Poulet soit loué !

Posted on 13 décembre 2010

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On connaissait l’affection toute particulière que notre joyeux ministre de l’intérieur portait aux Auvergnats. L’été dernier, il nous avait dévoilé son attrait pour le caravaning et le camping sauvage. Il y a peu, on avait découvert sa passion pour la luge dans les rues pentues. On savait encore qu’il portait une attention toute particulière au triste sort de nos policiers envoyés errer, comme en punition, dans de malsaines banlieues peuplées uniquement de cailloux, de choux, et de vilains hiboux. On connaissait aussi son amour de la chasse aux vilains hiboux, ces créatures malfaisantes qui hantent nos nuits paisibles de leurs yeux de braise, en prenant un malin plaisir à se réunir dans nos halls d’immeubles, avant d’aller brûler nos chères pétrolettes.

Bref, on pensait à peu près tout connaître de lui. Même qu’il était gentil tout plein parce que c’était un poto de notre Vénéré, qu’il avait été le témoin de son premier mariage et le parrain de son fiston Jeannot – celui qui, de déception avait failli se pendre à l’arche de La Défense, mais que l’on a réconcilié avec la vie en lui refilant l’UMP du neuf deux.

Et bien non, on ne savait pas tout ! Lorsque des policiers sont condamnés par la justice pour avoir non seulement menti, mais, après l’avoir frappé, fait accuser un quidam à leur place, cela donne un communiqué du ministère de l’intérieur à la douce odeur de biscotte grillée :

« Sans naturellement méconnaître la nature des faits qui ont été reprochés aux policiers, ce jugement, dans la mesure où il condamne chacun des sept fonctionnaires à une peine de prison ferme, peut légitimement apparaître, aux yeux des forces de sécurité, comme disproportionné » (…) « Notre société ne doit pas se tromper de cible : ce sont les délinquants et les criminels qu’il faut mettre hors d’état de nuire. »

C’est évidemment moi qui souligne le « légitimement », dont tout le monde le sait, le contraire est « illégitime » et l’un des synonymes « légal ».

Je fais donc une ballade sur mon dictionnaire qui m’apprend que « légitime » signifie notamment qui est fondé juridiquement ou, qui est conforme à la justice, à la loi, à l’équité, ou encore qui est fondé en raison, qui répond au bon sens.

Si mon bon sens ne m’abuse donc, ce communiqué, (à moins que l’on apprenne un jour qu’il a été rédigé par un nègre, comme une certaine circulaire aoûtienne), signifie que, selon notre bon ministre de l’intérieur, ce jugement peut légitimement paraître illégitime. C’est à dire, en clair que, quelles que soient les conneries qu’ils ont fait, les policiers ne méritent pas la prison.

La gente policière constituerait ainsi une caste d’exception dans notre Etat de droit, punissable certes, mais avec un tarif au rabais. Le mensonge, la violence gratuite, le faux témoignage ne constituant pas, de la part de policiers, des actes de délinquance, encore moins des actes criminels.

Pour rappel, le 9 septembre 2010, un policier avait été blessé à la jambe, percuté par une voiture lors d’une course poursuite. Dans leur procès verbal les policiers avaient alors accusé le conducteur de la voiture qu’ils poursuivaient. Celui-ci, dès son arrestation, avait été placé en garde à vue et accusé de tentative d’homicide sur un fonctionnaire de police, crime passible de la perpétuité. Mais très vite les témoignages se sont effondrés et l’on comprenait que le procès verbal était un faux. C’est en fait une seconde voiture de police qui est à l’origine de l’accident. Et l’on apprenait aussi que l’arrestation du conducteur accusé à tort avait été plutôt musclée. A sa suite, l’homme s’était vu prescrire une incapacité totale de travail de cinq jours.

D’où une petite question que je me pose. Quelle « conscience » de la vie d’autrui faut-il avoir pour s’autoriser à envoyer un homme en prison jusqu’à la fin de ses jours, pour un crime dont on sait qu’il ne l’a pas commis ? Chacun sera juge. Quant à moi, j’aurais tendance à remplacer le mot « conscience » par le mot « mépris ». A moins que de se croire au delà des lois n’autorise à…

Et une autre petite question que j’aimerais bien poser directement à notre joyeux ministre. De combien auraient écopé des quidams « ordinaires » pour de telles exactions ? De six mois à un ans de prison ferme, comme les peines « disproportionnées » infligées aux policiers ?…

On savait que la justice avait au moins deux niveaux, celui des riches et celui des pauvres. Il va falloir aujourd’hui en créer un troisième, celui des policiers. Et la prochaine tâche de notre joyeux ministre va sans doute être de créer un code pénal spécifique aux pandores.

Ah non ! Désolé, j’ai dû me perdre en route ! Ca, c’est le boulot du ministre de la justice, paraît-il… A moins que lors du prochain remaniement l’on ne fasse encore du groupage et que notre omniprésent Auvergnat se retrouve ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités territoriale et de l’Immigration… et de la Justice.

Désole, je n’ai pas les droits sur les images de nos chers ministres. Alors je mets ce que je peux.

Mais revenons à nos poireaux.

Alors que nos joyeux UMPistes vocifèrent l’excommunication et prônent l’encageage systématique de tous ceux qui osent comparer certaines méthodes de notre gouvernement à la glorieuse époque de l’Etat Français, voilà encore de quoi animer le brulôt.

Si je ne m’abuse, il fut un temps où la milice jouissait ainsi d’impunité. Mais les temps changent, aujourd’hui, lorsqu’elle a fauté, la police doit être punie… mais pas de prison, juste une tapette du bout des doigts.

A l’heure où l’on vous embastille pour n’importe quoi, uniquement parce que la police doit faire du chiffre, un poulet en cage, ça ne doit pas compter dans les statistiques…

Bref ! Je ne sais pas si vous connaissez les « ig Nobel Prices » ? Moi, je découvre. Il s’agit de prix attribués chaque année depuis 1991 pour récompenser les trouvailles les plus incongrues, les plus futiles, les plus inutiles, voire les plus stupides de l’année, d’où le nom qui se prononce « prix ignoble ».

Par exemple, en 1996, notre joyeux Jacques Chirac, alors Vénérable président, avait reçu le prix ig Nobel de la paix pour sa reprise des essais nucléaires… les jours anniversaires des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki.

En 1994, trois médecins avaient eux été récompensés pour leur mémoire de recherche sur la « Gestion correcte d’un pénis coincé dans une fermeture éclair » (étude pas si futile que ça d’ailleurs). En 1997, c’est un chercheur anglais qui avait reçu le ig Nobel de la paix pour son étude sur « La douleur éventuellement ressentie durant l’exécution par différentes méthodes ». En 2000, un physicien avait été primé pour l’utilisation d’aimants afin de… faire léviter une grenouille.

Et comme il me reste dix ans d’ig Nobel à compulser, je me les réserve pour d’autres jours. Juste un dernier donc, en 2003, deux chercheurs italiens et deux autres américains ont reçu le ig Nobel de psychologie pour leur rapport sur « les esprits simples des politiciens ».

Oui, je sais, je digresse encore. Cela n’a strictement rien à voir avec notre heureux ministre de l’Auvergne et de ses alentours.

Mais lorsque je lis dans Le Monde que, selon le porte parole de l’UMP, « on a fait à Brice Hortefeux un procès d’intention ». Je m’interroge moi aussi sur les intentions de notre ministre. Et lorsque je me souviens que, lors des campagnes publicitaires pour le poulet Loué, il nous disait qu’elles « participent à une forme d’irrespect qui peut conduire à des dérives. » Je me demande aussi quel sens il donne au mot « dérive ».

Si vous ne sous souvenez pas du slogan : « Un bon poulet est un poulet libre. » Il prendrait pourtant un tout autre sens aujourd’hui…

N’étant pas membre du jury des ig Nobel, je me permettrai de leur suggérer personne. Mais s’il leur prenait envie de décerner un  ig Nobel de la dérive, je serais fort curieux de savoir à qui…

 

Dis l’ig, c’est pour quand la révolution !

 

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Posted in: Raz-le-bol