Un médoc contre le cancer ?

Posted on 6 octobre 2010

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Je sais, ce titre fleure un peu la provocation. Mais…

Quoi de neuf docteur ?
Pas grand’chose ! Juste une ou deux petites bricoles. Vous avez un cancer.
Ah bon ! Je vais bien alors !
Oui je vous donne un médicament…

Je ne sais pas si c’est la transcription exacte, mais c’est à peu près le contenu d’une pub que j’ai entendu l’autre jour pour je ne sais plus quel organisme de lutte contre le cancer. Et franchement, je ne sais qu’en penser ! Sur le coup, je dois dire que cela ne m’a vraiment pas fait rire.

J’ai un copain qui en est mort il y a peu de temps. Il ne fumait pas, ne buvait pas, était plutôt végétarien, et bouddhiste sur les bords – mais un bon copain quand même. Bref, le genre de mec, tu te dis qu’il va vivre au moins deux siècles. Bien non ! Soixante balais, la retraite, et toc ! Le cancer…

Il y a quelques années, idem d’un autre copain. La retraite à peine, et toc, le cancer… Bon lui, il était plutôt du genre à ne pas trop mélanger la flotte et le pastis, à ne pas mégoter sur le caporal, et un peu lepeniste sur les bords – mais bon copain quand même. Comme quoi l’amitié, ça dépasse parfois la connerie humaine. Mais ce n’est pas le sujet.

Et tiens, à propos de copains et de cancer, j’ai un copain curé aussi, comme quoi… Lui, il a presque 90 ans, un cancer depuis plusieurs années, et il ne rêve que d’un truc, aller voir là-haut si son patron existe. Bien non ! Il ne veut pas de lui, son patron. Mais il est vrai que chez les curés, la retraite, ça n’existe pas vraiment.

Moi, il faut bien le dire, personnellement, je m’en fiche de l’âge de la retraite, un peu comme les politiciens – et les curés. Je fais un métier où la retraite n’arrivera qu’avec celle de mes neurones. Mais contrairement à certains, surtout chez les politiciens, j’espère m’en apercevoir à temps, de ma déneuronisation.

Oui, je m’en fouts, et pourtant j’étais dans la rue lors des dernières manifestations – sur les trottoirs sans doute, comme beaucoup d’entre nous…

Et si j’y étais, ce n’est pas pour moi, mais justement pour ces deux potes. Ils ne sont d’ailleurs pas des cas isolés, je suis sûr que chacun d’entre nous connaît au moins une personne qui, à peine l’âge de la retraite arrivé… clac !

Et ils n’avaient pourtant pas grand’chose en commun ces deux potos. L’un était plutôt intello, pas le genre à trop se fatiguer les biceps. L’autre était un pur manuel, pas le genre à trop se fatiguer les méninges – pour tout vous dire, il était cantonnier. En dehors d’être mes copains, la seule chose qu’ils avaient en commun, c’est d’être vachement heureux de prendre leur retraite à 60 ans parce qu’ils avaient toujours un truc à faire, un truc à vivre. Mais clac ! La vie les a stoppés tout net !

Alors lorsque notre Vénéré et ses potes nous racontent qu’il n’y a pas d’autres solutions que de travailler plus, et d’éloigner l’âge de la retraite. Ca me fait un peu l’effet de la pub contre le cancer. Je ne sais pas si je dois en rire. En tout cas, j’ai envie de taper du poing… sur la table, rassurez-vous !

Des solutions autres, il y en a ! Changer radicalement ce foutu monde dominé par la logique du pognon à tout prix, et de la vue à court terme.

Oui, je sais ! On me dira que c’est une utopie ! Et bien peu importe ! Lorsqu’on le veut, une utopie peut devenir réalité, au moins partiellement.

Contrairement à ce que l’on nous affirme à tout vent, ce n’est pas l’allongement de la durée de vie qui pose problème – demandez-le donc à mes deux potes.

L’autre jour, sur la page de C’est Nabum, j’ai lu un très joli texte qui dénonçait un monde de « dé ». Et en effet, c’est un monde de la dé-mesure qu’il faut dénoncer. Un monde dominé par le préfixe « sur ».

Sur-production, sur-consommation, sur-exploitation, sur-population, sur-poubellisation… et j’en passe. Voilà ce sur quoi il nous faut réfléchir, et ce qu’il faut réformer.

Travailler plus… ? Non ! Travaillons moins, et le monde s’en portera mieux.

Vous êtes vous demandé pourquoi il vous faut changer de télé, d’ordinateur, ou de machin chose tous les deux ans ? Simplement parce que l’on change une norme, ou que l’on construit des objets destinés à être poubellisés dès qu’ils sont hors garantie, alors que l’on sait très bien fabriquer des objets durables. Et tout ça pour quel résultat ? Remplir les bourses de quelques uns dont la seule pensée est précisément de se les remplir, et qui n’en ont rien à faire de transformer le monde en une véritable décharge… Du moment que leurs bourses sont pleines !

Et je dis bien « le monde », comme l’on parle de « conquérir l’univers ». Tiens savez-vous par exemple combien de poubelles sont aujourd’hui satellisées autour de la terre ?

En 2008, il existait plus de 12.000 objets artificiels de plus de 10 centimètres de diamètre tournant autour de la terre, chiffre qui augmente d’au moins 200 par ans. Il en existait 200.000 mesurant entre un et dix centimètres, et 35 millions mesurant entre 1 millimètre et 1 centimètre.

Et pour revenir sur terre, combien de fois dans votre vie devrez vous changer de frigo, de télé, d’ordinateur, de téléphone, de robot mixeur, de sèche cheveux, et de débonineur de cervelle… uniquement parce qu’ils ont été conçus pour ne pas durer ? Et à la poubelle que tout cela !

Et bien oui, des solutions, il y en a ! Sauf que l’on veut nous faire croire qu’il n’y a aucune autre logique que celle du capitalisme, à moins de retourner à l’âge des cavernes.

Et bien non, messieurs-dames les capitalistes ! Je ne suis pas un homme des cavernes et j’apprécie mon frigidaire (où d’ailleurs je me repose parfois les neurones pour les faire durer). Mais le monde l’apprécierai nettement mieux, mon frigo si, comme c’était le cas il y a encore peu, il était conçu pour durer, et non pour être systématiquement remplacé tous les deux ou trois ans, terminer dans une décharge, et mon pognon dans vos poches.

Oui, travailler moins, c’est possible, et c’est la solution. Evidemment, cela implique aussi de supprimer tous les « sur » qui accompagnent cette sur-production. A commencer peut-être par la sur-population.

Et pour en revenir à mon début, si l’on trouvait un médoc contre le cancer, ce serait génial. Contre le sida, aussi. Et pourquoi pas contre la mort, d’ailleurs. Mais nous n’y sommes pas…  On vient juste de nobéliser les créateurs de la fécondation in vitro, et c’est génial la fécondation in vitro. Mais appliquons-la où elle est utile. Appliquons-la à repeupler les espèces que notre espèce humaine, dans sa démesure de sur-croissance, est en train d’anéantir. Et peut-être pourrions nous commencer par nos cousins les singes ! Non, je ne parle pas des politiciens, il n’y en a pas chez les bonobos, et ils en sont bien plus heureux.

Chez les bonobos, vous imaginez un secrétaire d’état aux transports ? Oui, je sais, elle est facile celle-là !

Mais imaginer que le secrétaire bonobo aux transports se déplace en aéroplane « aux frais de la république » pour aller rendre visite à sa fille en Suisse ! Non, c’est inimaginable. Et en plus, elle n’est même pas banquière, sa fille. D’ailleurs, il n’y a pas de banquiers, chez les bonobos.

Mais trêve de plaisanteries. Tiens, à côté de l’article sur le secrétaire aux  transports qui… Je trouve une publicité pour Oncle Ben’s qui me fait du riz en promotion. Désolé, je ne sais pas s’il est Oncle Ben’s, mais j’ai déjà du riz à la maison… Aucun intérêt que cette pub !

Et juste en dessous, il y a un article sur un tradeur qui serait seul coupable d’avoir écumé la Société Générale. Bien voyons… Sur presque toutes les pages de mon canard, je trouve des pubs pour devenir moi-même tradeur, et que cela va me rapporter des fortunes !… En écumant la Société Générale, peut être, ou la société en général ? Et vous pouvez changer les majuscules et les minuscules…

Et en dessous encore, je trouve une histoire d’ancienne garde des sots, pardon, des sceaux, qui aurait demandé à une de ses copines, ministre de l’intérieur, de clôturer je ne sais quelle enquête pour je ne sais quelle raison. Et tout ça parce que l’on aurait trouvé, lors d’une perquisition, un papier compromettant chez un mec arrêté pour cause de fuites… Mais il faut croire que cela fuit encore parce que le papier en question s’est retrouvé dans le bureau d’un certain Canard.

Bon d’accord, je digresse encore. Mais à côté, j’ai une publicité pour une bagnole. Désolé, je roule en scooter. Et une autre pour recevoir un cadeau de mon assureur. Sauf que ce n’est pas le mien, et que je suis déjà assuré. Et il y a encore la pub pour le riz Oncle Truc, et sur les avantages de BN machin chose qui m’offre un an de carte bancaire gratuite…

Alors je digresse ? Oui ! Mais digressons et dégraissons parfois un peu aussi…

Et quant à la solution unique et universelle !… Elle aussi, vous pouvez la demander à mes copains. Mais cela, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, comme tant d’autres choses… Construire des palaces cinq étoiles pour réguler la surpopulation et la faim dans le monde, ça, c’est bien plus facile à faire.

Et tiens, je vais me mettre les neurones dans le frigo pour les faire durer un peu plus longtemps… Et voir si mon frigo dure aussi…

Dis médoc, c’est pour quand la révolution !

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