Stéphane Guillon antisémite ?

Posted on 1 avril 2010

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Je viens de lire la tribune de Jean-Luc Hees publiée dans Le Monde, revenant sur les propos de Stéphane Guillon sur Eric Besson. Il faut le dire, elle ne présente pas grand intérêt, sauf de se terminer par l’expression (ou le sermon) : « chaque jour que Dieu fait… »

Que Monsieur Hees soit croyant, c’est son affaire, et cela ne me regarde pas, mais lorsqu’il l’exprime dans Le Monde, en tant que directeur de France Inter, et même au simple détour d’une phrase, pour le moins, cela me surprend. Je dirais même que cela me gène.

Revenons sur cette tribune. Quel en est le propos : « de voir jusqu’où l’élégance et l’humour pouvaient cohabiter dans les années 2010 », dixit Monsieur Hees. Passons sur le fait que Monsieur Hees aurait pu mieux choisir ses mots, sous peine de se prendre une veste humoristique… Et peut-être bien de couleur taupe (eh oui, cela existe).

Bref, que Stéphane Guillon ait qualifié Eric Besson de « taupe du F.N. », cela ne semble pas choquer le patron de France Inter. Ce qui le heurte, c’est que l’humoriste le « décrivait notamment » avec des « yeux de fouine » et un « menton fuyant ». Mais ce qui le heurte encore plus, c’est que s’étant excusé en tant que « responsable » de la station, certains l’aient qualifié de « liberticide ». Enfin, ce qui semble l’occuper « réellement », c’est que cette polémique « met en cause, si on me permet un peu d’emphase, des principes fondamentaux pour la République et la démocratie. »

C’est quoi ce verbiage, Monsieur Hees ? Je me permets de vous le demander ! Vos propos sont un tel amalgame que je ne comprends pas la cause de votre colère, et ne comprends plus celle de vos excuses.

« Rien n’est plus important, pour un républicain, pour un démocrate, que l’attachement à la liberté d’opinion et d’expression. » Dites-vous. Certes ! Mais pour vous aussi, l’humour a deux limites :

La première, « celle de l’acceptabilité des citoyens (dont il est le premier juge) ». Justement non ! C’est plutôt le citoyen, c’est à dire le public qui en est juge. Un humoriste face à une salle vide, n’est pas plus drôle qu’un dromadaire perdu sur la banquise.

La seconde, et c’est celle qui vous intéresse en tant que responsable de radio, « celle des grandes valeurs morales qui scellent le pacte républicain. » Bien grands mots, surtout lorsque vous ajoutez, « C’est là que le bât blesse » pour ne rien nous dire d’autre que : le pacte républicain est « ce qui unit tous les citoyens. »

Je suis désolé, mais si le pacte républicain est une chose qui m’unit aux personnes qui votent pour Monsieur Besson, où à celles qui votent pour le Front National, c’est une chose que je ne connais pas. A moins de considérer que l’un d’entre nous ne soit pas citoyen ! Et je ne dénie pas le droit de citoyenneté à l’extrême droite (même si l’inverse n’est pas toujours le cas.)

Bref, le raisonnement de Monsieur Hees n’a pas grand sens. Je me dis donc qu’il doit cacher autre chose. Et précisément, nous en arrivons à l’histoire, celle avec un grand « H », « Qui nous enseigne que l’attaque personnelle, fondée sur le physique de la personne, fait partie de ces valeurs infranchissables. »

Or, sous couvert d’Histoire, le patron de France Inter assimile, mais sans le dire ouvertement, Stéphane Guillon à un antisémite. Je cite « Les années sombres, les références tellement amusantes aux yeux de fouine, au nez et aux doigts crochus, sont là pour nous le rappeler. » C’est aller vraiment loin dans l’amalgame, je dirais même dans l’outrance. Monsieur Hees nous ayant incité à relire les propos de l’humoriste, je les ai réécoutés. Je ne pense pas que nous ayons la même écoute.

Quant à ce retournement d’argument, il est d’une facilité déconcertante (mais pas vraiment drôle). Nous sommes très nombreux à avoir comparé les méthodes incarnées aujourd’hui en Monsieur Besson aux « années les plus sombres » de notre histoire, au nazisme d’une certaine France de Vichy… Donc, nous sommes les vrais antisémites, puisqu’il nous arrive aussi, mais uniquement en paroles, de faire de l’attaque au faciès… et pourquoi ne serions-nous pas aussi des fauteurs de guerre !

Et quant au reste de la tribune de Monsieur Hees, il faut bien le dire, je dois être béotien, mais j’ai du mal à en cerner le propos. Alors je n’en tire que deux extraits :

« France Inter, et cette séquence le prouve à l’envi, est chimiquement pure sur le chapitre des libertés » et « chaque jour que Dieu fait… »

Franchement, le « chimiquement pure », cela me rappelle des choses et une certaine période « sombre ». Il y a des mots à manier avec précaution. Tant ils peuvent rappeler du « sombre »…

Quant aux jours que Dieu fait… j’en laisse juge la censure de… Dieu (?)

Souhaitons simplement que cette tribune ne soit née que d’un mauvais réveil matinal… Une sorte de zaudimatique !… Ceci-dit, n’y aurait-il pas des jours où il serait préférable de se taire, plutôt que de jouer le mauvais poisson ?

P.S. Il va sans dire que j’ai envoyé cette petite réaction à France Inter. Mais je ne pense pas recevoir de réponse. Il paraît qu’il existe un point Godwin (ce que je ne connaissais pas), qui serait une sorte de point de non retour de la pensée… Mais au premier abord, cela ressemble un peu au point G, seuls ceux et celles qui l’ont approché savent l’apprécier, les autres ne faisant surtout que d’en parler…

Dis la veste, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Bof Bof...