Les thons à bretelles du beau Danube rouge…

Posted on 11 octobre 2010

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Je lis actuellement un bouquin bien glauque, La Route, de Cormac Mac Carthy. L’histoire d’un type et de son môme qui déambulent dans un monde dévasté par l’apocalypse, et pourtant en proie à la haine, la rage et incidemment au cannibalisme.

« Le pays avait été pillé, mis à sac. Dépouillé de la moindre miette. Les nuits étaient mortellement froides et d’un noir de cercueil et la lente venue du matin se chargeait d’un terrible silence. Comme une aube avant une bataille… il s’arrêta et vit l’espace d’un bref instant l’absolue vérité du monde. Le froid tournoyant sans répit autour de la terre intestat. L’implacable obscurité. Les chiens aveugles du soleil dans leur course. L’accablant vide de l’univers. Et quelque part deux animaux traqués tremblant comme des renards dans leur refuge. Du temps en sursis et un monde en sursis et des yeux en sursis pour le pleurer. »

Je sais, c’est un peu con de lire ce genre de truc lorsqu’il fait beau comme un été indien. Je ferais mieux de lire Pif le chien, ou pourquoi pas Spirou. En plus, il y a manif deux fois par semaine, et je vais finir par reprendre mes taches de rousseur. Ceci-dit, mieux vaut en profiter, s’il flottait des grêlons intestats, nous serions peut-être un peu moins nombreux aux manifs.

Mon histoire de grêlons intestats, ce n’est pas pour frimer. C’est simplement parce qu’il m’a bien fallu ouvrir mon dico et admettre que j’étais un ignare. Je ne savais pas qu’ab intestat, cela signifiait que l’on n’avait pas laissé de testament avant de casser sa pipe. Et d’ailleurs, avec notre bonne coutume de tout abréger, nous ne sommes plus obligés d’utiliser le « ab ». On a le droit de caner intestat aujourd’hui, en toute simplicité. Si l’on claque ab intestat par contre, là, ça fait frimeur.

Bref, dans mon bouquin, une bande de joyeux lurons a dû s’amuser à titiller la bombinette, la faire péter et la planète avec. Ne restent que quelques survivants qui canent la pègrenne et pour ne pas baiser la camarde, se prennent mutuellement pour des gigots qu’ils bouffent généralement crus, n’ayant plus d’allumettes pour le feu (oui, je sais, mais je vous traduirais plus tard).

Donc, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans les bouquins, après l’apocalypse, c’est en général encore plus glauque qu’avant ! C’en est vraiment à se demander à quoi ça sert de faire l’apocalypse. Comme si l’humain n’était jamais capable de tirer la leçon des choses. Tiens, je vous ai parlé de la marée rouge, l’autre jour. Bien oui, les marées noires ne suffisent plus, il nous faut les repeindre en rouge, aujourd’hui. La prochaine, elle sera de quelle couleur ?

Il n’y a pas que les humains d’ailleurs. Pratiquement toutes les religions ont leur histoire de déluge. Comme quoi les dieux en ont tellement marre des hommes qu’il faut les noyer. Mais ils en laissent toujours au moins deux pour que ça recommence !…

Je ne sais pas pourquoi je suis parti là-dessus. En fait, j’avais envie de parler de Madame Parisot, médéfiste en chef, selon qui les grèves provoquent une « dégradation de la réputation » de la France. Et de lui répondre que la « réputation » de la France, il y a d’autres choses qui la polluent, en ce moment. Et que si certains ministères des charters et des fichiers se mettaient en grève, cela contribuerait peut-être à la nettoyer.

Mais cela a dû me déprimer, et du coup je me suis retrouvé sur La Route. Et comme les chemins sont parfois tordus, en cherchant la définition d’intestat, je suis tombé sur des définitions de « mourir » en argot.

Caner la pègrenne, cela veut donc dire mourir de faim. Quant à la camarde, c’est le squelette qui traîne à l’école, au fond de vos salles de sciences naturelles. Baiser la camarde, c’est donc dévisser sa boussole, casser le grand ressort, renverser sa chaufferette ou sa marmite, ou n’avoir plus d’huile dans la lampe.

Et lorsque je vous disais que les hommes, comme les dieux d’ailleurs, sont mal doués pour les leçons de choses… Ils ont inventé tout un itinéraire de la mort. Je vous en fait un court extrait.

Lorsque votre pain est cuit, vous pouvez avaler le goujon, et si malencontreusement vous avalez la fourchette et la cuiller avec, il vous faut impérativement boire le bouillon pour les faire passer. Le repas fini, il ne faut pas oublier d’éteindre son gaz, on peut ensuite déchirer son tablier, laisser ses guêtres et graisser ses bottes. Ne pas oublier non plus de dévisser son billard et de démonter son choubersky, avant de souffler la chandelle, et d’aller remercier son boucher, ou son boulanger. Puis prendre la secousse, descendre de la gare, et défiler la parade, et, si le coeur vous en dit, en frappant au monument. Enfin, et surtout, vous pouvez dire adieu à la vertu, et cracher votre âme.

Là, vous êtes enfin sûr d’être aussi cuit que votre pain et vous pouvez alors déboucler la valise et même restituer la doublure.

Désolé, mais je dois vraiment avoir dévissé un boulon, pour qu’elles me mènent si loin, les inquiétudes de Madame Parisot quant à la bonne réputation de la France.

Et j’ai envie d’aller demander aux thons à bretelles du beau Danube rouge ce qu’ils pensent, eux, de la réputation des patrons qui pourrissent leur flotte. Ou aux requins siffleurs du joli golfe noir du Mexique ce qu’ils pensent, eux, des patrons de BP et autres pollueurs de la politique du tout pour le fric.

Je ne sais pas si Madame Parisot fait elle-même son ménage et connaît l’usage du balai. Mais la logique populaire nous apprend parfois qu’avant de donner des leçons, il est parfois utile de nettoyer devant sa porte.

Oui, je sais ! Il est vrai que pour les leçons de choses…



Et sans aucun rapport, une autre…


P.S. Le choubersky, c’est un poêle en fonte, va savoir ce qu’il vient faire ici !  C’est pareil pour mon désert, mais je ne suis jamais allé sur la banquise.

Dis le choubersky, c’est pour quand la révolution !

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