Vive la « moijerité » !

Posted on 16 novembre 2009

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Pour mon plus grand plaisir et passer un agréable dimanche, j’ai réécouté hier quelques uns des discours de notre vénéré et grandiose Président*.

J’avais en effet prêté ma collection vinyles de Nirvana à ma jeune voisine qui fêtait ses quarante ans, et ne me restait plus que Piaf et les Compagnons de la Chanson…

Quand les cloches sonnent, sonnent…

Bref, m’étant dit qu’un dimanche studieux ne me ferait pas de mal, et faute d’avoir écouté France-Présidentvision de la semaine, je me suis visionné Monsieur Sarkozy en boucle.

Je passe sur les contenus de ses discours, tous les journalistes s’y rabâchent à ne plus savoir que faire d’autre. Je passe aussi sur les mimiques que chaque humoriste se plaît à copier, et pour cause… Et j’ai même failli passer sur les redites, tant on en a parlé.

Mais il est une redite qui m’a néanmoins frappé, celle de l’emploi du « moi » et du « je ».

On reproche souvent à notre Vénéré de se prendre pour le prochain Roi de France, mais c’est oublier que les rois – quelques peu « dégénérés », certes – avaient pour coutume de se « nousvoyer ».

« Nous sommes le peuple » – pardon « Nous sommes la France – aurait-on ainsi pu entendre de la part d’un Louis.

Bien mal fondé donc, que ce reproche fait à notre Grandissime. A l’image et de son illustre modèle et prédécesseur, et incidemment adepte du « Je vous ai compris », notre Vénéré ne fait jamais dans le « nous ». Tout au contraire, il se réapproprie le « moijevousisme ».

Sans cette relation au « moi – je – vous », un discours de Monsieur Sarkozy est comme un arbre sans racines, une prairie sans herbe, un vieux camembert sans odeur… voire, diront certains véhéments, comme un cercueil sans asticots.

N’étant pas fossoyeur, ne me demandez pas de vous décrire un cercueil sans asticots. C’est d’ailleurs pour la même raison que je ne décris pas le détail d’un discours présidentiel. Cela dépasse mes compétences !

Et c’est encore la même raison qui fait que je ne commenterai pas, ce lundi, le « guide de l’identité nationale » que Monsieur Besson a adressé aux Préfets.

Il est pourtant bien amusant. On peut y lire notamment : « Comment éviter la concentration d’une part importante de la population immigrée dans des zones où les difficultés socio-économiques s’accumulent ? » Personnellement, j’aurai posé la question autrement : « Demandez aux habitants de Neuilly s’ils souhaitent accueillir des immigrés pauvres ? »

Mais on y trouve aussi d’autres calembredaines, par exemple : « Comment réguler la mondialisation sans Nations ? » Ou, mieux encore, « Abolir les frontières, est-ce s’ouvrir aux autres ? » Je présume que celui qui, comme moi, répondrait OUI à ces deux questions, se trouverait manu-militari refoulé à la-dite frontière. Mais j’assume pleinement ! Je veux bien que l’on affrète un charter Paris-Paris pour me « reconduire ».

Et j’en trouve encore une bien bonne « Est-il désormais impossible ou inutile de parler de nation, de patrie, d’identité nationale ? » Dans sa tendre enfance, l’auteur de ce guide n’aurait-il pas fréquenté les mouvances anarchistes ?

Sans doute, mais d’assez loin, parce que parmi les propositions pour « réaffirmer la fierté d’être français », on trouve « faire participer l’ensemble des forces vives de la Nation à la fête nationale du 14 juillet ».

Je ne dois pas être une « force vive », parce que si les nanars de mon espèce allaient défiler le 14 juillet, ce serait aussi amusant qu’un car de CRS perdu au milieu d’une manif de 1er mai. J’allais dire aussi drôle qu’un furoncle sur le bout du nez. Mais il est des cas où le furoncle est acceptable… Lorsqu’il est inévitable, par exemple – et ce doit être le seul exemple ! Mais on s’éloigne alors de la démocratie.

C’est étrange, en allemand, « guide » se transforme parfois en « führer » ! Et le son de la Marseillaise a de drôles de « raisonances » lorsqu’interprété par certains ! L’impur du sang peut facilement devenir l’impur de n’importe qui, simplement parce que son nez diffère, ou sa couleur, son origine, sa religion… ou sa manière de faire l’amour !

Et le « moijevousisme » là-dedans !

Ben quoi, on n’a pas le droit de digresser un peu !

J’y reviens donc :

« La France ne se pense pas comme une juxtaposition de communautés ou d’individus. La France n’est pas seulement une communauté d’intérêts. Devenir français, c’est adhérer à une forme de civilisation, à des valeurs, et à des moeurs (…) Une Nation est un principe spirituel qui se nourrit de la noblesse des coeurs, de la beauté des âmes, de la fermeté des caractères. »

Ah que, c’est joli ! Et notre Vénéré de conclure : « Nous mettre au clair avec nous-mêmes sur ce que nous sommes, sur ce à quoi nous aspirons, sur ce qui nous fait vivre ensemble. Mes chers compatriotes, ce n’est pas regarder le passé mais préparer l’avenir que de faire ce travail et j’ai beaucoup de peine pour ceux qui pensent que l’identité nationale française est si faible qu’il ne faut même pas l’évoquer. »

Merci Monsieur le Président de votre sollicitude et de votre peine, mais je préfère parfois jouer aux autruches que de favoriser l’exclusion sous couvert d’une identité nationale qui n’est rien d’autre qu’un provincialisme bien utile pour se faire réélire, lorsque l’on a rien à penser. Et comme le disent certains amateurs de rillettes, nous n’avons sans doute pas les mêmes valeurs !

« En renonçant à l’autorité, en renonçant même à employer le mot, nous avons pris un risque immense. En sapant l’autorité du maître sur l’élève, nous n’avons pas rendu service à l’élève qui en se prenant pour l’égal du maître n’est même plus conscient de la nécessité absolue d’apprendre. On ne peut pas prétendre forger des âmes de citoyens avec de tels principes. En sapant l’autorité de la Police républicaine, on n’a fait qu’encourager les voyous. En sapant l’autorité de l’État, on n’a fait qu’ouvrir le champ libre à de nouvelles féodalités et donc à de nouvelles injustices. »

Vos valeurs sont celles de l’autorité. Les miennes sont celles de la liberté, une liberté irréductible à toute forme d’autorité au sens où vous l’entendez.

Et pour en revenir et en finir avec le moijevousisme, je cite à nouveau notre Vénérable : « Quand je regarde le drapeau français qui s’est couvert de gloire au nom de la liberté sur tous les continents, mais quand j’entends la Marseillaise chantée avec ferveur, quand je lis les noms inscrits sur les monuments aux morts de nos villages, quand je vois dans l’armée française qui défile magnifiquement le 14 juillet le long travail des siècles, quand je rencontre des ouvriers dans les usines ou quand j’entre sous la coupole de l’Académie française, je vous le dis, je me sens honoré d’être Français. Etre Français est un honneur. Il nous appartient à tous de le mériter. »

Si j’osais, je remplacerais deux lettre du mot honneur… Et pour boucler la boucle…

* Admettons, j’en rajoute un peu. Mais quitte à faire dans le populisme… Autant y aller jusqu’au bout. C’est si bon, une France où tout un chacun se prend pour Monsieur Le Pen !

Dis le moi, c’est pour quand la révolution !

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