Lorsqu’une bouche affamée cesse de crier…

Posted on 19 novembre 2009

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« Au sommet du millénaire de l’ONU en 2000, les dirigeants mondiaux s’étaient engagés à une réduction de moitié de la proportion des personnes souffrant de la faim entre 1990 et 2015. La date butoir vient d’être repoussée à 2025… »

Extrait d’une interview de Stéphane Doyon, responsable de la nutrition pour Médecins sans frontières, parue dans le Nouvel Obs d’aujourd’hui.

Doit-on encore commenter, je me pose la question, tant il semble que tout le monde s’en fiche !

Seul chef d’Etat des pays riches à être présent au sommet de la FAO, Monsieur Berlusconi ! Ce sommet ayant lieu chez lui à Rome, il est clair qu’il ne pouvait guère faire autrement !

Bref, la faim, la pauvreté, la misère du monde… ne font pas recette chez nos chefs d’Etats.

Sans doute ne sont-elles pas assez porteuses de voix pour se faire réélire. Pour cela, il est toujours préférable de faire du clientélisme et de s’attaquer à nos petits problèmes personnels de façade et de ravalement, et je ne parlerai même pas d’identité !

Simple question que je pose néanmoins, comment le « capitalisme » va-t-il faire pour survivre alors qu’il va devoir faire face d’ici peu à trois ou quatre milliards de crèvent-la-faim dans le monde ?

Ou, plus simplement encore, comment l’humain va-t-il faire pour survivre ?

Certes, la notion « d’humain » ne semble plus avoir grand sens aujourd’hui – sauf dans la bouche de quelques moralistes, et je ne suis pas moraliste.

Mais si la notion d’humain se réduit à être « Français » – pour ne prendre qu’un exemple – cela réduit l’humain à une infime minorité. Si la notion d’humain ne se réduit qu’à balayer devant notre porte, avant de la verouiller, cela nous réduit à n’être qu’un non sens.

Pour faire « humain », on se dit aujourd’hui « écologiste ». Et pour faire joli – et un peu populaire – l’écologie est devenue sujet à la mode, on l’utilise même – et surtout – pour vendre des bagnoles. Mais à quoi rime de prétendre réduire le taux de CO2 émis par une voiture, alors que l’on multiplie le nombre de voitures, et que l’on multiplie, surtout, le nombre de bouches qui émettent du CO2, simplement parce qu’elles crient qu’elles ont faim !

Lorsqu’une bouche affamée cesse de crier, c’est qu’elle est morte !

Il paraît pourtant que nos économies « riches » sortent de la crise ! Bon prétexte que cette crise qui n’a eu pour d’autres effets que de délocaliser et paupériser à tout va, et surtout à refinancer un système que son illogisme a conduit à ne plus être capable de se financer lui-même ! Mais il paraît quand même…

Il y a 80 ans, une autre « crise » propulsait le nazisme au premier plan en Allemagne et plongeait le monde, dix ans plus tard, dans la plus sauvage des barbaries. La crise actuelle, souhaitons le, n’aura pas les mêmes effets ! Mais elle n’aura pas donné non plus matière à nous faire penser.

Et nous faire penser quoi, d’ailleurs ?… Qu’il faut racheter une bagnole qui pollue moins pour profiter de la texte écologique ? Qu’il faut acheter une télé haute-définition pour mieux voir la fonte des glaciers en Patagonie, tout en dégustant sa glace sortie du frigo ! Ou qu’il fait quand même nettement mieux de vivre « chez nous » et verser quant il se doit une petite larme pour ceux qui crèvent « chez eux »… Et qu’ils font mieux d’y rester, après tout… Plutôt que de venir bouffer notre pain qui se fait assez rare comme ça !

Oui, que penser quoi, justement ? Lorsque tout le monde s’en fiche, à commencer par nos dirigeants !

Alors je ne peux que répéter :

Lorsqu’une bouche affamée cesse de crier, c’est qu’elle est morte !

Encore faut-il qu’elle ait la force de crier !

Toutes les six secondes, un enfant meurt de faim dans le monde !

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