Laval et le pop’art

Posted on 26 octobre 2010

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Connaissez-vous Laval ? Moi non, je sais simplement que c’est un bled aux portes de la Bretagne situé, juste à côté de Niafle, que je ne connaissais pas non plus. Par contre, un certain Benjamin Lancar, célèbre animateur des Pop semble bien connaître, il en faisait mardi dernier l’éloge dans son blog.

Les Pop, ce n’est pas un groupe de rock, ce sont les jeunes « populaires » de l’UMP. Quand à leur chef de file, Benjamin Lancar, il s’est illustré il y a peu par l’invention de la « gauchosphère », un truc qui, à gauche, rassemble tout ceux qui peuvent être qualifiés d’antisarkozystes. C’est à dire, en langage droitiste, à peu près tout ce qui est un peu plus à gauche que DSK.

Et quant au Laval dont il est question dans son blog, ce n’est pas le bled dont je parlais – et dont le maire est d’ailleurs socialiste, donc gauchosphérisant. Non, c’est un certain Pierre Laval qui, je cite son blog a contribué au « redressement économique de la France » en 1932.

Sauf que Benjamin Lancar n’a dû s’informer que sur Wikipédia, et sans doute d’un oeil distrait. Parce si en 1932, Laval, que l’on surnommait Pierrot, ou encore l’oncle Pierre, a contribué à un quelconque redressement, c’est uniquement à celui de ses affaires.

En 1932, la France qui avait jusque là été épargnée par la crise, la prend de plein fouet. A titre d’exemples, la Banque Nationale de Crédit dépose son bilan, Coty, le parfumeur milliardaire est au bord de la ruine, et même Citroën, dont le nom s’affichait en lettres de lumière sur la tour Eiffel, est chassé de ses usines par la faillite.

Quand à notre ami Pierrot, s’il a bien tenu les rennes du pouvoir, ce n’est que jusqu’au 15 février 1932, date à laquelle il sera renversé par Tardieu, et ne sera plus qu’un éphémère ministre du Travail jusqu’au 4 juin où, après la victoire du Cartel de gauche aux élections, le gouvernement Tardieu donnera sa démission. Laval ne reviendra au gouvernement que le 10 février 1934, en tant que ministre des Colonies, puis le 9 octobre 1934 en tant que ministre des Affaires étrangères. Il ne redeviendra Président du Conseil que le 7 juin 1935, où il mènera une telle politique de « redressement » qu’il en sera viré le 22 janvier 1936 par le Front Populaire.

En 1932-33, tonton Pierre se sera contenté d’être maire d’Aubervilliers (depuis 1923) et sénateur (depuis 1927) tout en se bâtissant un bel empire de presse avec le Moniteur, Radio Lyon, des participations dans les hebdomadaires, Vu et Lu ou à Radio Luxembourg…

Comme quoi, si’ l’on trouve à peu près tout dans Wikimachin, on y trouve aussi n’importe quoi.

La fin de l’histoire de tonton Pierrot est bien mieux connue. Pilier fondateur du régime de Vichy en juin 1940, il sera mis à l’ombre quelque temps par Pétain en décembre de la même année, avant de revenir au pouvoir le 17 avril 1942, date des premiers convois de la déportation. Il y restera jusqu’au 17 août 1944, où il ira faire un petit tour à Sigmaringen. Et sa politique de « redressement de la France » sera telle qu’il finira le 15 octobre 1945 sous les balles du peloton d’exécution.

Mais trêve de babillage et revenons en à notre Benjamin de l’UMP. Savez-vous pourquoi qu’il nous explique qu’en 1932 Pierrot Laval a joué les redresseurs économiques de la France ? Et bien c’est pour passer un petit coup de brosse à reluire à Guy Moquet, et incidemment à ses potes du Pop.

Pour Guy Moquet, ce n’est pas très original, notre Vénéré nous avait déjà fait le coup de la récupération en tentant de faire passer sa lettre d’adieu pour une lettre gaulliste.

Il avait oublié que le 22 octobre 1941, juste avant d’être fusillé, Guy Moquet avait écrit deux lettres. Celle que l’on connaît, et une autre plus courte, adressée à Odette Leclan :

Ma petite Odette,

« Je vous mourir avec 26 camarades, nous sommes courageux. Ce que je regrette est de n’avoir pas eu ce que tu m’as promis. Mille grosses caresses de ton camarade qui t’aime. Guy »

Personnellement, c’est celle-ci que j’aurais choisi de lire.

Et pour rappel de cloches à notre Vénéré et à son Benjamin :

Le 22 octobre 1941, 27 internés «administratifs» du camp de Châteaubriant étaient fusillés.

Le plus jeune, Guy Moquet, fils de l’ex député communiste du 17ème arrondissement, Prosper Moquet, avait 17 ans. Tous étaient communistes.

Parmi eux figuraient notamment, Jean-Pierre Timbaud, ex secrétaire de la CGT des métallurgistes parisiens, Jules Vercruysse, ex secrétaire général de la CGT des textiles, Désiré Granet, ex secrétaire général de la CGT des papiers et cartons, Maurice Gardette, ex conseiller général de la Seine, Henri Pourchasse, ex responsable de la CGT des cheminots, Jean Poulmach, ex secrétaire général de la CGT des produits chimiques, Charles Michels, ex député communiste du 15ème arrondissement de Paris, Jean Grandel, ex maire communiste de Gennevilliers, ou Pierre Gueguin ex maire communiste de Concarneau, l’un des rares à avoir dénoncé le pacte germano-soviétique de 1939. Maurice Tenine, ex conseiller municipal communiste de Fresnes, fondateur en janvier 1941 avec Jean-Claude Bauer, du journal clandestin Le Médecin français. Ainsi que deux des quatres médecins internés du camp, Ténine et Pesque.

Les otages de Châteaubriant avaient été choisis sur une liste remise aux allemands par Chassagne, chef de cabinet de Pierre Pecheu, Ministre de l’intérieur.

Et pour rappel encore, cette fusillade avait été organisée en représailles à l’assassinat à Nantes, deux jours plus tôt, d’un officier allemand. Pour un mort allemand, 50 « otages » devaient alors être fusillés. Les 27 du camp de Chateaubriant ne faisant pas le compte, 16 autres seront fusillés à Nantes, et 5 au Mont Valérien. Parmi eux, il y avait André Le Moal, âgé, comme Guy Moquet, de 17 ans.

A-t-il laissé une dernière lettre ? Nous ne le savons pas. Notre Benjamin de l’UMP pourrait peut-être tenter la recherche.

Mais Jean-Pierre Timbaud lui, a laissé une belle lettre, dont je me permets de rétablir l’orthographe et cite un extrait :

« Ma mort aura servi à quelque chose, mes dernières pensées seront tout d’abord à vous deux, mes deux amours de ma vie et puis au grand idéal de ma vie. Au revoir mes deux chères amours de ma vie. Du courage vous me le jurez, vive la France, vive le prolétariat international. Encore une fois tant que j’ai la force de la faire des millions de baisers celui qui vous adore pour l’éternité. »

Maurice Ténine aussi :

« Acceptez ma mort avec courage, sans résignation. Je meurs victime de mon idéal et cela rend ces derniers instants calmes, extraordinairement calmes. »

Mais il est vrai qu’à l’UMP et chez les Pop, les mots « camarade » ou « idéal » doivent avoir un tout autre sens.

Et en cette époque où lorsqu’un ministre tente de nous expliquer que… il nous dit qu’il est « difficile d’expliquer à des cons… » Que d’autres ministres se voient prendre eux-mêmes pour des « cons » tout en se traitant de « zozo » et même de « banane« … (Et j’en passe, il faut bien que je m’en réserve pour la suite)… Je me demande parfois ce que certains ont bien pu faire sur leur bancs de classe, en dehors d’apprendre à détricoter l’histoire. Ce qui est, certes, une occupation fort louable, surtout dans un groupe de pop.

 

 

 

 

A lire, La vie à en mourir, Lettres de fusillés (1941-1944) choisies et présentées par Guy Krivopissko, Points Histoire

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