Une tarte à la crème ? Ca vous dit ?

Posted on 4 octobre 2010

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Chacun sait que Monsieur Besson, avant de devenir l’un des piliers du sarkozysme, fut un éminent socialiste. Ce que l’on sait moins (en tout cas, je ne le savais pas), c’est qu’au PS il fut également un assez bon pamphlétiste. Et qu’en janvier 2007, juste avant d’être débauché du parti rose, il co-signait un joli petit texte intitulé L’Inquiétante « rupture tranquille » de Monsieur Sarkozy, dans lequel on pouvait lire notamment :

« Mais l’échec n’atteint que rarement notre héros (devinez qui !). Le plus souvent parce qu’il le noie dans le mouvement perpétuel : chaque fois qu’il se trouve en difficulté ou se voit obligé de se justifier de son action, le candidat de l’UMP se saisit d’un fait divers pour enfiler la combinaison qu’un Le Pen laisse parfois au vestiaire… »

Ou encore,  « ce que cet ouvrage cherche à démontrer est que non seulement, ne lui en déplaise, Nicolas Sarkozy est bien « libéral, atlantiste et communautariste » mais qu’il est devenu une sorte de filiale française de la Bush Cie, un néo-conservateur américain à passeport français. »

Et, parmi bien d’autres boutades, « la France est-elle prête à voter pour un néo-conservateur américain à passeport français ? »

Ce joli petit ouvrage de 92 pages avait été publié en ligne par le Parti Socialiste. Mais va savoir pourquoi, sur le site du PS, on n’en trouve plus que la préface, et l’on ne peut plus le télécharger. Par contre, on le trouve encore en intégralité sur le site de Gilbert Roger, maire socialiste de Bondy.

Je cours donc voir la conclusion qui, si elle n’est pas signée par Monsieur Besson, n’en est pas moins co-signée par lui, comme l’ensemble du livre :

« Il se prétend (devinez qui !) porteur d’une ambition pour la France mais ne vise qu’à satisfaire sa boulimie de pouvoir et sa volonté de puissance. Il se dit déterminé et se révèle pur opportuniste. Il se prétend franc et direct, il est cynique et calculateur. Il prétend dénoncer les prudences tactiques, il exhibe en fait son appétit démesuré du pouvoir. Il pourfend la langue de bois mais en invente une forme nouvelle, le parler cru. Voilà 5 ans que Nicolas Sarkozy trompe et abuse les Français. »

Passons… J’y renviendrai peut-être…

Donc, en dépit de son revirement, Monsieur Besson aime toujours le pamphlet. Et je passerai aussi sur le joyeux épisode de la bêbête de Stéphane Guillon qui lui a tant fait plaisir, semble-t-il. Aujourd’hui, c’est Bakchich qui requiert toute son attention. Non, je n’ai pas dit les bakchichs, je voulais parler du site d’info satirique et du journal qui le complète (c’est de la pub gratuite, moi aussi je l’aime bien).

Bref, Monsieur Besson aime tellement Bakchich qu’il a convoqué, la semaine dernière, son rédacteur en chef dans ses bureaux du ministère des charters, pour un petit entretien extrêmement cordial… Selon, le journaliste, l’entretien se serait terminé par :

« Vous sortez immédiatement où je vous en fouts une… »

Heureusement pour le journaliste, il a pu échapper à la… Bien oui, justement, à la quoi ? Quel mot a-t-on encore le droit d’utiliser aujourd’hui pour ne pas offusquer Monsieur Besson ? Une tarte, si elle est à la crème, on a le droit. Une taloche, si elle sert à étaler la crème, c’est possible. Une beigne, si elle est dans son jus, cela peut encore passer. Un pain aussi, mais en ce moment, il ne vaut mieux pas qu’il soit au chocolat, et encore moins au rhum….

Donc, Nicolas Beau, c’est le journaliste en question, n’a pas eu a subir la claque du ministre (mais comme il n’était pas au théâtre, ce n’est pas grave). Par contre, Monsieur Besson aime tellement Bakchich, que c’est lui qui va porter plainte contre le journal.

Allez comprendre les revirements parfois !

Et pourquoi qu’il porte plainte, direz-vous ? Et bien parce que dans Bakchich, on peut lire que le ministère de Monsieur Besson ne sert pas uniquement à sponsoriser les charters d’expulsés, mais qu’il lui aurait peut-être aussi permis de sponsoriser son voyage de noces. Et je souligne le « peut-être », je n’ai pas envie d’être procéisé par notre bon ministre.

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’il procéise Bakchich, notre joyeux ministre. Pour ceux qui ne s’en souviendraient pas, le site avait aussi osé prétendre (oh ! les odieux journalistes !) que Monsieur Besson avait, avant son mariage, « promis à sa future belle-famille de se convertir à l’islam ». En effet, pour se marier à une musulmane « le titulaire du maroquin de l’Immigration devrait en passer par la case conversion à l’Islam. Comme le prônent les textes de la religion musulmane. Un ministre de l’Immigration musulman, voilà qui aurait de la gueule… » (dixit Bakchich)

On peut comprendre que ça ne lui ait pas plu que l’on déballe ainsi sa vie privée. Mais le tribunal en avait jugé autrement, et débouté notre bon ministre.

Aucun rapport sans doute entre les deux plaintes. Mais lorsqu’on a un chat dans la gorge, il lui faut bien sortir un jour…

Ceci-dit, je trouve un autre truc amusant dans ce talochage de tartes à la crème, une petite histoire d’agence de voyage.

Carlson Wagonlit, elle s’appelle. Ce serait l’agence par laquelle Monsieur Besson serait passé pour réserver les billets d’avion de son voyage de noces, en compagnie de sa femme et de deux gardes du corps… Non, je ne digresserai pas sur l’utilité des gardes du corps en voyage de noces… Mais vous être libres d’en penser ce que vous voulez.

Dans le Nouvel Obs, on apprend donc que cette agence de voyage est en contrat, « entre autres », avec le ministère de Monsieur Besson. En soi, rien de bien grave. Mais dans Bakchich, on peut lire « que Carlson Wagonlit dispose d’un bureau au sein même du ministère de l’Intérieur, sans y payer aucun loyer. « Bref, c’est un service du ministère », tranche un expert voyagiste. » Et qu’elle est même « l’agence officielle du ministère de l’Immigration (entre autres), titulaire de plusieurs marchés publics avec l’État, dont un pour les charters de sans-papiers… »

On comprend mieux pourquoi elle a droit à un bureau gratuit au sein du ministère des charters !

Sur le site de l’agence, on peut d’ailleurs lire le joli slogan « le monde vous tend la main », et si vous entrez dans son espace de fidélité « des avantages exclusifs vous tendent la main ». Rien à voir avec (une main dans la gue…), pardon, rien à voir avec un pain au rhum.

Tiens une main dans la gue… justement, ça peut aussi se dire une beugne, ou une buyne. Et moi qui croyais que la buyne, c’était une patate… Et d’ailleurs, il parait que « pour administrer une bègne. Rien ne vaut un poing d’Auvergnat »…

Je sais, cela n’a aucun rapport, en dehors du fait le prédécesseur de Monsieur Besson, en son ministère, adorait les blagues d’auvergnat. » Et qu’une beigne, c’est un truc qui peut provoquer une bosse, qui est, comme chacun le sait, une enflure.

Bon, je sais, je digresse encore. Mais ça, c’est parce qu’après être tombé sur le site de Carlson machin qui vend ses charters à notre ministre, tout en slogan que « le monde vous tend la main », je déprimais tellement qu’il m’a fallu aller me promener sur un site intelligent. Et je suis tombé sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. Un truc vachement savant et nettement plus joyeux que mon gros Larousse.

Tiens bakchich, par exemple, cela peut être un pourboire, ou un pot de vin, mais cela a aussi pour synonyme un don et, ce que je ne savais pas, cela peut également être un matabiche. Selon Larousse, le matabiche étant le nom utilisé pour pot de vin quelque part en Afrique Noire (il ne dit pas où) et qui vient du portugais « matar o biche », c’est à dire tuer la bête. Il n’est pas très prolixe, mon Larousse. Je retourne donc voir sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales pour en savoir plus.

Et j’apprends que le matabiche était employé en 1927 au Congo Belge et en Afrique équatoriale Française, et qu’il provient d’une interprétation bantoue du portugais matabicho qui signifie aussi bien « pourboire » que « gorgée de boisson alcoolique », et qui lui-même est issu de l’expression « matar o bicho », c’est à dire, textuellement « tuer la bête » (et même la biche), mais qui, en langage figuré signifie aussi « tuer le ver, en buvant à jeun un verre de vin ou d’alcool ».

Ah que ! Ca fait du bien d’être savant !

Désolé, je sais, c’est un peu décousu, mon truc. Mais il y a des moments comme ça ! Et d’ailleurs, lorsque l’on retourne sa veste, on ne voit plus qu’elle est décousue.

Je recouds donc, et en reviens à mon pamphlet du début, L’Inquiétante « rupture tranquille » de Monsieur Sarkozy. Moi, je ne le trouvais pas si pamphlétaire que ça. Mais c’est Libération, et même TF1 qui l’appellent ainsi, parce que l’on apprend aujourd’hui que Ségolène Royal aurait refusé de l’utiliser pour sa campagne électorale en 2007. Ce qui, pour Libération, expliquerait peut-être la rupture de Monsieur Besson avec le PS.

Bien oui, dans son « pamphlet », il nous dit lui-même que ce n’est pas un pamphlet, et qu’il faut s’écarter « des caricatures réductrices : « Sarko-facho » est un slogan à la fois stupide et contre productif… » Ce qu’il veut instruire, Monsieur Besson, c’est un « procès objectif (…) contre l’idéologue engagé en politique qu’est Nicolas Sarkozy ».

Cela a vraiment de quoi rendre triste, d’être aussi mal compris ! De quoi vous donner l’envie de passer dans l’autre camp. Au moins, l’idéologue, lui, pourra peut-être vous comprendre.

Bref, je ne sais pas si notre Vénéré a lu le non-pamphlet en question. Mais s’il a lu, il n’est vraiment pas rancunier… Parce franchement moi, si l’on m’avait traité de héros noyé dans le mouvement perpétuel et prompt à utiliser la combinaison qu’un Le Pen laisse parfois au vestiaire… La taloche à crème, j’aurais appris comment l’utiliser.

Quant à Monsieur Besson, je comprends nettement mieux aujourd’hui son sens de l’humour…

« Sortez immédiatement où je vous en fouts une ! » Evidemment, à force d’être aussi mal compris…

PS. Il paraît qu’il y avait peu de monde samedi. J’ai encore dû me tromper de trottoir…

Dis la veste, c’est pour quand la révolution !

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