Le tabouret des champs et la bourse à pasteur…

Posted on 24 août 2010

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J’ai failli commencer ce billet d’humeur comme un conte de fées…

Il était une fois, il y a fort longtemps, un pays imaginaire où les hommes politiques n’hésitaient pas à faire voter les morts…

Et puis non. Fi de la fiction aujourd’hui, autant y aller tout de go…

« Il aura suffi d’un discours à Grenoble et d’un été, d’un seul été, pour que tout bascule, de la lutte contre l’insécurité à l’indignité nationale (…) la surenchère sécuritaire n’a d’autre but que la provocation et la division pour assurer la conservation du pouvoir au service d’intérêts personnels (…) Il ne s’agit pas là de simples détails, car nous ne pouvons oublier, au-delà de l’indigne, jusqu’où peuvent conduire ces jeux-là. Erreur, dit le philosophe… Non! Faute. Faute morale, faute collective commise en notre nom à tous, contre la République et contre la France. Il y a aujourd’hui sur notre drapeau une tache de honte. »

Non, je ne suis pas encore assez sénile au point de faire dans l’auto-citation, et ce ne sont donc pas les propos d’un ultra-gauchiste dans mon genre. Ce ne sont pas non plus ceux d’un socialiste à fleur de rose. Ni ceux d’un prêtre, ni même ceux d’un pape…

Ce ne sont que quelques morceaux choisis d’un petit texte que Monsieur de Villepin vient de commettre dans Le Monde.

Et il faut bien le dire, il me fiche la rage, Monsieur de Villepin, parce que ce sont sensiblement les mêmes mots que je m’apprêtais à coucher sur papier, avant d’ouvrir Le Monde.

Ceci-dit, n’ayant pas pour habitude de retourner ma cravate, je n’irai pas pour autant voter pour sa République Solidaire, à Monsieur Galouzeau de V… Moi, les noms à particules et à tiroirs, j’aurais plutôt tendance à vouloir les raccourcir. Mais bon, il paraît que nous ne sommes plus aux temps de la terreur… Quoi que, tout dépend du sens que l’on donne à ce mot…

Bref, Monsieur de Villepin, merci de m’avoir volé (le pain, pardon) les mots de la bouche.

C’est marrant d’ailleurs. Comme sous la terreur, nous vivons une époque extrêmement troublée.

Tiens, en juin 2005, c’était il n’y a pas si longtemps, un certain ministre de l’intérieur, en visite à La Courneuve, parlait de nettoyage au karsher. En septembre 2005, le même ministre incitait les préfets à la fermeté contre tous ceux qui mettent en cause la sécurité des français, « en premier lieu les gens du voyage, les jeunes des banlieues, les immigrés illégaux »

Moins d’un mois plus tard, alors que la révolte grondait dans les banlieues, le même encore utilisait le mot « racaille » et un certain premier ministre décrétait l’état d’urgence et le couvre feu…

Le premier ministre en question s’appelait de Villepin, et le ministre de l’intérieur, Sarkozy. Mais qui était le patron de qui ?

Il est vrai qu’en cinq ans, les temps ont tellement changé. Le premier ministre d’alors s’est vu cleastreamisé, et le ministre de l’intérieur s’est fait élire président.

Et d’ailleurs, toujours en septembre 2005, le futur président commençait son discours aux préfets par « J’évoquerai pour commencer les fronts ouverts durant l’été. » Aujourd’hui, ce n’est plus de « fronts » dont, il parle, c’est bel et bien de « guerre ».

Et dans le même discours adressé aux préfets, on pouvait encore lire : « Mais il vous reste beaucoup à accomplir. Je pense d’abord aux stationnements illicites de gens du voyage. En attendant l’adoption de la mesure législative que j’ai évoquée en juin pour « encadrer » le délai dans lequel le juge doit prononcer une expulsion, je vous demande d’accorder, chaque fois que possible, le concours de la force publique (…) N’hésitez pas à solliciter les forces de police et de gendarmerie qui doivent engager les moyens nécessaires et qui disposent de techniques éprouvées. »

Ou encore : « Les Français en ont assez des « petites terreurs » qui leur rendent la vie insupportable…qui ne vivent que de magouilles et de trafics et qui continuent à afficher leur mépris de l’autorité et de la règle. Ils en ont assez des familles à problèmes que tout le monde connaît mais que personne ne veut voir. Je vous ai donné des moyens, utilisez-les. »

Alors oui, les temps ont vraiment changé, en septembre 2005, il ne me semble pas avoir entendu monsieur de Villepin réagir, lorsque son ministre de l’intérieur disait encore aux préfets : « La lutte contre l’immigration irrégulière doit constituer le deuxième axe majeur de votre action. » Ou, « plus encore qu’une obligation de moyens, c’est une obligation de résultats qui vous est fixée. » Et même : « il vous faut aussi ne pas hésiter à utiliser toutes les marges de manœuvre autorisées par la loi. Elles sont réelles. »

C’est évidemment moi qui souligne. Mais en 2005, c’était quoi, une « marge de manoeuvre autorisée par la loi » ?… Aujourd’hui, nous appellerions cela un moyen habile de la contourner…

Et à propos des roms, notre bon ministre de l’intérieur de l’époque poursuivait : « Il vous appartient également de combattre certaines idées reçues. Je rappelle, en particulier, que les ressortissants roumains ou bulgares en situation irrégulière ne bénéficient d’aucune protection juridique particulière contre l’éloignement : le fait que la Roumanie et la Bulgarie soient candidates à l’adhésion à l’Union européenne n’y change rien. »

Oui, les temps ont vraiment changé. Aujourd’hui la Roumanie et la Bulgarie sont membres de l’Union européenne, et l’on chartérise les roms (sans plus parler des autres chartérisés, d’ailleurs… )

Et c’est la droite qui vilipende ces chartérisations…

Cette même droite dont le président d’alors s’appelait Jacques Chirac, et le premier Ministre Dominique de Villepin…

Alors, loin de moi l’idée de vouloir nier la sincérité de la colère de Monsieur de Villepin. Mais…

Un petit rappel s’impose quelquefois ! A moins que… mais je n’ose le croire… en 2005, le premier ministre n’ait été qu’une potiche entre les mains de son ministre de l’intérieur !

Non ! Je n’ose le croire ! Cela, aussi, relèverait d’un temps et d’un pays imaginaire où les politiciens faisaient voter les morts et où les cravates tournaient surtout au gré du vent !

Un pays comme les îles Fidji, par exemple, où les femmes sont aussi impures que les noix de coco (cocorico, ou communistes, je vous laisse choisir). Si impures qu’avant de marcher sur les braises, les hommes doivent s’en abstenir pendant quatre jours pour se purifier et ne pas se brûler les pattes…

Quel rapport ? Direz-vous… Oui, je me le demande aussi…

Mais lorsque la réalité rivalise avec la plus mauvaise des fictions, on se le demande parfois…

De 2005 à 2010, il a dû se produire une de ces accélérations dont l’histoire à parfois le secret et qui permettent à certain de marcher sur des braises… Même en bouffant des noix de cocos et en caressant la nuque d’une femme.

En 2005, notre ministre de l’intérieur parlait de créer une « police de l’immigration » et disait aux préfets qu’ils avaient « les moyens de gagner sensiblement en productivité« . Il leur parlait aussi de « la nouvelle doctrine d’emploi des compagnies républicaines de sécurité », et de Tazers comme de « moyens efficaces et modernes leur permettant de mieux lutter contre la violence ». Et j’en passe…

Et en ces temps où l’on parlait pudiquement « d’éloignement » concernant les reconduites à la frontière, on ne fixait pas des quotas, mais des « objectifs fixés » : « Lors de notre dernière rencontre, je vous ai fixé des objectifs chiffrés, en vous demandant de procéder, au minimum, à 23 000 éloignements d’étrangers en situation irrégulière cette année. Je constate qu’à la fin du mois d’août, 12 849 étrangers avaient fait l’objet d’une mesure effective d’éloignement : sur huit mois, 56 % des objectifs ont été atteints. Il vous reste donc cinq mois pour accentuer l’effort. J’observe d’ailleurs que, d’une préfecture à l’autre, les résultats sont inégaux. Or, j’attends de tous une entière mobilisation. »

Bref, les temps ont totalement changé… Le ministre de l’intérieur d’alors est devenu président, l’ex-premier ministre fait de la résistance, et chacun peut marcher sur des braises en caressant la noix de coco et bouffant la femme du voisin…

Mêmes les curés, et même le pape peuvent y aller de leur rébellion… Mais ceux-là, je me le réserve pour demain… Parce qu’entre Pie 12, Jean 23 et Benoît 13, il m’arrive d’avoir le comptage difficile…

Mais entre 2005 et 2010, si je sais encore bien compter, il ne s’est passé que cinq ans…

Et quant au tabouret des champs ou à la bourse à pasteur, je vous expliquerai demain. Aujourd’hui, je vais tâcher de les trouver…

Dis la bourse, c’est pour quand la révolution !

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