La circulaire de la honte !

Posted on 18 septembre 2010

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Comme la plupart des gens, je n’avais lu que les extraits parus dans la presse de la circulaire ministérielle du 5 août concernant « l’évacuation des campements illicites ». Et les morceaux choisis par la presse me semblaient suffisamment éloquents pour ne pas me polluer l’esprit avec une lecture complète. Ce ne sont pas en effet les sujets polluants qui manquent en ce moment.

Mais je fais partie de cette génération élevée au bon lait du Largarde et Michard, et si leurs morceaux choisis suffisaient souvent à nous faire passer le bac, ils avaient aussi et surtout le mérite de nous ouvrir à la curiosité. J’ai donc lu l’intégralité de cette circulaire hier.

Et il faut bien le dire, ayant lu cette prose, je comprends nettement mieux la colère de Madame la Commissaire européenne aux droits de l’homme et sa comparaison à la période vichyste de notre Etat français. Mais sauf à l’expliquer par des raisons de pure « politique », je ne comprends pas son revirement ultérieur.

Comme beaucoup d’autres, j’ai déjà fait à maintes reprises ce parallèle entre les méthodes de notre gouvernement et celles de Vichy. Et après cette lecture qui me rappelle tant certaines circulaires et ordonnances émises dans les années 40, je le maintiens.

Certes, aujourd’hui, la destination finale des charters n’amène pas nécessairement dans des camps d’extermination. Camps dont, au moins depuis août 1942, aucun dirigeant politique – pas même le pape – ne pouvait ignorer l’existence, sauf à être sourd, aveugle, et surtout muet !

Certes, aujourd’hui la volonté qui préside à cette politique d’expulsions, n’est pas une volonté d’extermination systématique. Officiellement d’ailleurs, au moins au début, pour Vichy, il ne s’agissait que d’exclure une population « en surnombre dans l’économie française »…

Certes, jusqu’à présent, on pouvait croire qu’il n’y avait aucune discrimination spécifique dans ces expulsions. Sauf une motivation « économique » : virer les pauvres en surnombre dans… Et une motivation xénophobe et populiste pour récupérer un électorat d’extrême droite.

Pour la xénophobie et le populisme, c’est évidemment une affaire de point de vue. Nettoyer les banlieues au karsher ne changerait pas grand chose, il s’agirait toujours de ghettos pour pauvres, mais uniquement français de souche. Sauf qu’un pauvre, mais français de souche, ne va sans doute pas brûler sa propre bagnole, il brûlerait son crédit avec. Et qu’un pauvre, mais français de souche, depuis qu’il a déserté le parti communiste, vote généralement à droite, voire à l’extrême droite. C’est du moins ce que pensent certains.

Xénophobie et populisme. Simple affaire de point de vue, donc ! Mais c’est le mien ! Je n’oblige personne à le partager, mais contrairement à nos actuels dirigeants, je n’oserai jamais présenter mon point de vue comme étant celui de la France, et encore moins comme étant celui de tous les français ! Ce serait de ma part un sacré manque d’humilité.

Mais de même que nos actuels dirigeants, je maintiens mon point de vue contre vents et marées. Sauf qu’à l’inverse d’eux encore, je reste à l’écoute du monde, et suis à même de changer si quelqu’un, ou si la vie, tout simplement, me montre que je me trompe.

Pour en revenir à cette circulaire du 5 août, on me dira donc que… Eux aussi sont à l’écoute ! Et pour preuve, ils l’ont remplacée par une autre !

Certes, mais il n’empêche qu’elle fut écrite et que, pendant plus d’un mois de ce que l’on a nommé à juste titre « l’été de la honte », elle fut la ligne directrice de « l’action » du Préfet de police, du Directeur général de la police nationale (oui, celui dont le fiston…), du Directeur général de la gendarmerie nationale, de Mesdames et Messieurs les Préfets, à qui elle fut adressée « pour action ». Je ne fais que citer et souligner.

On a tenté de nous faire croire que cette circulaire était une sorte de bourde écrite à la hâte, sans que certains hauts personnages de l’état n’aient été informés de son contenu.

Or, elle commence par six références :

à un télégramme en date du 30 juillet 2010,
à une circulaire en date du 24 juin 2010,
à des « objectifs précis » fixés par le Président de la République le 28 juillet,
soit deux jours avant son discours de Grenoble du 30 juillet,
à une réunion le 30 juillet des préfets de zone afin de leur donner « toutes instructions et informations utiles pour mettre en oeuvre ces décisions »,
enfin, à des états des lieux « département par département établis aux 21-23 juillet ».

Je donne ces dates telles qu’elles sont mentionnées. Donc, si je ne m’abuse, cette circulaire du 5 août fait suite à une autre circulaire du 24 juin demandant probablement un état des lieux d’ici le 21-23 juillet, de telle sorte que des objectifs puissent être fixés par le président le 28 juillet, deux jours avant son discours de Grenoble, et que le jour même de ce fameux discours puisse se tenir une réunion des préfets pour leur donner toutes les informations « pour mettre en oeuvre ces décisions »… déjà prises et mûrement élaborées depuis plus d’un mois. La circulaire du 5 août n’étant sommes toutes qu’un récapitulatif de tout ce travail.

Allez donc chercher la bourde dans un travail aussi élaboré !

On a encore tenté de nous faire croire qu’aucune mesure discriminatoire n’était prise à l’égard d’une population spécifique. Or, sur une circulaire de deux pages et demi, l’on trouve neuf occurrences du mot roms !

Evidemment, ce doit n’être qu’un effet de répétition !

A l’école, on m’a appris que toute composition littéraire, quelle qu’en soit sa teneur, débutait par une introduction pour se terminer par une conclusion.

Ici, l’introduction est explicite : « Le Président de la République a fixé des objectifs précis, le 28 juillet dernier, pour l’évacuation des campements illicites : 300 campements ou implantations devront être évacuées d’ici 3 mois, en priorité ceux des Roms. »

Quant à la conclusion : « Dans le cadre des objectifs fixés (…) les préfets de zone s’assureront, dans leur zone de compétence, de la réalisation minimale d’une opération importante par semaine (évacuation / démantèlement / reconduite), concernant prioritairement les Roms. »

Vous noterez que l’on prend soin d’écrire Roms avec majuscule… mais pas systématiquement ! Mais lorsque l’on insiste aussi lourdement sur une catégorie de population « en priorité », personnellement j’appelle ça du « ciblage », ou disons, pour faire joli, une discrimination spécifique.

On a encore tenté de nous faire croire que certain personnage pourtant chargé précisément des « reconduites à la frontière » (ça aussi, ce doit être pour faire joli !) n’avait pas été informé.

Mais le 28 juillet, le président n’aurait-il donné ses « objectifs précis » qu’à un comité très restreint ? Se peut-il que le maître d’oeuvre de ces « reconduites » n’en ait pas été informé ?

Cette jolie prose nous donne à lire que « les opérations menées depuis le 28 juillet contre les campements illicites de roms n’ont donné lieu qu’à un nombre trop limité de reconduites à la frontière ». Monsieur le ministre des charters était-il alors en vacances ? Ou le volcan Ejaculmachin en ébullition ?

Pourtant « la démarche opérationnelle » préconisée par cette circulaire comprend notamment « une préparation approfondie associant l’ensemble des services concernés, notamment ceux de la PAF et de l’OFII pour les campements des roms » (sans majuscule), et « les évacuations des campements illicites et la reconduite immédiate des étrangers en situation irrégulière. »

Bref !… Parfois, pour ne pas entendre, il suffit juste de regarder ailleurs ! C’est ce que certains firent à une certaine époque !

Et pour enfoncer le clou bien profond, cette circulaire est accompagnée de tableaux à remplir chaque semaine en fonction de l’évacuation des campements. Et toujours pour ne pas cibler une population spécifique, il y est soigneusement distingué les roms des gens du voyage, chacun ayant son propre tableau.

Alors oui, « circulaire de la honte », je ne peux pas la nommer autrement.

Et je dois le dire, j’ai failli ne pas écrire ce texte tant cette politique d’exclusion en général, et d’exclusion spécifique en particulier, me donne la nausée. J’avais plutôt envie de parler de choses amusantes ce week-end.

Tiens par exemple, que coincé dans les bouchons hier après-midi, j’avais entendu dans l’émission de Daniel Mermet sur France Inter, un mec nous expliquer qu’il fallait supprimer les bourses. Et vous en donner ma propre version…. Mais ce sera pour une autre fois.

Lorsque j’ai entendu que notre Vénéré se vantait que Madame Merkel allait aussi expulser les roms de Germanie, mais que… Il n’avait pas dû se laver correctement les oreilles…

Et enfin lorsque j’ai entendu que Brice Hortefeux allait nous proposer un programme de justice à l’américaine avec élection des juges… Cela m’a fait penser qu’aux Etats-Unis existait encore une certaine peine du talion, et que beaucoup, chez nous, dans l’électorat que visent séduire ces messieurs-dames de l’UMP, et certains aussi dans le camp même de l’UMP, souhaitent son rétablissement…

Pour rappel, en 2005, lorsqu’un certain ministre de l’intérieur devenu aujourd’hui président s’adressait aussi aux préfets.

Téléchargement Circulaire_du_5aout_2010

P.S. C’est pas plus joli comme ça, un « bureau de police » ?… Mais ça reste un bureau de police…

Dis la honte, c’est pour quand que tu te nettoie !

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