiller les tiroirs du Front National, pour sortir de l’ombre ?

Ainsi, après que Monsieur Besson nous ait fait un nouveau doigt d’honneur en truffant son « identité nationale » de fôtes d’ortografe et de ponsifs sénilisants, un certain Monsieur Raoult y va de la surenchère en tentant de mettre au pas les lauréats du prix Goncourt et de leur imposer un « devoir de réserve ».

Je cite : « le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l’image de notre pays. Les prises de position de Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu’elle trouve « cette France [de Sarkozy] monstrueuse », et d’ajouter « Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux », sont inacceptables. »

Alors j’y vais de mon Larousse :

Monstre : Etre vivant présentant une importante malformation, une absence ou une position anormale des membres ; personne dont les sentiments inhumains, pervers, provoque l’horreur ; être anormal qui surprend, intrigue…
Mais peut aussi se dire d’une « grandeur, d’une qualité exceptionnelle », ainsi, un « monstre sacré » désigne une vedette de cinéma ou de théâtre, et le « petit monstre » peut souvent qualifier mon fils !

Monstrueux : D’une conformation contre nature, d’une cruauté, d’une perversion qui provoque l’horreur.
Mais se dit aussi d’une action, d’une chose, ou d’une personne d’une « grandeur, d’une importance, d’une force extraordinaire » !

Je ne ne dispose probablement pas de la même version du Larousse que Monsieur Raoult. Ou peut-être que dans la république de ce dernier, le « couvre-feu » soit aussi assimilable à un « couvre-parole » et qu’étant donné « l’inacceptabilité » des propos de Madame Ndiaye, elle « menace » la nation et encoure par là-même la peine de mort. 

Il convient en effet de citer la suite des écrits de Monsieur le maire du Raincy : « Ces propos d’une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l’égard de ministres de la République et plus encore du chef de l’État. Il lui semble que le droit d’expression ne peut pas devenir un droit à l’insulte ou au règlement de comptes personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions, et de respecter le rôle et le symbole qu’elle représente. »

D’où un petit dilemme que je me permets de poser, n’étant en aucune façon susceptible d’être lauréat du Goncourt : Messieurs Besson, Hortefeux, et incidemment Raoult, sont-ils « monstrueux » en tant que « d’une conformation contre nature, d’une cruauté, d’une perversion qui provoque l’horreur », ou parce que dotés « d’une grandeur, d’une importance, (ou) d’une force extraordinaire » ? Dixit mon Larousse !

Décidément, en ces moments où « l’identité nationale » est sensée « nous » rassembler, il ne fait toujours pas très bon de s’appeler Ndiaye en France, tant une certaine « France » aujourd’hui ressemble à s’y méprendre à une certaine « France » des années 1940 !

Dans un certain kit adressé aux Préfets par un certain ministre, on peut d’ailleurs lire : « Comment éviter l’arrivée sur notre territoire d’étrangers en situations irrégulière,aux conditions de vie précaire génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant, dans une partie de la population, la suspicion vis à vis de l’ensemble des étrangers ? »

Et dans Le monde du 13 novembre, on peut encore lire quelques propos de Monsieur Raoult : « Le président n’est ni un paillasson ni un punching-ball. Et quand un intellectuel entre dans le débat politique, il doit en accepter les conséquences. » !

Merci Monsieur Raoult de nous rappeler qu’un homme politique, n’étant pas un intellectuel, il n’a pas à subir, et moins encore à accepter les conséquences de ses actes et de ses paroles ! Ne parlons donc pas d’une femme politique – surtout de couleur – il doit s’agir d’une pure écervelée !

Quant aux « paillassons »… A force de les refouler, nous n’aurons plus rien où essuyer nos pieds !

P.S. Plutôt que de se demander ce qu’est l’identité nationale – comme si une « identité » pouvait être « nationale » ! Il serait bon de se demander à nouveau ce qu’est « l’humain », et ce que peut encore être « l’individu » au sein de l’humain ! 

Peut-être retrouverions-nous ainsi un semblant d’identité, c’est à dire une identité sans fichage, sans flicage… Une identité sans lynchage.

Bref, une identité à l’égal de l’individu !

Dis le monstre, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Raz-le-bol