Fais-moi dans l’rétro chérie…

Posted on 17 novembre 2010

3


Saviez-vous qu’il y avait la mer au Pakistan ? Que la France, la Chine, la Grande Bretagne, l’Allemagne, et même la Suède construisaient des sous-marins ? Que le prix d’un sous-marin était de plus de 275 millions d’euros en 1994 ? Que le Nautilus était un rapport ?

Et bien moi, pour la mer au Pakistan, je savais, mais pour la Suède et le prix d’un sous-marin, non. D’ailleurs, je pensais que le suédois, depuis qu’il ne se déguise plus en viking, était un homme plutôt pacifique. Ce qui est tout à fait normal, lorsque l’on vit dans un pays où il fait nuit six mois de l’année. Et où vous passez le reste du temps à regarder les aurores boréales. Quand au Nautilus, je pensais que c’était le sous-marin de Jules Verne.

Bref, je connaissais le rétro-pédalage, mais nettement moins la rétro-commission.

Une commission, tout le monde connaît, c’est généralement un pot-de-vin. Une rétro-commission, c’est un pot-de-vin que l’on se reverse à soi-même. Si j’en crois le Nouvel Obs, en effet, « les rétrocommissions (…) permettent (…) à celui qui vend une marchandise de récupérer une partie des commissions qu’il a versées à un intermédiaire ami. »

Personnellement, je ne vois pas vraiment l’intérêt de verser du pognon à quelqu’un pour le récupérer ensuite, sauf avec intérêt – ce doit être le truc d’ailleurs. Mais je ne suis pas un grand spécialiste en matière de capitalisme, ni en matière de stratégie politique.

Je vous l’accorde, c’est un peu embrouillé mon histoire. Mais en fait, j’essaie de comprendre « l’affaire Karachi », et ma chatte faisant grève aujourd’hui, je n’ai pas de décodeur. Oui, ma chatte, elle fait grève, parce qu’hier soir, je lui ai demandé d’écouter notre vénéré Patron des TV publiques, comme dirait Philippe Val. Moi, je n’étais pas d’humeur à badiner. Et je ne sais pas ce qu’il lui à dit notre Vénérable, mais elle en a vomi sur le tapis, et ce matin, c’est grève générale.

L’affaire Karachi, donc, c’est une histoire de sous-marins et de frégates qu’au bon vieux temps de Balladur nous (pas moi en tout cas) aurions vendus, les uns au Pakistan, les autres à l’Arabie C’est-où-dites, comme dirait Madame Alliot-Marie.

Monsieur Balladur qui, à l’époque, était premier ministre, c’était un pote de Jacques Chirac, avant de se fâcher avec. Mal lui en a pris. Lorsque Chirac est devenu président en 1995, exit Balladur.

Sauf que pour vendre des sous-marins et des frégates, il faut parfois verser des « commissions » qui, je ne sais toujours pas comment, entraînent des rétro-commissions. Et que, je sais encore moins comment, ces rétro-commissions auraient servi à financer la campagne électorale de Balladur en 1995.

Faut dire qu’en 1995, Balladur, fâché avec Chirac, s’était présenté contre lui aux élections présidentielles. Ce qui n’a vraiment pas plu à Chirac qui, dès qu’il a été élu, s’est empressé non seulement de remercier Balladur, mais de stopper le versement des commissions pour faire cesser les rétro-commisions versées à son ex-copain.

C’est clair, où je vous fait un schéma ? Un histoire de cantine électorale, en somme.

En soi, cette histoire aurait dû rester secrète, après tout, elle ne concerne que la France d’en haut et quelques sous-marins.

Sauf qu’en mai 2002, un attentat à Karachi qui, comme tout le monde le sait, n’est pas la capitale du Pakistan, mais est néanmoins sa capitale économique a fait quinze morts… dont onze français. Et que, comme par hasard, ces onze travaillaient à la construction des sous-marins pakistanais, mais vendus par la France à coup de commissions et rétro-commissions.

D’où évidemment, ouverture d’une enquête dont le résultat fut baptisé du nom du sous-marin de Jules Verne, va savoir pourquoi, afin de savoir si cet attentat n’était pas lié à l’arrêt du versement des commissions pour cause de rétro-commissions.

C’est toujours clair ? Parce que le schéma, je ne sais plus par quel bout le commencer (j’allais dire par quel coût).

En soi encore, pas de quoi casser trois pattes au canard et l’affaire aurait dû rester secrète.

Sauf que aussi, et c’est là que ça se corse, comme aurait dit Napoléon, intervient un autre personnage dans l’affaire. Et devinez qui ? Non, pas Poléon IV, mais notre Vénéré qui, à l’époque de la vente des machins, des commissions et rétro-commissions, était ministre du budget et copain avec Balladur. Et tellement copain même, qu’il était aussi le porte parole de sa campagne électorale.

Et voili-voilou, comme on dit chez moi, comment une affaire d’Etat se transforme enfin en… affaire d’Etat.

Evidemment, tout ceci n’est que conjecture, dont notre Vénérable a même dit qu’il s’agissait d’une « fable grotesque ». Et comme ma chatte vient de retourner sa veste et croit systématiquement tout ce qu’il dit – c’est sa manière de me faire grève. Moi, je crois ce que dit ma chatte.

Quant à la Suède, elle n’a même pas pu vendre ses sous-marins au Pakistan, ses commissions étant trop faibles. Donc, elle n’a pas eu de rétro-commission non plus.

Quant à la frégate, c’est un gros zozio de mer capable de voler une semaine sans se poser. Va donc savoir comment elle fait.

A lire sur Rue 89, une autre histoire de commission, pas drôle du tout, mais tout aussi significative de notre belle époque.

Décidément, le monde des affaires m’est bien hermétique !

 

Dis zozio, c’est pour quand la révolution !

 

Publicités
Posted in: Merdialisation ?