De l’art d’hamburguer les mouches

Posted on 23 décembre 2010

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C’est vraiment débile la publicité. Comme le dit ma chatte, en dehors de nous bourrer le mou, je n’ai jamais compris à quoi cela servait. Personnellement, rien que de voir la tronche d’un hamburger au foie gras, cela me donne une envie d’entartage. Et ce n’est pas parce qu’on me gave les oreilles avec la prime à la casse, que je vais changer ma mobylette.

Et tiens j’invente un nouveau truc aujourd’hui, l’hamburguérage. Et comme l’on n’a plus le droit d’outrager le drapeau français, j’hamburguérise celui des Pays-Bas, ça c’est autorisé.

Je ne sais pas si vous avez déjà tenté d’outrager un drapeau. Mais franchement, c’est à peu près aussi facile que d’apprivoiser une sardine à l’huile. Hier soir, j’ai donc planté le drapeau hollandais dans mon jardin, et je l’ai traité de tous les noms d’oiseaux que je connaissais, en commençant par les plus sympas du style butor étoilé, cardinal à poitrine rose, étourneau unicolore, panure à moustaches… pour finir par les plus revêches du genre bécasseau minuscule, chevalier aboyeur, grosbec casse-noyaux, jaseur boréal… Je l’ai même traité de mouette de Bonaparte, d’oédicnème criard, de pufin fuligineux et de syrrhapte paradoxal… Rien n’y a fait ! Stoïque comme un macareux moine en prière, qu’il est resté mon drapeau néerlandais.

Bref, l’outrage, contrairement à l’outarde – qui peut d’ailleurs être barbue ou canepetière – ce n’est pas un oiseau. Et contrairement à la moutarde qui peut être blanche, noire et même brune, ce n’est pas une brassicacée dont tu te sers pour jaunir le steak. Non, un outrage, nos amis d’outre manche le traduisent par « insult », et vous remarquerez que, contrairement à nos amis les suisses, ils omettent le « e », celui-ci étant totalement superflu puisque chez nos autres amis les belges « insult » et « insulte », cela se prononce de la même manière. Il n’y a que les canadiens qui fassent la différence. Ce qui est normal puisqu’ils sont ambi-langues.

Selon mon Larousse, outre les personnes, il y a nombre de choses, que l’on peut outrager, l’autorité publique, une règle (si elle n’est pas en bois), un principe, la raison, le bon sens, la vérité, la morale, les bonnes moeurs, ou encore la pudeur. On peut même subir les outrages du temps. Mais il doit être totalement sénile, mon Larousse, il ne mentionne strictement aucun objet. A l’en croire donc, ce qu’étant bête et discipliné, j’ai toujours fait, c’est un pur non-sens de dire que l’on puisse outrager un drapeau. Un truc aussi dénué de sens que de dire que l’on outrage une vieille chaussette lorsqu’on la jette à la poubelle.

Il est vrai que nous vivons une drôle d’époque où l’on peut même s’acheter des mots sur Gogole, remplacer l’inflation par la fellation, ou créer un fichier « d’empreintes génitales ». Alors pourquoi ne pas aussi détourner systématiquement le vocabulaire pour lui faire dire tout et n’importe quoi. Mais pour cela, encore faudrait-il avoir le talent et l’humour d’un Pierre Dac, Boris Vian, Desproges, ou d’un Frédéric Dard… Mais donner du sens à du non-sens, en principe, cela n’est que littérature.

Loin de moi l’idée de mettre en doute le niveau de culture de nos chers fabricants de lois, dont le langage est parfois aussi hermétique que celui d’un philosophe post-kantien imprégné de botulisme. Mais en français laroussien, l’outrage au drapeau, cela n’existe pas.

Mesdames, Messieurs les juges, lorsque vous condamnez quelqu’un pour « outrage au drapeau », c’est donc la langue française que vous outragez.

A l’heure où l’on peut porter plainte pour à peu près tout et n’importe quoi, je ne sais pas si l’on peut porter plainte pour détournement de la langue française. mais il va falloir que je me renseigne.

Si j’en crois notre cher ministre de la culture et digne héritier de son tonton, « l’objectif » aujourd’hui est celui « d’une culture partagée, créant du lien social et non de l’intimidation sociale ». Or, il m’a toujours semblé que mon Larousse ou son pote Robert étaient les premiers éléments constitutifs de cette « culture partagée créant du lien social », alors que le Dalloz et son consort Droz étaient plutôt les tenants d’une culture « de l’intimidation sociale ». Et j’ai toujours pensé que seuls Prévert ou Boby Lapointe pourraient nous faire rire en nous récitant le code pénal… Mais bon…

Dans mon Larousse donc, parmi les synonymes d’outrager, le seul qui puisse s’appliquer à un objet, est « profaner ». Bon je ne sais pas trop comment profaner un drapeau aux deux tiers issus de la révolution et qui est donc déjà un objet profane (en soi, comme aurait dit Kant). Mais au moins, cela entrerait dans le français qu’il pratique.

Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Leur demandait Lamartine. Promis, demain, pour Noël, je le demanderai à mon drapeau hollandais. S’il m’hamburguérise au foie gras, c’est sans doute que je me serais trompé.

En chinois, outrage se prononce gôu et il ne faut surtout pas oublier le chapeau sur le « ô », et ça s’écrit 诟.

Ouais, c’est vraiment stupide la publicité. Au lieu de me faire acheter une nouvelle mob pour cause de fin de prime à la casse, ça m’a envoyé pédaler dans la choucroute.

Dis, c’est grave docteur ?

Non ! Pas trop ! Vous vous êtes bien lavé les mains avant de toucher le drapeau ?

Oui, j’ai même pris le vaccin anti-grippe.

Alors tout va bien !

Et tiens, à propos de pub, j’en ai entendu une bien bonne hier. Un mec qui vient de gagner au Loto et qui nous annonce tout guilleret qu’il a racheté son entreprise… Et encore plus guilleret, qu’il a même gardé le patron ! Ah que ! C’est génial le capitalisme !

 

Dis révo, c’est quand que tu pousses ta goualante !

 

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