De Tarnac à Athènes, en passant par…

Posted on 3 novembre 2010

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2000 ans de prison ou plus, c’est ce qu’on risque quand on est anarchiste en Grèce ! L’autre jour, je parlais de trucs incompréhensibles. Du genre pourquoi se masser dessous un volcan, alors que l’on sait qu’il va nous péter sur la tronche ? Et dans le genre incompréhensible, il y en a une bien bonne aujourd’hui. Pourquoi envoyer des bombinettes aux joyeux lurons qui nous gouvernent, en sachant qu’elles n’ont aucune chance d’aboutir ? Autant leur envoyer des mails en lapsussant sur leurs bon mots. Vous avez autant de chances de vous retrouver en tôle, mais pour moins longtemps.

Bref, ce ne sera pas mon sujet du jour, il faut d’abord que je révise ma géographie. Mais ce n’est pas toujours facile.

Tiens, le pic du Canigou, par exemple, un des sommets des Pyrénées, sa hauteur a varié avec le temps. Au 18ème siècle, on lui donnait 2803 mètres, mais en 1816, on a jugé que ce n’était pas assez haut et on lui a rajouté 6 mètres. Mais c’était trop, 15 ans plus tard, on le faisait donc redescendre à 2785,77 mètres. Et c’était encore trop, en 1958, il perdait encore 1 mètre 61. Tout ça pour remonter de 50 centimètres en 2004. Depuis, il semblerait qu’il n’ait pas bougé. Mais on n’a pas mesuré le niveau de la mer.

Bref, la géographie, je savais que cela servait d’abord à faire la guerre. C’est Yves Lacoste qui me l’avait appris quand j’étais petit. Mais c’était en 1976, et avec tous les changements climatiques, il serait temps de le vérifier à nouveau.

Ainsi, il y a quelques jours, on apprenait qu’une « commission spéciale d’enquête américaine » venait de déterminer que « BP et le groupe américain de services pétrolier Halliburton savaient que le ciment utilisé sur le puits de pétrole à l’origine de la marée noire (du Golfe du Mexique) était un matériau à risque. »

Ceux qui ne le savaient pas auront donc appris que BP n’était pas le seul responsable de cette marée noire. Mais conjointement avec le « groupe pétrolier » Halliburton. Et que, comme ceux qui se massent au dessous du volcan, ils savaient que cela risquait de péter.

Comme il m’arrive d’être curieux, je me suis donc penché sur le conjoint.

Dans toute la presse, on pouvait lire qu’Halliburton était un « groupe pétrolier ». Et certes, c’est une de ses activités.

Pour exemple, en février 2009, le groupe Halliburton et sa filiale Kellogg Brown & Root durent verser à la justice américaine 579 millions de dollars après avoir plaidé coupable de corruption au Nigeria pour obtenir des contrats entre 1995 et 2006 afin d’y construire une usine de gaz liquéfié… Contrats d’un montant de… plus de 6 milliards de dollars.

Oui, c’est ainsi que cela se passe chez nos zamis les ricains. Si vous être une grosse entreprise pétrolo-gazière, vous pouvez plaider coupable, et vous avez droit à faire amende honorable… Vous ne perdez qu’à peine 10% des vos bénéfices.

Dans la même affaire d’ailleurs, en juin 2010, c’est le groupe français Technip qui a dû s’amender de 338 millions de dollars pour avoir monté une coentreprise au Nigéria avec notamment… Kellogg Brown & Root. En 10 ans, la justice américaine a « estimé » que 180 millions de dollars de pots de vins auraient été ainsi versés.

Mais il n’y a pas que le pétrole qui intéresse le groupe Halliburton. Derrière les initiales de sa filiale KBR (Kellogg Brown & Root), se cache en fait une SMP, une Société Militaire Privée qui, après avoir empoché entre 1,2 et 2,2 milliards de dollars pour assurer le « support logistique » des troupes américaines dans la guerre des Balkans, fait encore quelques affaires florissantes en Irak et en Afghanistan.

Il est vrai qu’Halliburton et KRB se sont « officiellement » dissociés en avril 2007, mais le monde des affaires… D’ailleurs, le premier contrat de « soutien logistique » passé par KRB avec l’armée américaine date de 1992 en Somalie, on retrouve ensuite son « soutien logistique » en Haïti, au Rwanda, en Arabie Saoudite, au Koweit et bien évidemment dans les Balkans. Et en remontant un peu dans temps, avant de fusionner avec Kellog et d’être rachetée par Halliburton, la société, qui s’appelait alors Brown & Root, avait pu se faire la main lors de la guerre du Vietnam.

Et pour en revenir au présent, entre 2001 et 2009 la plus grande bénéficiaire des guerres d’Irak et d’Afghanistan a été KRB, filiale, puis « ancienne » filiale d’Hallibruton, avec un pactole de près de 32 milliards de dollars et un bénéfice en hausse de 27% pour le seul premier trimestre 2009.

Hasard, ou simple coïncidence, un certain Dick Cheney, était de janvier 2001 à janvier 2009 vice-président des Etats-Unis sous le règne de Georges W. Bush. Entre 1995 et 2000, le même Dick Cheney avait été PDG… du groupe Halliburton, dont KBR était encore filiale.

Vous y comprenez quelque chose ? Moi, bof ! Mais Yves Lacoste, celui qui m’a appris que la géographie, ça sert d’abord à faire la guerre, m’a aussi appris que la géopolitique c’est l’étude des rivalités de pouvoirs et d’influences sur des territoires.

Ils doivent être bons en géopolitique, chez Halliburton. Meilleurs en tout cas qu’en rebouchage des fuites de pétrole. S’ils ouvrent un école, les nanars de Grèce devraient s’y inscrire. Ils y apprendraient qu’il n’y a même pas besoin de bombinette pour faire péter une plate-forme pétrolière. Simplement de parler phinances dans certains cabinets et de les boucher avec un « ciment à risque ».

Quant au Pic du Canigou, il faudrait qu’il veille à ne plus bouger. On va devoir le cimenter sinon.

Faut vraiment que je prenne ma retraite !

Dis le Pic, c’est pour quand la révolution !

 


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Posted in: Merdialisation ?