La démocratie du pinson

Posted on 13 mars 2010

0


Le pinson des arbres, mâle, adulte, a les parties inférieures rosâtres avec le bas-ventre blanchâtre. Les parties supérieures comprennent le manteau brun-noisette, et le croupion verdâtre. Son bec est gris-bleu en été, et brun clair en hiver.

Quant à la femelle pinson (des arbres) si elle a aussi le croupion verdâtre, son bec, brun, ne change pas de couleur suivant les saisons.

Ceci dit, si vous êtes daltonien, cela vous fait une belle jambe !

Mais pourquoi cette soudaine passion pour les pinsons ?

C’est simple, daltonien ou non, il est préférable de reconnaître le pinson par son chant.

En effet, le pinson fingote, mais il peut aussi ramager ou siffler. Tout dépend de son humeur. Et son cri habituel est un net « pink-pink ». En cas d’alarme, il émet un son ténu. Mais lorsqu’il chante, il produit alors une série courte et puissante de notes descendantes, finissant en fioritures avec beaucoup de variations.

« Fingoter » n’est pas dans mon Larousse. En revanche, il a « fion » qui, en langage populaire signifie « dernière main » – en gros, donner le coup de fion, c’est fignoler, ce que je ne savais pas. De même que chez les suisses, le fion est un mot d’esprit.

Comme quoi nos amis suisses ont encore le mot d’esprit bien placé. Surtout lorsqu’on leur parle de minarets.

Personnellement, j’ai toujours pensé que « fion » était synonyme de croupion. Mais bon, mon éducation laisse à désirer. Et d’ailleurs, mon Larousse ne comporte pas les noms « propres » !

Je n’y trouve donc pas le nom d’un certain premier ministre, d’origine suisse, sans doute, qui prétend nous légiférer sur la burqa, et ajoute même : « La pratique du port du voile intégral heurte notre conception ouverte de la vie sociale. En démocratie, on ne vit pas masqué. »

Notre conception de la démocratie ne doit pas être identique, de même d’ailleurs que celle du pinson. Il est pourtant notoire que les hommes politiques changent aussi de couleur en fonction des saisons, et qu’ils sont adeptes du fion suisse… Passons…

Certes, la « pratique du port du voile intégral » me heurte, mais ni plus ni moins que me heurte la pratique de la ceinture de chasteté (physique ou mentale) que nos joyeux catholiques imposaient il y a peu encore à nos femmes dites « civilisées ». Elle me heurte comme toute forme d’exclusion… Comme toute forme d’esclavage.

Mais précisément, de l’interdire ne conduit qu’à mettre un voile sur le voile, et, en empêchant de la penser et de la raisonner, à ne poser qu’une exclusion sur une exclusion… Et à renforcer l’esclavage !

Alors oui ! Si une certaine conception de la démocratie consiste en l’art d’interdire et d’exclure à tout prix, ce n’est pas la mienne !

Et mon Larousse est parfois idiot, parce qu’il ne mentionne pas l’expression « damner le fion » qui, pourtant usuelle et écrite à la va comme je te pousse, signifie rectifier une attitude jugée incorrecte à grands coups de pieds dans le… derrière !… Ce qui doit relever de la démocratie de notre premier ministre.

A cette conception de la démocratie, s’il me fallait choisir, je préférerait nettement celle du fion suisse ! Ou celle du pinson !

Et précisément, il me faudrait choisir, demain, en allant voter. Mais il s’agit tant d’un voyage dans le fond du fion que, comme d’habitude, je m’abstiens et persiste et signe. A la manière du pinson femelle, mon bec ne changera pas de couleur selon les saisons. De même qu’à la façon de l’espèce pinson, mon croupion restera verdâtre, pour s’être un peu trop fait damner le fion…

La votance du tant-bien-que-mal-pensant, ce n’est pourtant pas un mot d’esprit suisse. Il s’agit de l’invention d’un certain Napoléon III (le petit, selon Victor Hugo) afin de se faire plébisciter et de s’introniser empereur. Mais, d’une part, il n’y a jamais eu de Napoléon II, ce qui prouve qu’il ne savait pas compter. Et surtout, son suffrage excluait tous les exclus (dont les femmes, par exemple, qu’elles soient voilées ou crinolinées).

La votance du tant-bien-que-mal-pensant, désolé mais j’insiste, ne consiste donc en rien d’autre qu’à aller se faire « damner le fion », et se le colorer de vert, de rouge, ou de bleu (et même parfois de bleu blanc rouge), pour élire des adeptes du fion suisse (généralement colorés de vert, comme un billet de 100 euros), et dont la seule pensée profonde est de vous barioler le fion en rouge pour vous faire croire que vous existez. Et d’ailleurs, peu importe la couleur, elle finit toujours par des bleus.

Et pour en finir avec le fion suisse, le mot d’esprit, la démocratie, et une certaine conception « ouverte de la vie sociale » ; ce matin, j’ai acheté une boîte de carottes (oui, un truc orange que mangent les lapins et les ânes) au Monoprix (oui, le truc qui t’impose ses prix parce que « Mono » et tais-toi) ; et sur la boîte à bouffer, je lis « Une bonne action, ces légumes achetés = des légumes offerts à la banque alimentaire ».

Ben vouis quoi ! C’est génial la démocratie ! Même en alimentant le capital des actionnaires de Monotruc, j’ai l’impression de donner à bouffer à des pauvres.

Comme quoi, il y a toujours une carotte au bout du bâton, mais on ne sait même plus s’ils le font exprès.

Bref, s’il fait moche demain, allez visiter le site oiseaux.net, on y apprend plein de choses sur la démocratie des oiseaux. Mais pas sur la démocratie du fion.

Et plutôt que de parler d’un No Sarkozy day, pourquoi ne pas parler d’un No élection day ! Au moins, mon non-vote volontaire aurait un sens démocratique.

Dis carotte, c’est pour quand la révolution !

Publicités