Des huîtres à perles dans le pétrole…

Posted on 29 novembre 2010

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« S’il y a un succès à Cancun, ça ne pourra être qu’un succès très modeste, voire un accord de façade, portant sur des éléments provisoires et partiels ». C’est ce que vient de déclarer notre ambassadeur du climat, Brice Lalonde juste avant l’ouverture du sommet mondial sur le climat qui se tient à partir d’aujourd’hui au Mexique. Plus de 190 pays y sont représentés. Et tout ça pour quoi, puisque tous s’accordent d’avance que cela ne servira à rien ?

S’empiffrer de petits fours au caviar et d’huîtres à la perle ?

Bref, combien va encore coûter ce xième sommet de l’inutilité ?

D’ici une trentaine ou une quarantaine d’années, les réserves pétrolières de la planète seront épuisées.

A force d’aller de crise en crise, notre système financier va s’écrouler, et probablement au même moment.

Mais on s’en fiche. On continue, comme si de rien n’était, à faire tourner une économie basée sur le fric virtuel et le pétrole en voie de disparition. Et quand à l’extinction prochaine du thon à taches vertes, des tigres à bosses et des baleines à poils roux, en dehors de quelques illuminés, tout le monde s’en fout.

Je ne sais pas si vous êtes déjà allé faire un tour du côté du pic de Hubbert. Mais contrairement au frétillant pic du Canigou, dont on se saura s’il s’agit d’un volcan que le jour où il nous pétera à la tronche, le pic de Hubbert, lui, est stable depuis les années 1950, date de sa découverte.

En fait, le pic de Hubbert, c’est une espèce de courbe mathématique, destinée à montrer qu’aucune ressource naturelle, dans un espace donné, n’est inépuisable. Et que l’on arrivera donc inévitablement un jour, à un pic de production et de consommation de cette ressource au delà duquel, gling ! La production et la consommation vont chuter jusqu’au jour où… si l’on ne compte que sur cette ressource, on va se retrouver dans la mouise… Pour la simple raison qu’il n’y aura plus rien à produire, ni à consommer.

………………………


M’est avis que certains mathématiciens purs et durs vont me mordre les cheveux s’ils lisent mon explication. Mais tant pis, je suis nul en mathématiques, me faut toujours des repères concrets.

Rapidement donc, ce pic de Hubbert, a été utilisé pour déterminer le moment où nos ressources pétrolières vont commencer à s’épuiser avant de devenir un pur néant. Jusqu’à présent, la plupart des scientifiques s’accordent à penser que ce pic serait atteint en 2010 ou 2011. C’est à dire aujourd’hui.

Evidemment les compagnies pétrolières font silence sur ce sujet, dont elles sont pourtant bien informées, puisqu’elles tentent de repousser l’échéance en allant chercher du pétrole dans des sables bitumeux, des boues et autres résiduels, appelés pudiquement « pétroles non conventionnels ». Multipliant ainsi la pollution, mais on s’en fiche, et les coûts d’exploitation, mais on s’en fiche aussi, puisqu’ils se répercutent toujours sur le marché. Le but n’étant que de faire durer le temps des profits, et ensuite… et bien c’est ensuite.

Donc 2010 ou 2011, c’est aujourd’hui et à force de courbes et de pics encore, nos scientifiques nous expliquent que d’ici une trentaine ou une quarantaine d’année, exit du pétrole. D’où l’urgence qu’il y aurait plus qu’urgemment à aller voir ailleurs, et dès hier si possible.

Mais on le sait, un scientifique n’est somme toute qu’un rêveur, un barbichu échevelé en costume Mao, qui se cache derrière de grosses lunettes pour nous pondre des courbes, que lui seul et quelques autres chevelus comprennent. D’ailleurs, on ne le sort de son labo que lorsque qu’il faut construire des bombes atomiques ou des pommes d’arrosage.

Le reste du temps, on préfère écouter des économistes dont les courbes sont aussi incompréhensibles, mais qui nous rassurent en nous disant qu’après la crise vient toujours la décrise, qu’il fera beau demain, et que les pauvres ont tout intérêt à renflouer les banques s’ils espèrent être un peu moins pauvres un jour…. Bref, des trucs qui nous disent que, comme l’on a tous une chance de gagner au loto, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Sauf qu’une ressource naturelle, comme le pétrole, ça n’a rien de virtuel, à l’inverse du pognon ou de vos chances de gagner au loto. Le pognon, vous pouvez toujours en fabriquer à partir d’une simple planche à billet. Aujourd’hui, la planche à billet, vous pouvez même en fabriquer une virtuelle, sur un ordinateur. Mais l’ordinateur étant en grande partie constitué de plastic, qui provient du pétrole, il viendra un jour où… Mais c’est une autre histoire, j’y reviendrai peut-être.

Et le pétrole est si peu virtuel, aujourd’hui, que même la très honorable Agence Internationale de l’Energie (IEA en anglais), pourtant financée par 28 des pays les plus gros consommateurs du monde (Chine et Russie exceptés), tire la sonnette d’alarme :

« si les gouvernements ne font rien ou peu de choses de plus qu’à l’heure actuelle, la demande (de pétrole) continuera de croître, les coûts des approvisionnements augmenteront, le fardeau économique de la consommation du pétrole s’alourdira, la vulnérabilité face aux ruptures d’approvisionnement s’aggravera et (comme il faudra notamment de plus en plus se tourner vers la production de pétroles « non conventionnels », nettement plus polluants) l’environnement mondial subira des dommages considérables. »

Selon un scénario « prudent » de l’IEA, c’est à dire dans le cas où les Etats respecteraient « prudemment » leur engagements pris notamment à Copenhague, les émissions de CO2 monteront en flèche jusqu’en 2020 et continueront d’augmenter moindrement jusqu’en 2035 pour atteindre une hausse de 21% par rapport à 2008. « Ce qui entraînera une hausse probable de la température supérieure à 3,5° C. »

Sachant que, selon l’Organisation météorologique mondiale, le niveau d’émission de gaz à effet de serre a atteint en 2009 le plus haut niveau jamais observé depuis l’époque préindustrielle. Les prévisions « prudentes » de l’IEA paraissent assez… optimistes…

Sachant encore que le protocole de Kyoto, adopté en 1997, mais entré en vigueur en 2005 seulement, prévoyait que les pays industrialisés (sauf les Etats-Unis qui ne l’on jamais ratifié) réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2% en 2012 par rapport à 1990, le moins que l’on puisse dire… c’est que nous sommes plutôt mal barrés…

Bref, je n’ai pas envie de faire dans le pessimisme aujourd’hui. D’ailleurs, en américain le gaz à effet de serre se traduit par le joli nom de « greenhouse gas », le gaz de la maison verte, et toujours en américain la réunion de Cancun se nomme « iouèneftripleci » (UNFCCC) ce qui chez nous signifierait oui-oui est un triple c…

Et de plus, le réchauffement climatique n’a pas que des mauvais côtés. Tiens, à l’extrême nord de la Norvège par exemple, un bled où jusqu’à présent seuls quelques indigènes et des troupeaux de rennes pouvaient survivre, on plante maintenant de jolis petits chalets pour touristes au milieu de la forêt qui progresse au même rythme que les infrastructures pétrolières et gazières. Il est vrai qu’une aurore boréale agrémentée des vapeurs qui s’échappent d’une raffinerie, rien de tel pour doper le tourisme. Surtout si on la pimente avec quelques carcasses de rennes noyés parce qu’ils n’ont pas encore compris que la rivière gelée qu’ils pouvaient traverser l’an dernier, s’est aujourd’hui transformée en bourbier…

A Cancun, donc, le oui-oui-machinchose est en pleine réunion. A Cancun encore, il y a quelques jours, Jason deCaires Taylor, un sculpteur britannique inaugurait une exposition originale intitulée L’Evolution silencieuse, en installant 400 statues de taille humaine à 9 mètres de fond sous la mer.

Il paraît qu’outre son aspect artistique, cette exposition a aussi une vocation écologie, créer un espace protégé des 750.000 touristes qui viennent polluer les plages de Cancun chaque année.

Je ne sais pas combien il y a de délégués, à la réunion oui-oui-truc de Cancun. Et loin de moi l’idée de les transformer en statues marines. mais lorsqu’ils auront fini de digérer leurs huîtres à perles arrosées de champagne saumoné, il pourront aller voir l’exposition. Ils serviront au moins à quelque chose…

Et si vous habitez du côté du Lot-et-Garonne et que vous êtes nettement plus optimiste que moi, il y a un joli bled du nom de Cancon que vous pouvez visiter le 4 décembre. Il n’y a ni la mer, ni exposition sub ou sous marine, mais « face à l’incapacité des gouvernements d’arriver à un accord ambitieux et véritablement contraignant, la société civile se mobilise… » On peut toujours rêver parfois…

 

Dis la perle, c’est pour quand que tu sonnes les cruches !

 


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Posted in: Merdialisation ?