Quand la marée change de couleur…

Posted on 8 octobre 2010

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Après les marées noires, nous en sommes arrivés aux marées rouges. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a des pays dont on ne parle pratiquement jamais. La Hongrie par exemple, en dehors de Monsieur Besson, pratiquement personne ne sait, chez nous, qu’environ 700.000 Roms y vivent, et encore moins que la Hongrie va prendre dans quelques mois la présidence de l’Union européenne.

Et lorsque la secrétaire d’état hongroise aux affaires européennes, justement, se pointe à Paris pour rencontrer son homologue français, il n’y a que quelques journalistes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne fait pas la Une de la presse. Seule la Nouvelle République des Pyrénées en parle. Pas étonnant remarque, la nouvelle République des Pyrénées, il n’y a que les hongrois qui doivent la connaître.

Mais lorsqu’il y a un peu trop de sujets qui fâchent, il faut faire diversion. Et cela tombe bien, il y a une marée rouge en Hongrie. Non, rassurez-vous, patronnes-patrons, ce n’est pas le retour en force des cocos, c’est juste le résidu de vos poubelles. Donc, tout le monde parle de la Hongrie et de sa marée rouge.

Bon, c’est vrai, c’est carrément crado, ce truc. Dans l’Express, un chimiste britannique nous raconte que  cette boue rouge « est corrosive pour la peau, et (que) le contact avec toute partie du corps doit être évité, y compris au niveau respiratoire, le nez et les poumons. Tous les produits alimentaires qui ont poussé dans les secteurs affectés par les boues rouges doivent être interdits à la consommation, pour les humains comme pour les animaux. Les eaux de surface tout comme les eaux souterraines contaminées par les boues ne doivent pas être utilisées pour les humains, les animaux ou les cultures. » Et il paraît que c’est encore pire lorsque la boue sèche.

C’est quand même dommage, après la France, la Hongrie, c’est le pays du pinard. Tiens, imaginez le bordel que cela ferait s’il nous coulait de la boue dans le Beaujolais.

Mais le plus stupide, dans cette histoire, c’est que cette marée de boue rouge qui déferle aujourd’hui sur la Hongrie provient d’une usine d’aluminium du très joli nom de « mal »… Je ne sais pas ce que signifie « mal » en hongrois, je cherche donc… Apparemment, rien, mais manikürollo, cela veut dire ciseaux à ongles et malom, veut dire moulin.

Oui, je sais, cela vous fait un belle jambe. Et le nom du bled d’où est partie la fuite de boue ressemble même à celui d’une émission de télé réalité. Kolontar, ça s’appelle. Et bien non, ce n’est pas de la télé réalité ! C’est simplement le résultat de l’ineptie humaine.

Bref, il y a deux jours, le gouvernement hongrois annonçait qu’il n’y avait aucun risque de pollution du Danube…  Je constate donc avec satisfaction qu’il n’y a pas que chez nous que les politiques disent un truc pour exprimer tout le contraire.

Hier, par exemple, chez nous, on apprenait l’existence d’un fichier ethnique ignoré de tout le monde, même du ministère de l’intérieur. Aujourd’hui, on apprend que des prélèvements ADN ont été effectués sur des Roms d’un camp du Val-d’Oise. Notre bon ministre l’ignorait sans doute, et le ministre des charters aussi.

Mais pour en revenir à notre marée rouge, je ne sais pas si Monsieur Besson est calé en géographie, mais après avoir traversé la Hongrie, le beau Danube marron, va aussi se promener du côté de la Roumanie

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que le Danube change de couleur. La dernière, c’est en Roumanie, justement, le 30 janvier 2000. Et l’histoire était sensiblement la même, la digue de l’un des bassins de décantation d’une usine de traitement de déchets miniers avait cédé, déversant dans le ruisseau voisin plus de 100.000 mètres cubes d’un liquide à base de cyanure.

De ruisseaux en rivières, la pollution avait ainsi gagné le beau Danube (désolé, je ne connais pas la couleur du cyanure). L’entreprise pollueuse était un consorsium australo-roumain du joli nom d’Aurul, qui signifie « or » en Roumain, elle traite en effet les déchets miniers de la région pour en extraire les résidus… d’or.

A l’époque, on avait parlé de la plus grande catastrophe écologique depuis Tchernobyl. C’était il y a dix ans, et depuis, je ne sais pas combien il y a eu de « plus grande catastrophe écologique que »… Mais on a dû battre tous les records. Et je ne sais pas non plus si Aurul a perdu de l’or dans l’histoire. Sans doute pas beaucoup.

Mais au fait, une catastrophe écologique, ce ne serait pas un motif pour l’arrêt des charters d’expulsions ?

Bon, je digresse encore.

Et puis après tout, j’ai le droit, je ne suis pas le seul à faire dans la platitude. Tiens, ce matin par exemple, deux vénérables Vénérés se sont rencontrés. Savez-vous ce qu’ils se sont dit ?

« Je suis heureux de vous revoir une fois de plus », a dit le plus petit au plus grand (en nombre de fidèles, évidemment).
« Je garde un grand souvenir de ma visite en France » (en 2008), a enchaîné le grand.
« C’est la France qui a gardé un grand souvenir de votre visite, ça a été une grande réussite », lui a répondu le petit.

Mince alors ! Ca, c’est un échange pertinent ! Et pas un mot sur la Hongrie, ni sur les sujets qui fâchent… Le thème des Roms n’était pas inscrit à l’ordre du jour… Peut-être à l’index… Il ne s’agissait que de travailler « sur les questions d’intérêt commun ».

Bref, sur Rue 89, je suis tombé sur une question qui ne devrait pas me faire rire, et pourtant si. Un monsieur qui raconte « son long combat pour faire reconnaître le lien entre son intoxication au pesticide Gaucho et la maladie de Parkinson qu’il a contractée par la suite ». Et Rue 89 de demander s’il s’agit d’un cas unique ?

Le pesticide gaucho, moi, je ne connaissais pas, et j’espère qu’il n’a aucun lien avec la marée rouge de Hongrie. Mais pour répondre à la question du cas unique. Franchement, je me pose aussi la question…

Dis gaucho, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Merdialisation ?