Les tulipes de la révolution et le start system

Posted on 9 avril 2010

0


 

 

J’ait failli intituler cette note : « Petit traité de logistique (financière) militaire pour les nuls et les kirghiz », mais c’est un peu long pour un titre. Et je commence par un petit raz-le bol.

 

Que l’UMP refuse de payer une chambre d’hôtel 5 étoiles à Rachida Dati, il faut bien le dire, je m’en fiche totalement. Mais…

Je regarde les articles les plus lus de la presse.

Dans le NouvelObs.Com : « Rumeurs sur le couple Sarkozy : opération de déminage à l’Elysée », suivi par « Le nouveau site web de Rachida Dati fait parler le web », et en troisième, encore la rumeur !

Dans Libération.fr : « Le patron du renseignement contredit Carla-Bruni-Sarkozy », suivi de… la rumeur, et encore la rumeur, jusqu’en quatrième place. Rachida Dati n’arrive qu’en huitième lecture, et toujours à propos de rumeur !

LeMonde.fr n’affiche pas la liste des articles les plus lus, mais des plus commentés : « Rumeurs sur le couple Sarkozy : le contre-espionnage a été saisi », et encore, encore et encore… la rumeur !

Il faut lire LeFigaro.fr pour que cesse un peu la rumeur, les articles les plus lus étant : « Les niches les plus coûteuses sont les plus populaires » et « Fillon relance la chasse aux niches fiscales ».

Et il faut aller aux Etats-Unis pour que la Une du New-York Time et celle du Washington Post traitent d’un autre sujet : le Kirghizstan. (Mais, là-bas, il ne semble pas – encore – y avoir de rumeur concernant le couple Obama. Ce qui viendra sans doute…)

Bref ! Trêve de la rumeur de l’Elysée, ou de l’humeur de Rachida Dati, et de tout ce « bling-bling » inutile, parce que, comme certains le disent : « Y en a marre ! » Et parlons donc du Kirghizstan.

Ceci-dit, en dehors des kirghiz, tout le monde devrait se foutre de ce qui se passe au Kirghizstan.

C’est un trou du cul du monde coincé entre la Chine et quelques autres pays-stans qui, comme lui, doivent leur existence à l’éclatement de l’Union Soviétique. Il n’y a pratiquement que des montagnes, dont un pic Pobedy, ce qui en russe signifie « victoire », et même un pic Lénine qui culmine à 7134 mètres, ce qui explique sans doute pourquoi il n’a pas été déboulonné. Il doit y faire un froid à décorner les boeufs, et l’on se demande comment 5 millions d’habitants peuvent bien le peupler. Mais on ne choisit pas son lieu de naissance.

De fait, si vous demandez à Madame Michu, c’est quoi le Kirghizstan, elle ne connaît pas ! Par contre, elle connaît bien la couleur de la robe de Rachida Dati.

Alors pourquoi donc le Kirghizstan fait-il la Une de la presse américaine ?

C’est assez simple ! D’ingénieux militaires U.S. ont justement profité de ce trou d’Asie centrale, ignoré du monde, pour y installer en 2001 une base militaire. A vol d’avion, en effet, l’Afghanistan n’est pas bien loin (à peine une heure trente). En 2008 environ 170.000 « personnes » (dont quelques militaires et mercenaires) et 5000 tonnes de fret, ont transité par cette base. Il faut dire qu’il s’agit de la seule base américaine dans cette région depuis la fermeture fin 2005 d’une autre base militaire en Ouzbékistan.

On comprend dès lors un peu mieux l’intérêt des américains pour ce bled paumé.

Mais le Kirghizstan offre d’autres intérêts. Dans le grand partage de l’industrie guerrière, les russes aussi y ont installé en 2003 une base militaire. Et comme le pays n’est pas bien grand et surtout peuplé de montages, la base russe n’est pas loin de l’américaine.

En gros, vous prenez la capitale du Kirghizstan, Bichkek (non, ce n’est pas une blague), d’un côté il y a la base U.S., de l’autre la russe.

Et pour en revenir aux « rumeurs » (mais pas les mêmes), en juillet 2009, lors de la visite de Bichkek par le vice-premier ministre russe, il n’y était pas seulement question d’un séjour touristique, mais aussi de « rumeurs » concernant l’implantation d’une nouvelle base militaire russe dans le sud du pays.

Pays qui devrait aussi nous intéresser d’ailleurs, puisque sur la base américaine, quelques soldats français se promènent (en touristes, sans doute).

Et quant à l’intérêt du Kirghizstan pour de telles bases militaires. Bien voyons ! Il est avant tout financier et fait partie d’un jeu de surenchères mettant face à face russes et américains.

Ainsi lorsqu’en 2009, suite à la promesse russe d’un prêt de plus de 2 milliards de dollars, le parlement kirghiz votait la fermeture de la base américaine, celle-ci est bien évidemment restée ouverte, moyennant un loyer multiplié par trois (et oui ! ce n’est pas gratuit une base militaire : loyer 117 millions de dollars).

Mais pour en revenir à l’actualité, sur le site de l’agence de presse russe RIA Novosti, en date du 6 avril 2010, on pouvait lire :

« La présence militaire américaine sur le sol kirghiz déstabilise la situation politique dans le pays et nuit à la démocratie, stipule la résolution adoptée mardi par le Conseil des « aksakal » (sages) du Kirghizstan. « La base militaire des Etats-Unis est devenue une sorte de « sauf-conduit » international pour les présidents du Kirghizstan, tacitement autorisés à (…) violer les droits de l’homme et à museler la presse libre », estiment les auteurs du document. » et les sages de viser la « politique inconséquente et irréfléchie des autorités kirghizes… »

Le même jour, mais très probablement par hasard, se déclenche un sinistre ballet de manifestations-repressions qui conduiront à la fuite du président Kirghiz, Kourmanbek Bakiev, et à la formation, par l’opposition, d’un gouvernement intérimaire dirigé par l’ex-ministre des Affaires étrangères, Rosa Otounbaïeva.

Bilan officiel : 76 morts et 1520 blessés !

Et, comme par hasard encore, l’une des premières annonces de la présidente par intérim consiste à dire que la base militaire américaine restera ouverte. Et, mais sans doute un hasard de plus, 150 parachutistes russes débarquent sur leur base militaire (juste en face de l’autre).

Donc, pour rappel (ou embrouiller un peu les pistes), en 1990, l’ex mathématicien Askar Akaïev est élu président du Soviet suprême de la République socialiste soviétique de Kirghizie.

En 1991, (bling-bling) exit de l’Union soviétique, Askar Akaïev est néanmoins (réelu) élu président de la nouvelle république du Kirghizstan, il le sera encore en 1995 et 2000.

Il passe alors pour le plus démocrate des dirigeants d’Asie centrale et permet d’ailleurs l’ouverture en 2001 de la base américaine (cf ci-dessus). Puis il passe pour de moins en moins démocrate et autorise ainsi en 2003 l’ouverture de la base (soviétique) russe (cf ci-dessus à nouveau).

Puis il passe pour tellement peu démocrate, qu’en 2005, il est renversé par la démocratique « révolution des tulipes » (sorte de remake de la révolution orange qu’avait subi l’Ukraine un an plus tôt). Il est alors remplacé par le futur ex-président actuel Kourmanbek Bakiev (celui qui est en fuite, mais toujours président en titre).

Ce nouveau président Bakiev, qui passe tout d’abord pour très démocratique, en arrive néanmoins à devenir de plus en plus autocrate (on a changé de terminologie entre temps) à tel point qu’en 2009, on parle de la fermeture de la base américaine (etc., etc.) et de l’ouverture d’une nouvelle base (soviétique) russe…

D’où… son renversement aujourd’hui par un truc que l’on appelle pas encore révolution (on n’a pas encore trouvé la couleur de la fleur). Et son remplacement par Rosa Otounbaïeva qui, jusqu’à présent, passait pour plutôt (pro-soviétique) pro-russe, donc plutôt autocrate, mais qui s’empresse de dire que la base américaine restera ouverte, tout en multipliant les contacts avec les russes…

Et les Kirghiz dans cette histoire… Bilan officiel : 76 morts et 1520 blessés !

Bref, lorsque le capitalisme nous fabrique des révolutions de couleur, cela donne… un bordel indescriptible ! Mais lorsque le capitalisme ne sait même plus comment nommer ses révolutions… Cela donne une sorte de « hub », un mille-pattes plein de fils que l’on colle derrière son ordinateur pour s’y retrouver, mais comme seule ma chatte parvient à y accéder, c’est devenu… un bordel indescriptible !

Révolution mille-pattes, ce n’est pas terrible, à vrai dire cela fait même un peu Mao. Comment donc allons nous appeler cette nouvelle révolution Kirghize ? Tiens, pourquoi pas « révolution start » ?

Il paraît en effet que les russes et les américains viennent de signer un nouvel accord pour réduire leur arsenal nucléaire. On apprend ainsi qu’il ne restera bientôt plus de 1550 têtes nucléaires opérationnelles dans les deux pays… Et même, selon L’Humanité, que Barack Obama, qui aurait estimé que ce traité avait « stoppé la dérive » des relations russo-américaines…

Mais on ne dit pas s’il y a des têtes nucléaires sur les bases du Kirghizstan, et encore moins combien il nous restera de têtes lorsque les 1550 restantes nous auront pété à la face…

Alors oui vraiment, le rumeur concernant la couleur de la petite culotte de Carla Bruni… Si vous saviez où je me la mets…

PS. Une base militaire aujourd’hui, chez les américains, cela s’appelle aussi un « hub ». Mais en russe, je ne sais pas.

Et encore un P.S. En écrivant ceci, je lis que la guerre Nestlé contre Maison du café est déclarée… No comment !

Mais Kirghizstan ne semble pas figuer parmi les tag reconnus en français, il faut écrire Kirghizistan? Sans doute une histoire de zizi en chocolat !

 

???? Ben oui ! La guerre, comme le chouchou, cela fait aussi partie du commerce.

 

Dis zizi, c’est pour quand la révolution !
Ben oui ! Merde !

Publicités
Tagué: