La guerre d’Algérie n’a pas eu lieu

Posted on 21 mai 2010

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Dans la série les épouvantails… Aujourd’hui, ce sera les épouvantails de l’histoire « La guerre d’Algérie n’a pas eu lieu », je pique ce titre a un bouquin de René Andrieu paru en 1992.Dix ans plus tôt, dans son Histoire de la Guerre d’Agérie, l’historien Bernard Droz, décrivait les massacres de Sétif en mai 1945 :

« Des troubles éclatèrent à Alger, le 1er Mai, qui provoquèrent plusieurs morts. Une manifestation, à Sétif, dégénéra le 8 mai en émeutes meurtrières où 21 Européens furent massacrés. Le mouvement insurrectionnel s’étendit les jours suivants aux campagnes et à d’autres villes comme Bône, Guelma et Batna. Une centaine de victimes françaises étaient à déplorer, parfois sauvagement mutilées.

La répression fut impitoyable et souvent aveugle. Le général Duval, commandant la division de Constantine, engagea des dizaines de milliers d’hommes dans le ratissage des régions soulevées, il fit appel à l’aviation et à la marine qui frappèrent des objectifs parfaitement innocents. L’administration ferma les yeux sur d’atroces expéditions punitives et les tribunaux militaires procédèrent à plusieurs milliers de condamnations. Le nombre des victimes de la répression ne fut jamais connu. Si l’on ne peut accepter le chiffre de 40000, et même davantage, avancé par la propagande du futur FLN, celui de 1500 admis par l’administration paraît très inférieur à la réalité et doit vraisemblablement être multiplié par quatre ou cinq. (…)« 

Et Bernard Droz concluait : « La guerre d’Algérie a commencé, en vérité, en mai 1945. »

Aujourd’hui, si l’on s’accorde à peu près sur 102, 103 ou 104 morts du côté européen, on ne sait toujours pas le nombre exact de morts du côté algérien (et ne on ne le saura sans doute jamais). Droz parlait de 6000 à 7500 morts. Selon les historiens actuels, le chiffre varie de 8000 à 20000 morts.

Dans son ouvrage « Les fils de la Toussaint », paru en 1970, Yves Courrière cite un rapport rédigé en mai 1945 par le Général de gendarmerie Tubert qui fait état « officiellement de « 500 à 600 indigènes tués par l’armée. 500 à 600 tués par les colons. 20 à 40 musulmans tués à Sétif par la gendarmerie. » Chiffres « officiels » que, selon l’historien, le Général Tubert, personnellement, estimait plutôt à 15000.

Pour rappel, le 8 mai 1945, célébrait la libération de la France et les « indigènes » constituèrent le quart des troupes françaises engagées dans cette libération, parmi eux, un grand nombre d’algériens, alors que leur statut en faisait des exclus de la population française. Et quelques jours avant ce 8 mai, Messali Hadj, chef du principal mouvement de libération algérien, le Parti du Peuple Algérien, emprisonné depuis 1941, avait été déporté à Brazaville.

Le 10 mai 1945, le Gouvernement Général d’Algérie relate les événements dans un communiqué : « Des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, se sont livrés à Sétif à une agression armée contre la population qui fêtait la capitulation de l’Allemagne nazie. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre et les autorités prennent toutes décisions utiles pour assurer la sécurité et réprimer les tentatives de désordre. »

C’est évidemment moi qui souligne ! Le gouverneur Chaitaigneau établira le nombre « officiel » de victimes algériennes à 1165 morts !

Ce n’est qu’en 2005, soixante ans plus tard, que l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, déclarera que ces « massacres » étaient « une tragédie inexcusable ». Et Bernard Droz, ne mentionne pas que le premier mort de Sétif était un « indigène » porteur du drapeau algérien.

Alors pourquoi ce petit rappel historique, me direz vous ? C’est assez simple, lorsque je lis qu’une certaine droite fait corps avec une certaine extrême droite (mais où est la frontière aujourd’hui) pour conspuer (sans même l’avoir vu) le film Hors la loi, de Rachid Bouchareb qui ose évoquer ces (« massacres« ) « événements » de Sétif, je me dis que le titre de René Andrieu est toujours d’actualité. Oui, pour certains, la « guerre » d’Algérie n’a pas eu lieu !

« Défenseur, en 2005, du fameux amendement mentionnant le rôle positif de la colonisation », Monsieur Lionnel Luca, député UMP, en tête de cette étrange mise en « mémoire », est également, selon Libération, « très en pointe dans le combat contre les dérives de l’islam radical. A l’UMP, il tempête, sous le regard bienveillant de Jean-François Copé, contre «l’esprit munichois» de ceux qui hésitent à éradiquer la burqa. Il fut aussi l’un des plus virulents partisans du boycott du fast-food de Roubaix, coupable d’avoir remplacé le bacon par de la dinde fumée. »

Sur le site du député, on peut lire « Et lorsque le film (de Rachid Bouchareb) sera vu, il faudra débattre de la réalité desévènements de Sétif avec la rigueur historique nécessaire qui manque à ce jour, car ce sont toujours les même qui s’expriment avec un point de vue partiel et partial. » (C’est encore moi qui souligne).

Le survol de ce site est d’ailleurs fort instructif, outre « l’esprit munichois », ceux qui ne sont pas de son avis sont souvent comparés à « l’opinion publique » de 1939… Notons bien qu’il s’agit de « l’opinion publique » et non de ce gouvernement qui, selon le régime de Vichy fut tellement « enjuivé » qu’il fut seul responsable de la guerre… Le choix des mots est important ! D’ailleurs, Monsieur Luca fustige « la confusion des esprits et l’amoralisme ambiant ».

Selon lui, peu importe les avis du Conseil d’Etat, ce ne sont que des avis ! Et il est « indispensable de légiférer rapidement avec une interdiction totale dans l’espace public du voile intégral ou sinon cela sera un renoncement coupable.« 

Quant aux écologistes, il leur trouve une jolie appellation : les « khmers verts » ! Et pour justifier la colonisation, notre cher député utilise la francophonie. Ben oui quoi « Sans colonisation y aurait-il la francophonie? » Plein d’humour et de bon sens notre joyeux député, d’ailleurs selon lui « colonisation » et « colonialisme » ne sont pas la même chose, mais on ne saura pas pourquoi.

Quant à Olivier Besancenot, il « ne sait plus quoi faire pour attirer l’attention et c’est réussi. Présenter une candidate voilée aux élections régionales est une provocation imbécile qui bafoue nos principes laïcs. A quand la djellaba pour distribuer le courrier à Neuilly ? »

Et « Le Parti Socialiste aime bien les références à l’histoire en citant souvent Vichy mais lui dans cette affaire (du voile intégral) c’est plutôt Munich et son renoncement qu’il incarne. »

Fait étrange, Monsieur Luca, avant d’être député, était professeur d’histoire-géographie – mais il préfère sans doute la géographie.

Et sa conception de l’histoire : « Quelles que soient les zones d’ombre qu’il ne faut pas cacher les périodes lumineuses doivent être remises en valeur. « Il est bon qu’une Nation soit assez forte de tradition et d’honneur pour trouver le courage de dénoncer ses propres erreurs » disait Albert Camus. Mais « il est dangereux en tout cas de lui demander de s’avouer seule coupable et de la vouer à une pénitence perpétuelle » ajoutait-il.

C’est dans cette perspective que l’Histoire doit être enseignée avec également la littérature française et francophone qui, dans un monde matérialiste et américanisé, fait de notre langue un bien commun aux peuples qui se réfèrent à notre culture et qui est un facteur d’unité pour notre jeunesse. »

Etrange détournement de Marcel Camus qui fut l’un des premiers à dénoncer les massacres de Sétif.

Notons enfin que, non seulement Monsieur Luca est partisan d’une « répression active », mais aussi de la peine de mort et qu’il semble faire une fixation quant aux « régimes communistes ». Entre janvier 2008 et janvier 2009, il a déposé par cinq fois une proposition de loi « visant à établir une journée nationale d’hommage aux victimes des régimes communistes. »

P.S. En parlant avant-hier de Monsieur Vanneste, j’ai oublié de mentionner que ce joyeux député était lui aussi partisan de… la peine de mort. Et pour faire plaisir à nos deux députés, le 10 mai, c’est journée de commémoration des victimes de l’esclavage.

Les deux députés en effet se sont opposés à la loi Taubira, que je rappelle donc :

« La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité. »

Et encore un P.S. Vous savez ce que c’est que le RAC ? Moi, je viens de l’apprendre. Non, ce n’est pas le nouveau nom du SAC, mais presque, c’est le rock anti-communiste ! De quoi plaire à certains députés… Paraît même qu’il existe un RIF, pour rock identitaire français !

Dis l’indien, c’est pour quand la révolution !

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