Et la cloche du jour ?

Posted on 26 novembre 2010

3


 

 

Chaque fin de semaine désormais, j’ai décidé de parler d’un truc drôle, léger, facile. De tout sauf de ces Sarkozygates qui ne cessent de se multiplier, et cela n’est pas encore fini… Bref, de faire dans le bon francaoui, débonnaire devant son pastis, en regardant avec extase le xième épisode de Poubelle la vie, ou de La Famille Lajoyeuse qui part en vacances. Mais comme elle a oublié le gosse ou la grand-mère dans les chiottes, sa jolie voiture à crédit doit faire demi-tour sur l’autoroute. D’où s’ensuivent une série de jurons et de carambolages… Mais où la fin est toujours heureuse…

Donc, le buzz du jour de ce jour, c’est qu’il y a des mecs qui font de drôles de recherches.

Une équipe des scientifiques de la très sérieuse université de Cambridge s’est amusée à rechercher quel avait été le jour le plus insipide du XXème siècle en matière d’actualité. Selon eux, c’est le 11 avril 1954 où, en dehors d’une élection en Belgique, du vol d’une coupe en argent valant 50 livres chez les british, et de la création de l’académie de Turquie, il ne s’est strictement rien passé.

J’y suis donc allé de ma petite recherche moi aussi. Et ce n’est pas vrai.

Le dimanche 11 avril 1954, en foot, l’Olympique lyonnais a écrasé le SC Toulon six à un. Si ce n’est pas un événement… Et même que le 11 avril 1954, l’équipe de France de foot perdait trois à un face à l’Italie. Pas étonnant, les français portaient alors un maillot rouge et il n’y avait ni lyonnais ni toulonnais dans l’équipe.

D’ailleurs, le 11 avril 1954 on pouvait aussi lire dans La Vendée libre un article intitulé « les recherches de l’or de « la Confiante » sont arrêtées.

L’histoire se passait à La Faute sur Mer, un bled de Vendée qui a surtout fait parler de lui après le passage de la tempête Xynthia. Il paraît que la nuit de Noël 1821, un bateau du nom de La Confiante, dont les occupants étaient descendus à terre pour assister à la messe, a rompu ses amarres. Ce qui est de mauvais augure puisqu’on ne sait trop pourquoi, le bateau a coulé. En soi, aucun intérêt, sauf que dans les années 50 une radiésthésiste du nom de Germaine, armée d’un pendule, a affirmé que La Confiante transportait un tonneau plein d’or, et que son pendule l’avait localisé. Et allez hop, tout le monde d’aller creuser sur les dunes, d’où l’article de La Vendée Libre. Mais comme il semble que personne n’ait encore retrouvé l’or à ce jour, si vous passez dans le coin, n’oubliez pas votre pelle et votre seau à sable.

Et tiens, une autre encore, le 11 avril 1954, à Penmarc’h, un bled de Bretagne, on baptisait les trois cloches de l’église Saint-Guenolé, des jolis noms de Guénolé, Marie-Jeanne et Guénaël.

Quant à Saint Guénolé, c’est le patron des oculistes. Il paraît que sa petite soeur s’étant fait bouffer les yeux par une oie, Guénolé, qui n’était pas encore Saint, coupa l’oie en deux, récupéra les yeux et les rendit à sa soeurette. Et toc, miracle, on ne sait pas comment elle a pu se les recoller, mais elle récupéra la vue. Par contre, cela ne s’est pas passé le 11 avril 1954.

Mais le 11 avril 1954, la célèbre actrice américaine Suzan Ball, qui s’était fait amputer d’une jambe trois mois plus tôt, épousait le non moins célèbre acteur américain Richard Long en portant sa nouvelle jambe artificielle. Le jour même, elle apprenait que son cancer avait touché ses poumons et qu’elle n’avait plus que quelques semaines à vivre. Elle s’était illustrée dans le très célèbre film, A l’Est de Sumatra.

Et le 11 avril 1954 encore, le Conseil Municipal de Conques, joli petit bled d’Aveyron, prenait la délibération suivante : « Après étude par MM. Marc-André Fabre et M. Robert Louis, le blason de Conques, tel qu’il est ci-dessous défini est approuvé par le Conseil De gueules au pairle alésé d’argent accompagné de trois conques du même, deux en chef, une en pointe. » Ils avaient dû apprendre le langage Sumatra, les aveyronnais.

Oui, je sais, aucun intérêt cette histoire de 11 avril 1954, sauf si vous y êtes né. Et d’ailleurs, selon la BBC, le jour le plus insipide du XXème siècle  aura été le 18 avril 1930 où, aux infos de 18 heures 30 le journaliste a annoncé… qu’il n’y avait pas d’actualité.

Et le jour le plus insipide de ces dix dernières années, c’est lequel selon vous ?

En fait, la mémoire est vraiment sélective, mais est-ce simplement la mémoire ?

Il y a quelques jours le grand buzz, c’était une histoire de violeur de chèvres, puis celle de canards au cannabis, hier c’était celle de poulets déconfis. Aujourd’hui, c’est celle du jour le plus insignifiant.

A côté de cela, on nous rabat les oreilles aujourd’hui avec « l’affaire Karachi », et l’on tente de nous faire verser une larme sur le choléra en Haïti. En fait, j’ai bien plutôt l’impression que si l’on reparle d’Haïti aujourd’hui, ce n’est pas tant pour cause de choléra ravageur, mais pour cause de fronde contre les soldats de l’ONU. Ceci-dit, cette fronde aura au moins eu un mérite, faire un peu parler de ces oubliés.

Et à propos de mémoire et d’oubliés encore, Karachi, est au Pakistan. Mais qui se souvient aujourd’hui qu’en juillet dernier, des inondations ont fait plus de 2000 morts et de 3000 blessés graves au Pakistan, justement ?

A l’époque pourtant, il y a à peine quelques mois, on avait parlé d’apocalypse, de pire catastrophe de tous les temps… Aujourd’hui, toute la presse titre sur « l’affaire Karachi », mais pratiquement rien sur cette catastrophe qui sévit encore.

Et pourtant, selon l’ONU, elle a causé plus de 7,2 milliards d’euros de dégâts. Elle a détruit et endommagé plus de 10.000 écoles, pas loin de 200 hôpitaux ou centres de santé, des milliers de ponts, des routes, des villages entiers, environ 1,9 million de maisons…

« Plus du tiers du pays a été touché et aujourd’hui encore des régions entières ont les pieds dans l’eau alors que des récoltes entières de riz, de canne à sucre, de maïs, de blé, de coton, ont sombré. »

Quant au bilan humain, outre les plus de 2 000 morts et 3 000 blessés graves, on compte encore à ce jour 21 millions de sinistrés plongés dans une misère totale (sur les 176 millions d’habitants que compte le Pakistan), dont 12 millions nécessitent toujours une aide d’urgence.

Alors, oui, la mémoire est vraiment sélective. Certes, cette « affaire Karachi » est bel et bien une « boule puante », comme nous l’a expliqué notre Vénérable lors de son point de presse avec des journalistes « pédophiles ». Mais combien y-a-t-il des boules puantes. Et surtout, lesquelles allons nous retenir ?

Aujourd’hui, nous sommes le 26 novembre 2010, ce pourrait bien être le jour le plus insignifiant du XXIème siècle.

Et bien non ! Savez-vous qu’elle est la question du jour du Figaro ?

Comment sauver un Etat ?


Bon aller, je retourne à ma famille Lajoyeuse…

 

Dis Lajoie, c’est pour quand la révolution !

 


Publicités
Posted in: Merdialisation ?