Ah que…

Posted on 17 décembre 2009

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Johnny ayant volé la vedette à notre cher président ces derniers temps, et le sommet de Copenhague semblant partir en eau de boudin, nous avons eu droit hier à une séance de rattrapage. Et quelle séance, trente minutes totalement insipides sur Canal + face à un présentateur béni oui-oui, maîtrisant à peine ses questions (et lorsque je dis « ses », ce n’est que pour faire joli, tant elles sentent la dictée préparée !).

Je passe sur le plus gros de cet entretien à sens unique, destiné à nous faire comprendre que Copenhague ne doit surtout pas être un échec. Voir l’analyse de Rue 89. Et que si échec il y a, ce n’est pas de notre « fôte ».

Et j’en arrive tout de suite aux sujets de la honte, les expulsions face à l’identité nationale.

Concernant l’expulsion hier de 9 afghans de France dans un charter en commun avec la Grande Bretagne, l’explication de Monsieur Sarkozy est pour le moins concise : Les afghans qui sont ici ne veulent pas vivent en France, mais en Angleterre, et les anglais n’en veulent pas… Les expulsions sont menées conjointement avec le gouvernement anglais, un gouvernement de gauche, socialiste… Les autorités afghanes nous ont donné leur accord, de même que la cour européenne de justice… Ils ne sont pas reconduits vers une zone de guerre… C’est la loi… Donc il n’y a aucun problème.

Et je cite : « Franchement ramener un afghan en Afghanistan alors qu’il ne veut pas rester en France, en accord avec la cour européenne des droits de l’homme et en accord avec un gouvernement de gauche européen, où est le problème ? »

Ca c’est une réponse de Président ! A moins qu’il ne s’agisse d’un « truismeapapa »* !

En effet, comme nous le savons tous, l’Afghanistan n’est ni sujet à la misère, ni à la guerre, et si les Afghans fuient vers la Grande Bretagne, ce n’est que dans le but de devenir tradeurs, ou joueur de foot dans l’équipe de Manchester !

Et concernant l’identité nationale, c’est encore mieux : « Est-ce que c’est moi qui invente la ghétoïsation dans certains quartiers de nos villes, la montée d’une forme de racisme dans d’autres, la violence dans les troisièmes, l’absence de diversité dans les élites françaises ? C’est moi qui invente ça ? (…) Si j’ai organisé ce débat, c’est pour qu’on réfléchisse sereinement… Qu’est-ce que doit faire celui qui est accueilli en France, et que doit faire la France vis à vis de celui qui est accueilli ? »

Si nous n’avions pas compris que les deux sujets « expulsions » et « identité nationale » étaient liés, c’est clair maintenant ! Le débat sur l’identité nationale n’a aucune vocation à débattre du sujet, mais à déterminer les droits de qui est accueilli en France, et donc, incidemment, à déterminer qui doit être expulsé.

Et quant à la question que pose notre président « Est-ce moi qui… ? » Je réponds tout simplement oui ! Si ce n’est pas vous, Monsieur le Président, qui avez « inventé » la ghétoïsation, c’est vous qui la perpétuez et l’institutionnalisez sous couvert de vos lois d’exclusion ! D’ailleurs, plutôt qu’un débat sur l’identité nationale, c’est plutôt une discussion sur « la diversité des élites françaises » que l’on devrait ouvrir !

Et comme la fin de l’entretien porte sur la vie de couple de Monsieur Sarkozy, ce dont je n’ai que faire… Mais comme il fallait faire fort pour faire face au coma médiatique provoqué par Johnny, Madame Bruni-Sarkozy s’y est aussi collée dimanche sur TF1, lors d’un entretien bien plus drôlatique.

J’en cite quelques extraits : « Pour moi la femme française, c’est une femme de tradition élégante, elle est réputée dans le monde entier pour son élégance, pour sa finesse. Mais peut-être que ça me met dans une distance, on ne me voit pas comme je suis réellement, extrêmement fatiguée certains jours, décoiffée… »

Passons, et abordons la politique : « Je n’interviens absolument pas dans la vie politique de mon mari, je n’interviens absolument pas dans son travail, jamais je ne me permettrais de conseiller mon mari sur son travail de chef de l’Etat, parce que je ne saurais pas… »

Ca commence bien, et le présentateur de demander : « Vous avez le coeur un peu à gauche, puisqu’on dit aussi que vous l’avez un peu gauchisé, est-ce qu’il vous a droitisé ? »

Et la réponse : « Sans doute un peu… Je dois vous avouer…, je suis un peu ignorante en politique… Pour moi être de gauche cela signifiait s’intéresser au destin de l’autre, à la vie de l’autre, ou s’ouvrir à l’autre, en vérité. Mais mon mari est tellement comme ça. Etre de droite, ça signifiait des valeurs comme celles de mon père… C’est à dire des valeurs de travail par exemple, de sécurité. Donc, je trouve que mon mari, il conjugue, euh, en vérité, c’est un homme de droite, absolument, si la majorité est de droite. Mais il a une liberté, un non conformisme qui correspondent quand même à, à quelque chose de plus vaste qu’un mouvement politique… »

Nous savons tous qu’ils sont beaucoup, même chez les politiciens, et même de gauche, à être (un peu) ignorants en matière de politique. Mais la définition de la gauche par Madame Bruni est loin d’être inintéressante, elle s’applique en effet très bien à ce que l’on nomme la « gauche caviar »… « Oui, je suis à gôche parce que je m’intéresse à l’ôtre, à son destin, et à m’ouvrir à lui… ». Et si ce n’est que cela être de gauche, alors oui, Monsieur Sarkozy est de gôche, et même (peut-être) Madame Marine Le Pen, en tout cas lorsqu’elle s’intéresse au destin des enfants thaïlandais !

Quant à la droite, si pour Madame Bruni, c’est celle de son papa, des valeurs du travail et de la sécurité, alors je connais plein de syndicalistes de « gôche » qui sont très à droite.

On me dira peut-être que je sors les propos de la jolie chanteuse (qui d’ailleurs avoue mal chanter) de leur contexte. Non, je les cite presque in extenso. Voir l’entretien de TF1.

Suivent quelques considérations dignes de Voici-Voilà et une jolie référence à Proust qui « explique que le mendiant ne souffre pas d’être mendiant, c’est le passant qui souffre pour le mendiant. Mais le mendiant étant mendiant, lui, il est de plain pied avec sa misère. C’est la même chose pour la célébrité, quand on est dedans, à ce niveau là, on n’en a plus conscience. » D’ailleurs, on apprend qu’elle a un ami mendiant, Denis, qui dort dans sa rue, et qui lui apprend… « le libre arbitre ».

On comprend dès lors beaucoup mieux que Madame Bruni puisse avoir été d’une certaine « gôche », celle qui souffre en passant devant le mendiant, tout en pensant qu’il n’a pas conscience d’être pauvre, et que si elle tire ses leçons de son ami Denis, celui-ci doive être un mendiant de droite.

Bref Madame est née en 1967, plutôt pas mal pour ses 42 ans, mais cela explique peut-être les choses… Elle n’a connu que les palais dorés et mai 68 au travers des récits de quelques vieillissants embourgeoisés. Quant au « libre arbitre de la misère »… Passons…

Mais à propos de 68, justement : « C’est toujours agréable la révolution, c’est une chose de la jeunesse, c’est une chose qui correspond à la jeunesse. Briser les interdits, ô mon dieu, quelle chance ! Souhaitons à nos enfants d’avoir des interdits à briser. Le problème c’est que l’époque n’est plus terriblement aux interdits, donc il n’y a plus d’interdit à briser, donc il est interdit d’interdire est une phrase absolument caduque de nos jours. Il faut même peut être sans doute réinstaller quelques petits interdits. Ne serait-ce que pour que les nouvelles générations les fassent sauter. »

Effectivement, l’on ne doit pas connaître beaucoup d’interdits lorsque l’on naît riche et que tout est à portée de main, je n’oserai pas dire à portée de pensée – encore faudrait-il penser ! Pardon, j’oubliais que Madame est « un peu ignorante en politique » !

Mais après tout, ce doit être le cas de tout le monde, puisque tout le monde a tant commenté le fait qu’elle souhaiterait que son mari ne se représente pas, que l’on a oublié le reste.

Et d’ailleurs, Madame Bruni de conclure, à propos de notre Vénéré : « C’est quelqu’un qui s’engage des pieds à la tête, et même amoureusement, et alors ça, pour une femme, c’est tout à fait inédit, euh, et pour un pays aussi, c’est tout à fait inédit… C’est quelqu’un qui est complet, entier, donc je pense que s’il était menuisier, il serait un menuisier entier ».

Je ne sais pas si le euh traduit la bourde, ou s’il est fait exprès ! Quant à la métaphore du menuisier, je ne sais pas non plus si elle se réfère aux outils !… Une jolie leçon de texte en tout cas….

Au secours Johnny, il est vraiment temps que tu te réveilles ! Toi au moins, tu as le droit d’être ridicule, ça ne mettra pas le monde en danger !


Un jeune talent mort trop tôt, Matthieu Côte

On doit s’en douter, le coma médiatique de Johnny ne me fait pas plus d’effet que la mort de Michaël Jackson, ou que l’extinction des crevettes violettes de la face cachée de Pluton. A chacun son truc ! Et puisque Madame l’épouse de notre président nous donne à penser que la phrase « il est interdit d’interdire est une phrase absolument caduque de nos jours » et qu’incidemment, il y a un sommet à Copenhague qui risque fort de ne servir à rien, je pose une simple petite question : à quoi servent nos dirigeants ?

A diriger des dirigeables ?
A les gonfler ? (pour les malentendants : les dirigeables) ?
A les faire monter au ciel, pour recoudre la couche d’ozone ?
Ou à nous prendre pour des pangolins à poils longs ?
Question subsidiaire : à se prendre eux-mêmes pour des pangolins qui nous prendraient pour des autruches ?

P.S. Ceux qui votent pour la réponse 4 se sont faits piéger par les RG. La bonne réponse étant… « toujours dans la bouche de celui qui dirige » !

* Puisqu’il n’y a plus d’interdit, j’ai bien le droit au néologisme !

Dis le néo…, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Raz-le-bol