Les dents de la mer…

Posted on 19 août 2010

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Sont étranges les requins de chez nous. L’été dernier, on en avait repéré un à Antibes, mais il s’est transformé en poisson lune. Cet été, on en a vu un à Cagnes-sur-Mer, mais ce n’est sans doute pas le même, ou il a fait de sacrés progrès, parce qu’il s’est d’abord transformé en poisson lune, puis en raie manta, avant de mourir en dauphine bicolore.

Tiens, ça me fait penser à une histoire qui s’est passée l’an dernier du côté d’Epinal. On avait dû vider tout un étang pour y déloger… un crocodile. Mais on n’y a trouvé que des canards.

Mouais ! Il y a des jours où l’humour n’est pas d’évidence. Et pourtant, en feuilletant un dictionnaire ce matin, j’ai vu que figuraient sur la même page « éblouir » et « éborgner », ou encore « ébahir » et « ébouriffer ». L’un et son contraire, enfin, si l’on peut parler du contraire de l’un. D’ailleurs, sur la page suivante, on trouve « échafaud » et « écarteler ». Bon, ce n’est pas tout à fait la même chose, mais le résultat est pourtant identique.

Et même les mots ! Tiens, « épinette » par exemple, c’est un bien joli mot, lorsque cela désigne un clavecin miniature, mais lorsque cela désigne une cage pour engraisser les poulets avant de les transformer en steak, c’est nettement moins beau. Doivent pas être de Loué, les poulets.

Ou « demoiselle ». Ce peut être une libellule jouant du clavecin, ou un instrument pour enfoncer les pavés. Ceci-dit, des pavés dans certaines épinettes, ça s’est déjà vu…

Il y a même des mots qui veulent dire à la fois un truc et son contraire. Tiens, « épargne », c’est « une économie dans la dépense » ! N’importe naouac ! Après ça, comment veut-on que les requins ne se prennent pas pour des raies mantas ou pour des poissons lune ! Quant aux crocodiles dans les bassins d’Epinal, ça c’est une autre histoire.

Bon, le truc de dire le contraire de ce que l’on pense, ou de faire le contraire de ce que l’on dit, c’est un vrai classique, surtout en politique ! Prenons un exemple.

Qui a dit le 7 janvier 2010 : « c’est la mission d’un pays tel que la France, de s’ouvrir à toutes les cultures, de les accueillir toutes sur son sol, et de les promouvoir à l’étranger. »

Vous avez besoin d’une antisèche ? Je vous donne des indices, il est plusieurs fois chanoine, mais c’est un adepte de Jaurès et de Camus, enfin, c’est ce qu’il dit… C’est aussi un adepte de la chanson française contemporaine, celle où t’est-ce que moins t’as de voix (on peut aussi dire « voie » d’ailleurs), moins t’as de texte, et plus tu fais un carton. Ca, c’est moi qui le dis. En ce moment, on ne l’entend presque pas pour cause de vacances, mais on le voit quand même tous les week-ends sur son vélo…

Gagné, c’est notre Vénéré président de tous les français ! Et il les aime tellement « toutes les cultures », et il veut tellement « les promouvoir à l’étranger », qu’il en fait de l’exportation aujourd’hui.

Tiens, la culture rom, par exemple, elle doit être en voie d’extinction en Roumanie. Du coup, on affrète trois vols auprès d’une compagnie aérienne pour la réintroduire. Et on fait d’une pierre deux coups, non seulement on reculturise la Roumanie, mais on fait marcher le commerce en faisant bosser les compagnies aériennes. Et toc, d’ici le 26 août, 371 musiciens roms expédiés en charters tout neufs vers Bucarest avec accordéons et tambourins pour aller égailler les touristes. Et d’autres suivront… En matière de culture, c’est comme partout, il faut des quotas. Aujourd’hui, le quota est seulement de 700 ! Mais on est encore loin de 2012…

Et si l’on réintroduisait le requin pèlerin en Méditerranée, cela éviterait à certains poissons de devenir transformistes… Non ? Et ce serait bon pour la culture piscicole !

Mouais, vraiment ! Il y a des jours où l’humour n’est pas d’évidence ! Tiens, en matière de culture toujours, cette semaine, c’est la foire internationale des « chefs des chefs ». Bien, vous savez ce que c’est qu’un chef de chef ? C’est le cuisto d’un chef d’Etat. Il doit donc s’y connaître en matière de transformer le requin en poisson lune, ou la raie manta en dauphine bicolore (j’ai failli dire « bicolère »). Peut-être même qu’il sait ce que c’est que le contraire de l’un. Mais pour l’art d’économiser dans la dépense, ça, je ne sais pas.

Mais je m’égare encore, le gala des chefs de chefs, ce n’est même pas en Roumanie, c’est au Japon. Et je suppose qu’ils payent leur billet d’avion, les chefs, et qu’ils n’y vont pas en charter.

Mais au fait, c’est qui qui paye le billet d’avion des musiciens roms ? Je vais finir par faire grève d’impôts, moi, si c’est pour reculturiser la Roumanie que je paye !

Ben oui quoi ! C’est bien beau de promouvoir toutes les cultures à l’étranger… Mais quand on parle de faire des économies partout, faudrait savoir quand même !

Dis le cuistre, c’est pour quand la révolution !

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