Français, je vous ai…

Posted on 9 novembre 2010

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Oui, et je vous l’ai bien fort…

Bon, je ne vais pas vous faire le coup de la devinette à deux balles, vous avez compris de qui je veux parler. Je ne vais pas non plus vous faire le coup de la brosse à reluire, ce n’est pas mon genre. Je laisse ça à notre Vénéré et à ses copains d’une sixième république qui n’ose pas s’afficher comme telle, de peur de perdre l’héritage. M’est avis que s’il y a un paradis des gaullistes et qu’ils y retrouvent le grand Charles, il va y avoir du feu aux plumes. Mais bon, ce n’est pas mon affaire.

Faut vous dire que chez moi, le lendemain de la mort de de Gaulle, c’était jour de fête. Pas de sa faute au grand Charles, c’était juste mon anniversaire. Et tiens, à propos d’anniversaire, aujourd’hui, c’est celui de la chute du mur de Berlin.

Bref, chez les cocos de souche, de Gaulle, ce n’était pas vraiment un pote, et il le leur rendait bien d’ailleurs. Mon anniversaire est donc tombé à point, d’autant plus que l’on a appris sa mort le lendemain, donc le jour de la fête.

A l’époque, quand j’en avais marre de lire Pif le Chien, je lisais Hara Kiri en cachette. Hara Kiri chez les cocos, c’était proscrit comme le Figaro. En dehors de l’Humanité, tu pouvais à la rigueur lire l’Equipe ou La Vie du Rail, point barre. Le reste était hors la ligne.

Mais le jour de la mort de de Gaulle, c’est le seul jour où j’ai pu lire Hara Kiri sans avoir à me planquer dans les chiottes. Il faut vous dire que le canard titrait « Bal tragique à Colombey, un mort ». Du coup, même Marchais a dû l’acheter.

Faut vous dire aussi qu’à l’époque, la censure, c’était pas tout à fait comme aujourd’hui.

Aujourd’hui, pour te censurer, on te procéïse pour diffamation. A l’époque, c’était le coup de ciseau d’office et le procès ensuite. Hara Kiri, l’hebdo bête et méchant, en sait quelque chose, cela a été son dernier numéro.

« Bal tragique à Colombey, un mort », c’est vrai que ce n’était pas très sympa. Mais les censeurs n’avaient pas dû lire le journal dont l’édito, plutôt sympa, titrait « Le petit chat est mort », et Delfeil de Ton consacrait au grand Charles un « in memoriam » dont je ne résiste pas à vous mettre un extrait :

« Charles de Gaulle, c’était la France faite homme. Pour nos photos du mensuel, on avait besoin d’un président de la République, il suffisait de lui téléphoner, un quart d’heure après il était là. On avait besoin d’une Alsacienne, il suffisait de lui mettre un ruban dans les cheveux. Une cigogne, il se mettait sur une patte. Une souris, il se faisait tout petit. Jeanne d’Arc, il nous disait : « je ne peux pas, messieurs » et il se mettait à nous raconter comment il avait perdu son pucelage au bordel, chez les artilleurs de Metz. Quand il commençait à raconter ses souvenirs de régiment, il était intarissable. Nous lui disions toujours : « Tu devrais écrire tes mémoires, tu racontes bien ». Finalement, il les a écrit, ses mémoires. Allez savoir pourquoi, il n’y raconte pas ses souvenirs de régiment (…) Il était aimé partout. Surtout à l’étranger. Certains vont lui envoyer des fleurs. Nous, on préfère boire un coup à sa santé. C’est pas tous les jours qu’on perd un copain pareil. »

Plutôt gentil, non ? Et bien non, cela n’a pas fait marrer les censeurs. Et toc, exit Hara Kiri.

J’avoue d’ailleurs que je ne me souviens plus de la Une de l’Huma ce jour là. Mais les Popofs envoyaient Luna 17 vers la lune…

Aux infos matinales de France Inter du 10 novembre, on pouvait entendre que le président de la République monsieur Pompidou « fera le point le 5 décembre à la télévision sur la politique de natalité et la contraception (prononcé comme s’il s’agissait d’un gros mot). On lui prête l’intention de rejeter catégoriquement l’institution éventuelle de l’avortement légal en France. » Mais il faut vous dire qu’on n’avait pas encore appris la mort du général.

Et ce même jour on commentait aussi un sondage sur la répartition des pouvoirs sous la cinquième République. Et bien les français étaient plutôt contents, (mais pour l’avortement, on ne leur demandait pas leur avis). Il faut bien dire qu’à cette époque, les députés pouvaient aussi servir à autre chose qu’à valider la politique du gouvernement.

Bref, la mort du grand Charles, c’est Pompidou qui nous l’a annoncé le matin du 10. « La France est veuve » qu’il nous a dit. Chez moi, c’était plutôt la veuve joyeuse. C’est vrai qu’à l’époque, on ne plaisantait pas trop chez les cocos, Marchais n’était pas encore Secrétaire général. Le comique de service s’appelait Waldeck Rochet, et il s’amusait à nous lire du Kant dans le texte. Le botulisme n’existait pas encore, malheureusement.

Du coup, chaque occasion de rire était la bien venue. Et tiens, à propos de rire, je viens d’en lire une bien bonne :

« Chercher entre le capitalisme sans règle et le socialisme la voie de la participation et de la régulation… »

Non, ce n’est pas une citation de Waldeck Rochet, ni de de Gaulle. C’est la dernière trouvaille de notre Vénéré pour nous expliquer l’héritage du gaullisme. S’il atteint l’âge du grand Charles, il va nous finir communisss…

Une page où retrouver les couvertures d’Hara Kiri et de Charlie Hebdo, du temps où ils avaient encore de l’humour :

http://palladio.free.fr/harakiri/

Bon allez, je retourne à ma retraite, moi…

 

Dis Charlie, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Raz-le-bol