Et l’identité culturelle ?

Posted on 10 janvier 2010

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Ce doit être un effet de l’hiver, mais j’ai du mal à faire dans le comique en ce moment. Et pourtant, je viens de lire le discours que notre Vénéré président a adressé le 7 janvier au monde de la culture. Et je pensais en pleurer de rire !

Et en effet, n’est-il pas drôle, notre Vénéré président, lorsqu’il déclare : « c’est la mission d’un pays tel que la France, de s’ouvrir à toutes les cultures, de les accueillir toutes sur son sol, et de les promouvoir à l’étranger. »

29.000 expulsions d’étrangers ayant été réalisées en France en 2009 ! C’est sans doute pour mieux promouvoir leur culture… à l’étranger ! De même que la notre… !

N’est-il pas d’un redoutable comique lorsqu’il nous rappelle que : « En 2010 comme en tout temps la culture n’est pas là pour nous «divertir», c’est une vigie fidèle qui nous prémunit de tout ce qui peut porter atteinte à notre humanité et qui nous aide à nous élever. »

Et plus encore : « La seule parade à toutes les formes de terreur et de terrorisme est de garantir la liberté de pensée et de conscience, et cette liberté s’acquiert par la culture. »

Et pour clou de l’hilarance : « La pratique musicale – qui n’en est pas persuadé ? – c’est aussi une façon d’apprendre les règles de l’harmonie en société.  »

Bon, je sais, primo, je sors les phrases de leur contexte, et deuzio, je néologise !

Mais en ces temps où l’identité nationale nous fait son 14 juillet en plein hiver, j’en ai le droit ! Et d’ailleurs notre Vénéré de poursuivre : « le sectarisme ne fait pas partie de mon identité personnelle. » Donc…

A propos d’identité justement, sur un discours de huit pages, on peut noter 121 occurrences de « je » ou « j' », soit une statistique de 15,125 fois par page. « Alors je sais bien que la culture, ce sont des lettres plus que des chiffres, des émotions et non des statistiques, mais enfin, je me réjouis de ces premiers résultats. »

« Pour le reste, je ne serais pas à la hauteur de mes responsabilités de protecteur de notre culture, si je ne faisais pas respecter ce droit. Pour cela il faut déployer une stratégie globale. »

Bref, je ne sais pas qui a écrit le discours de notre vénéré*, mais sans doute un grand spécialiste de la culture du petit pois en petits pots (j’allais dire en boîtes) ou du mirliton jouant de l’accordéon dans la fanfare de Saint Cucufat.

En fait de « culture », il est surtout question de « produits culturels », d’économie, de marchés, de fiscalité et de droits. C’est à dire uniquement de fric !

D’ailleurs « les perspectives de rentabilisation sont nombreuses dans la nouvelle économie du savoir. L’Etat sera présent « en force », car on ne peut accepter que nos ressources servent uniquement à accroître les revenus des grandes multinationales. Des plateformes seront mises en place à travers des partenariats public-privé, avec le souci de l’offre mais aussi de la demande. Qu’il soit lecteur, mélomane ou cinéphile, le public veut accéder instantanément à toute l’offre de livres, de musiques, de films, quel que soit l’éditeur ou le distributeur. Le rôle de l’Etat est éminent pour conserver et diffuser les œuvres du domaine public, mais aussi pour encourager et réguler des marchés qui peinent à « décoller ». »

Bien évidemment, cela ne devrait pas décevoir les adeptes de la culture Johnny Halliday revue et corrigée par Voici-Voilà entre deux bières et un match de foot.

Et en effet, « La déréglementation financière a conduit le monde au bord du gouffre. Tirons-en la conséquence qu’en matière culturelle elle n’est pas la panacée. C’est assez simple à comprendre. »

Ah que ! J’ai compris !

Mais pour le petit cu-cultureux que je suis, j’ai l’impression de que transformer la culture en un simple produit économique va l’uniformiser tel un « réalisme socialiste » à la mode de Staline et réduire l’expression véritable à ne figurer que dans des expositions « d’art dégénéré » à la mode d’Hitler !

Ah que ! J’ai vraiment compris !
Dès demain, je ne fais de l’art que pour qu’il se vende !

Mais où se trouvera dans cet art du fric « la liberté de pensée et de conscience », la « vigie fidèle qui nous prémunit de tout ce qui peut porter atteinte à notre humanité et qui nous aide à nous élever » ?

Sans doute dans l’art de cultiver le pois chiche !

Culture, culture, vous avez dit culture !

Entre l’art de cultiver le pois chiche et celui d’ensemencer l’identité nationale, il n’y a parfois qu’un petit saut à faire :

« Au cœur de cette culture humaniste je place aussi l’Histoire, que nous devons tous connaître pour ne pas en reproduire les erreurs. J’ai décidé de créer une «Maison de l’Histoire de France» pour que chacun, Français ou visiteur de passage, puisse comprendre d’où vient la France, d’où vient que nous sommes français, quelle est notre identité. La Maison de l’histoire de France n’écrira pas je ne sais quelle «histoire officielle» mais questionnera sans relâche notre Histoire et présentera au public « nos » histoires de France. Il est normal que les faits donnent lieu à des interprétations variées, il est souhaitable de multiplier les points de vue, il faudrait même solliciter davantage le regard des historiens étrangers. En revanche la réalité des faits ne doit pas être ignorée, non plus que le fil chronologique qui relie les événements les uns aux autres. C’est donc, vous l’avez compris, un projet qui me tient très à cœur. Frédéric Mitterrand me proposera dans quelques semaines un lieu, un siège pour cette Maison de l’Histoire, sa “vitrine” en quelque sorte. D’ici au printemps, nous déciderons de son organisation et de ses équipes.

Désolé pour les non adeptes de notre Vénéré, j’ai cité in extenso et ce doit être très fatigant, sauf pour les adeptes de la création de possibles….

Mais quid de la « Maison de l’histoire de France » ? Une vitrine ?… Ou une foutaise à la manière du mausolée de Mao ? Et à quoi donc serviront nos universités et nos chercheurs en histoire ?… Sans doute à cultiver l’art de faire pousser le baobab des faits dans une logique où  » la réalité des faits ne doit pas être ignorée, non plus que le fil chronologique qui relie les événements les uns aux autres » ! Bref, une réalité qui plaise à notre vénéré Mao.

Et pour finir !

« Vous le savez, il s’agit d’un sujet qui me passionne, et pour lequel je veux assumer mes responsabilités complètement. Je voudrais vous faire comprendre que je suis décidé à faire changer les choses. La France a une responsabilité particulière, le chef de l’Etat a une responsabilité particulière à l’égard de la culture. Je resterai très attentif. Au fond, si Jack Lang a été l’excellent ministre de la culture qu’il a été, c’est parce qu’il avait le soutien du Président de la République. Alors c’est un retournement de l’histoire, c’est à mon tour de soutenir un Mitterrand ! Et je le fais très volontiers.  »

Pour ceux qui ne l’avait pas compris, Frédéric Mitterrand n’est pas un ministre, mais uniquement un nom et un symbole !

Au fait, le 8 janvier, ce n’était pas l’anniversaire de la mort d’un certain Tonton !

*Je déroge à ma règle et foin de majuscule !

Dis Moa, c’est pour quand la … ben oui ! la révolution !

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