Ca polissonne à qui peut mieux…

Posted on 29 septembre 2010

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Quand vous n’avez pas envie de vous taper France Sarkovision, ni de vous abîmer l’esprit à écouter l’intégralité du verbiage ampoulé de l’un de nos chers ministres. Mais que vous souhaitez pouvoir néanmoins frimer dans les salons mondains, en montrant que vous êtes opinioné. Il y a un truc pas mal maintenant c’est le Pluzz.fr de France Sarkojoujou. Ca vous permet de regarder tous les épisodes de Poubelle la Vie que vous avez raté, et, s’il vous reste du temps, de zapper cinq minutes pour écouter Eric Besson « débattre » avec Luc Ferry,  Manuel Valls et Caroline Fourest.

Autant vous le dire de suite, en ce qui me concerne, je trouve cela aussi éprouvant que 15 épisodes de Poubelle la Vie. Mais pour frimer dans les salons mondains, il vaut mieux citer du Luc Ferry que l’oncle Balthazar.

Bref, j’ai pluzzé (une nouvelle appellation pour zapper) l’émission Mots Croisés, dans laquelle notre joyeux ministre des transports pas en communs jouait (le Zorro, pardon,) le héros principal. Et je ne sais pas si vous avez remarqué, mais alors qu’il est d’un comique redoutable lorsqu’il nous joue avec ses doigts dans les universités d’été de l’UMP, quand il passe à la télé, il est d’une mornitude exceptionnelle.

Désolé de néologiser, mais depuis que je sais que l’UMP s’achète plein de mots doux sur internet, c’est le seul moyen qui nous reste d’échapper à (la censure, pardon, ils ont dû l’acheter aussi celui-là) la prohibition.

Pour en revenir à notre bon ministre donc, le pluzzing, c’est un bon révélateur. Il a dû prendre des leçons de diction dans un théâtre d’avant garde, Monsieur Besson, où alors il est vraiment doué de naissance, parce que, quel que soit le moment de l’émission sur lequel vous pluzzez, vous avez l’impression d’être en continuité, tant le ton est uniforme. Tiens, un peu comme dans une chanson de Madame (je ne dirai pas qui), où vous ne savez jamais quand elle va se terminer tant le filet de voix est monocorde. Pour Eric Besson, c’est la même chose, il me semble d’ailleurs que le Petit Journal de Canal+ en avait parlé.

Bon je sais, je ne suis pas sympa avec le théâtre d’avant garde. Mais si vous prenez le Tartuffe de Molière par exemple, derrière sa façade de dévot qui nous parle de péché, d’enfer, de tentation, de repentir, de pardon, de charité, d’aumônes, de bénédiction, (ouf), et même de « cacher ce sein que je ne saurais voir ». Vous trouvez un petit personnage si insignifiant que Molière a préféré qu’on ne le voie qu’à peine dans une pièce dont il est pourtant le personnage central. Et qu’il nous le montre la plupart du temps que comme il est vraiment, un roublard hypocrite qui, pour  un dévot, n’en est pas moins un homme et qui ne raisonne plus devant les célestes appas d’Elmire, la jolie femme du mec qu’il est en train de plumer.

Donc, imaginez un acteur qui a passé toute sa vie à déclamer d’un ton monotone du théâtre soviétique des années trente, s’incarnant d’un seul coup dans le rôle de Tartuffe… Vous ne ferez plus la différence entre le vrai et le faux dévot ! Et m’est avis que vous aurez envie de pluzzer sur autre chose.

Oui, je sais, je digresse encore, cela n’a rien à voir avec mes mots croisés, cette histoire de théâtre. Mais bon, pendant ce temps là, au moins, je ne lapsusse pas sur les fellations inflationnistes. Cela, Tartuffe aurait pu le faire… « je sais qu’un tel discours de moi paraît étrange, mais après tout Madame, je ne suis pas un ange… »

Monsieur Besson donc, lorsqu’il croise les mots à la télé, il lui arrive parfois de s’énerver – ce qui sommes toutes arrive à tout le monde. Dans mon pluzzing (c’est vraiment nul, ce mot), ça lui est arrivé deux fois. La première fois, dès le début de l’émission, et en réponse à la toute première question, il répond, « pourquoi poser la question comme ça ? » A l’image, on voit nettement qu’il est très agacé. Evidemment, moi, si je passais à la télé, je préférerais que l’on me pose mes propres questions, plutôt que des questions insidieuses. C’est d’ailleurs pourquoi je préfère y faire passer les autres. Mais…

Quant à Monsieur Besson, on comprend qu’il soit agacé lorsque la question est, »cette loi (sur la déchéance de nationalité) s’inscrit-elle dans une stratégie de reconquête de l’électorat du Front National ? »  Et qu’en arrière plan de monsieur Besson, le réalisateur de l’émission a placé un beau portrait de Monsieur Le Pen, dont l’expression est pour le moins… narquoise.

Mais en fait, si vous ne regardez pas l’image et n’écoutez que le son. Et bien non, il n’est pas du tout énervé, notre ministre des charters. Si vous allez deux, dix, ou quinze minutes plus loin, son ton de voix est strictement le même.

Son second moment d’agacement manifeste à l’image, c’est après l’intervention de notre bien aimé philosophe Luc Ferry, pour vaguement « critiquer » du bout des lèvres la politique à l’encontre des Roms en se posant la question de savoir  « est-ce que la vrai morale, ça consiste à accueillir chez nous des étrangers en situation irrégulière quand on a 3 millions de chômeurs, quand ils n »ont pas de logement, quand ils n’ont pas de travail, et qu’on sait qu’inévitablement ils vont être conduits à des expédients pour survivre simplement » et disant au passage qu’à la gare du Nord on ne sait pas trop ce que les mamans ont fait avaler à leurs bébés pour qu’ils se tiennent tranquille…

Bref, une vrai « critique » en profondeur de la politique d’expulsion… Mais Monsieur Ferry qui se dit néanmoins contre la loi de déchéance de nationalité « inefficace et probablement contreproductive », d’où la réplique agacée de notre joyeux ministre à l’animateur de l’émission : « vous l’avez choisi pour être de mon côté dans le débat » et Monsieur le ministre de s’interroger sur l’organisation de l’émission…

Mais là, idem, lorsque vous coupez l’image, vous vous apercevez qu’il a exactement le même ton que cinq minutes avant et 10 minutes après. Donc, soit il est en colère d’un bout à l’autre de l’émission, soit il ne l’est jamais.

De mes différents pluzzs, je ne comprenais pas pourquoi je n’avais retenu que ces deux là. Mais en fait, ils me paraissent bien plus intéressants que le contenu même de l’émission. Celui-là, on nous l’a ressassé tout l’été, et on y aura sans doute encore doit pendant deux ans. J’ai donc laissé la lune me porter conseil.

On sait depuis longtemps que la plupart des émissions politiques sont préparées à l’avance. Mais ce faisant, personne ne s’en aperçoit, et c’est le but du jeu. Comme Tartuffe ou l’artiste d’avant garde soviétique, chacun reste bien dans son rôle. Mais avec ses deux petites remarques, Monsieur Besson nous a montré clairement quel est le dessous des tables aujourd’hui.

Pourquoi me poser cette question comme cela ? Non mais alors ! Ce n’est pas comme cela que je me la serais posée, moi ! Ceci dit pour ne pas sous-entendre, ce n’est pas comme je vous avais demandé de me la poser.

Et l’autre là, c’est lui que vous avez choisi pour être de mon côté ! N’importe quoi ! Vous ne voyez même pas qu’il n’est pas d’accord ! C’est quoi ce débat ? Nous sommes quatre, et ils sont trois contre moi…

Du coup, j’ai failli arrêter mon pluzz pour me jeter sur une tarte à la crème. Mais comme mon ordinateur a parfois ses lenteurs, je suis tombé sur un autre petite phrase de Monsieur Besson (dite toujours sur le même ton) « nous sommes en permanence en train de nous auto-flageller… »

Décidément, il se passe des trucs vraiment bizarres en politique en ce moment. Après la « guerre », ils ont dû se dire qu’il était de bon ton de relire Bataille et de nous refaire un traité de L’Erotisme…

Mais au fait, pendant cette émission, j’aurais au moins appris une chose, les charters pour la Roumanie portent le joli nom de Blue Air …

Et je vous laisse avec Molière…

Damis

Votre Monsieur Tartuffe est bien heureux sans doute…

Dame Pernelle

C’est un homme de bien qu’il faut que l’on écoute;

Et je ne puis souffrir, sans me mettre en courroux,

De le voir querellé par un fou comme vous…

Damis

Quoi, je souffrirai, moi, qu’un cagot de critique,

Vienne usurper céans un pouvoir tyrannique ?

Et que nous ne puissions à rien nous divertir,

Si ce beau monsieur-là n’y daigne consentir ?

Et pour le cagot, je vous en parlerai une prochaine fois…

Dis cagot, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Bof Bof...