Dansons la grabataire ?

Posted on 7 mai 2010

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Petite mise à jour un an et demi plus tard.

Madame la ministre des trucs et autres machins n’est plus ministre aujourd’hui, l’autre ministre est devenu ministre d’autre chose, mais les lois dont je parle – et qui ne devaient pas passer – ont été votées néanmoins. Quant à Stéphane Guillon, il s’est fait virer de France Inter. Mais rassuraons-nous, La Marseillaise version Léo Ferré n’est pas encore interdite. Donc…

En réponse à Madame l’ex-ministre de la culture, pardon, de la justice…

Le fait divers a parfois des bons côtés… Il permet, aussi, de parler des bavures policières !… Bref… Après la scapulaire, dansons la grabataire ! Oui, je m’y risque, et cela n’a rien à voir avec une bavure policière (quoi que…), ni avec l’âge de la retraite (quoi que aussi…).

J’ai parlé il y a quelque temps de la dérive ultra droitière de notre gouvernement, il faudrait plutôt parler de dérive extrême droitière. Passons sur cette burqaïsation de la vie politique qui n’amène au premier plan que la haine et l’exclusion, et parlons « arts », ou, disons de l’expression artistique.

J’ai lu hier soir que Madame Alliot-Marie, ministre de la « justice » et grande experte en matière d’art et de culture, souhaitait « soumettre au parlement un « ajout législatif » permettant de punir les outrages au drapeau ou à l’hymne national commis dans le cadre de l’expression artistique« . Je ne l’invente pas, c’est Monsieur Besson qui l’aurait déclaré au Sénat.

Et Monsieur Besson, ministre de « l’identité » nationale d’ajouter que « en l’état actuel du droit, il (lui) semblait improbable de pouvoir sanctionner » ce genre de manifestation, car ce serait notamment contraire à la liberté de la création artistique. »

Bref, un tel « ajout législatif » ne verra sans doute pas le jour, et heureusement. Mais le simple fait que cette question ait pu être posée est symptomatique de la manière dont Madame Alliot-Marie (et certains autres membres du gouvernement) voient, vivent et pensent la liberté d’expression. Une liberté qui cesse d’exister dès lors qu’elle n’est pas conforme à leurs principes. Une liberté strictement définie et délimitée telle qu’elle existe dans tout système totalitaire. Une liberté qui empêche de penser carré du simple fait que tout le monde devrait penser rond !

Le gouvernement profite du fait qu’il a une majorité absolue à l’Assemblée pour faire passer n’importe quelle loi (on pourrait dire aussi n’importe laquelle de ses lubies). C’est nier le fait que certes, s’il a été élu majoritairement, et que, même si cette majorité existait encore aujourd’hui (ce qui semble loin d’être le cas selon les sondages), elle ne constitue en rien une unité globale (je ne dirais même pas une identité) qui peut se prétendre au titre de « La France ».

Désolé, mais je suis français, et si parfois j’en ai honte au regard de certains comportements prétendument « identitaires », il m’arrive aussi de le revendiquer pour faire face à certaines dérives.

Oui, je suis français, et je revendique le droit de traiter mon drapeau comme bon me semble, et en particulier de colorer de toutes les couleurs possibles et imaginables sa partie blanche qui symbolise la monarchie.

Oui, je suis français et je revendique le droit de traiter mon hymne national d’ineptie grégaire et barbare. N’en déplaise à Madame Alliot-Marie, Messieurs Besson et Hortefeux, l’expression « Qu’un sang impur… Abreuve nos sillons ! » me hérisse de tous poils, de même que, prise à la lettre, « Quoi ! Des cohortes étrangères, feraient la loi dans nos foyers ! »

Et d’ailleurs, si Messieurs-Dames les ministres voulaient réviser leurs classiques et lire La Marseillaise au delà du premier couplet, ils s’apercevraient que la « tyrannie » en question est celle de la monarchie et de ses alliés : « Tremblez, tyrans et vous, perfides, l’opprobre de tous les partis ! Tremblez ! Vos projets parricides, vont enfin recevoir leur prix. » Et ils supprimeraient le blanc du drapeau… A moins que… (La nostalgie faisant parfois les choses…)

Et surtout, qui connaît la fin du septième couplet de la Marseillaise, dit couplet des enfants? En effet, écrit ultérieurement à la version de Rouget de Lisle (qui n’est d’ailleurs plus la version « officielle »), on ne le trouve que rarement en version intégrale. Mais sur le site de l’assemblée nationale, on peut lire :

« Soyons unis ! Tout est possible ;
Nos vils ennemis tomberont,
Alors les Français cesseront
De chanter ce refrain terrible :
Aux armes, citoyens ! Etc.
« 

Oui, les ennemis sont tombés aujourd’hui, du moins il me semble, alors cessons de chanter cette Marseillaise ! Ou chantons-la pour lutter contre toute forme de tyrannie… Quant au fait d’être français, il ne m’empêchera jamais d’être avant tout citoyen du monde !

Et si Madame Alliot-Marie veut encore légiférer sur l’expression artistique, je lui suggère de regarder attentivement Guernica ou Les Demoiselles d’Avignon de Picasso, et de tenter de reconstituer le puzzle pour en faire un tableau néo-romantique.

Et en élargissant un peu, puisque l’humour aussi, peut-être une forme d’expression artistique…

Je viens de retrouver une interview pleine du bon sens cher à notre Vénérable président (de tous les français) parue dans le Nouvel Obs du 7 juillet 2009. Notre Sage y parle de l’humour, et notamment de son fameux « casse-toi pôv con ! », et de Stéphane Guillon. mais cela pourrait aussi s’appliquer aux zarts…

A la question du Nouvel Obs : « Lorsque vous vous attaquez à un humoriste comme Stéphane Guillon sur France-Inter parce qu’il prend pour cible DSK, Martine Aubry ou vous-même d’ailleurs, vous sortez de votre rôle. »
Nicolas Sarkozy répond : « Je ne m’attaque à personne même si je considère que traiter sur le service public Mme Aubry de « pot à tabac » n’est pas respectueux de la dignité des personnes. »
Et lorsque le Nouvel Obs insiste : « Mais c’est un humoriste qui dit cela. »
Nicolas Sarkozy de nous dire : « Si M. Le Pen disait cela, je suis sûr que vous le dénonceriez. »

En effet, Monsieur Le Pen a toujours été un grand humoriste, surtout lorsqu’il fait dans le « détail » !

Mais le Nouvel Obs de poursuivre : « Le prince doit laisser le bouffon faire son métier. »
Réponse : « Je le pense tellement que c’est ce qui m’avait conduit en pleine campagne présidentielle à soutenir « Charlie Hebdo » dans son procès à propos des caricatures du Prophète. »

CQFD, s’il n’a pas changé d’humour entre temps… Stéphanne Guillon restera encore (un peu) sur les ondes de France Inter, et Madame Alliot-Marie à son panier de bonne ménagère, pardon, à son panier à salades !

Et lorsque le Nouvel Obs demande à notre Vénérable : « Et ce Marseillais convoqué devant un tribunal pour avoir dit: « Sarkozy, je te vois », lors d’une intervention policière. Cette crispation autour de la protection de l’image du chef de l’Etat, c’est inquiétant pour les libertés ».
Monsieur Sarkozyde répondre, « Je suis désolé de cette affaire que j’ai apprise par la presse. C’est ridicule. J’en ai été choqué. Je n’ai porté plainte en aucune manière. Je ne comprends pas pourquoi cet homme a été poursuivi devant un tribunal de police. D’autres choses ont pu me blesser – et je n’ai pas réagi pour autant. Il y a des centaines de livres, d’articles dans lesquels je suis attaqué. Je n’ai jamais réagi, quoi que j’en pense. Je ferai ainsi tout au long de mon mandat. C’est le respect que je dois à ma fonction. Je ne peux pas réagir comme un simple citoyen, y compris au Salon de l’Agriculture ! »

Ni dans les rues de Chambéry, mais c’est sans doute une autre histoire…

Bref, revenons un peu à l’interdiction de l’outrage… dans « l’expression artistique ». S’il vous plaît, faites un peu attention à vos propos, Mesdames-Messieurs les ministres… N’auriez vous pas été du côté de ceux qui conspuaient Gainsbourg et sa version de La Marseillaise?… Et outre Guernica, pourquoi ne pas interdire aussi l’hymne américain électrisé par Jimmy Hendrix, ou le God save the Queen des Sex Pistols… Et par la même occasion L’Hécatombe ou Le Gorille de Brassens, Le Déserteur de Boris Vian, celui de Renaud… Et tiens, pourquoi ne pas interdire Prévert, ou Paul Eluard :

C’est entendu je hais le règne des bourgeois
Le règne des flics et des prêtres
Mais je hais plus encore l’homme qui ne le hait pas
Comme moi
De toutes ses forces.

Je crache à la face de l’homme plus petit que nature
Qui à tous mes poèmes ne préfère pas cette Critique de la poésie.

Paul Eluard

Et l’on pourrait aussi interdire la lecture de Marx, de Freud, de…. Décidément, oui ! Cela me fait penser à une certaine période !… De l’utra droitisme à l’extrême droitisme, il n’y a qu’un tout petit pas… Et de l’extrême au totalitarisme, le pas est encore plus petit.

D’ailleurs, en matière de puzzle, je trouve ça sur internet…

Alors je vous laisse avec Léo Ferré, et La marseillaise… (et je n’y mets pas de majuscule, volontairement)

(…)Je connais une grue dans mon pays

Avec les dents longues comme le bras
Et qui se tapait tous les soldats
Qu’avaient la mort dans leur fusil
C’est à Verdun qu’on peut la voir
Quand les souvenirs se foutent en prise
Et que le vent d’est pose sa valise
Et que les médailles font le trottoir (…)

Je connais une grue qu’a pas de principes
Les dents longues comme un jour sans pain
Qui dégrafait tous les gamins
Fumant leur vie dans leur casse-pipe
C’est dans les champs qu’elle traîne son cul
Où y a des croix comme des oiseaux
Des croix blanches plantées pour la peau
La peau des autres bien entendu
Celle-là on peut jamais la voir
A moins d’y voir les yeux fermés
Et le périscope dans les trous d’nez
Bien allongé sous le boulevard
Suffit d’leur filer quatre bouts de bois
Et de faire leur lit dans un peu de glaise
Et de leur chanter La Marseillaise
Et de leur faire une belle jambe de bois (…)

P.S. Depuis deux jours, on ne trouve plus d’infos sur la taille réelle de la marée noire de l’ineptie humaine. Mais elle augmente pourtant d’heure en heure…

Dis la glaise, c’est pour quand la révolution !

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