Allez donc chercher une sucrette dans la neige !

Posted on 28 décembre 2010

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Il y a quelques jours, grâce à un Post de JCS11, je suis tombé sur une petite phrase qui m’a plié de rire, non pas du fait de son contenu, mais parce que j’ai imaginé l’entendre de la bouche de son émetteur – et je dis bien émetteur plutôt qu’auteur, parce que comme tout homme de lettres qui se respecte, ce sont des (nègres, pardon) conseillers qui écrivent pour lui. Je vous la livre in extenso :

« Vous nous rappelez que les capitaux n’ont d’autre destination que de servir les projets que chacun d’entre nous porte en lui. L’homme n’a pas à être soumis aux caprices du capitalisme et encore moins aux caprices de la spéculation. »

Non, ce n’est pas du Marx, ni même du Jaurès ou du Blum, pas plus qu’une citation des Marx Brothers. C’est une phrase émise par notre Vénéré, en juillet 2009, lors de la remise de la grande croix de la légion d’honneur à un certain Jacques Servier. Peut-être se préparait-il alors à une cohabitation, ou à une reconversion ?

Bref, contrairement à notre grand Décorateur, je n’avais pas l’honneur de connaître monsieur Servier jusqu’alors. Quant au Médiator, je pensais qu’il s’agissait d’un morceau de plastic destiné à ne pas s’user les doigts sur les cordes d’une guitare. J’avais tout faux, le Médiator, c’est aussi un médoc qui vous débarrasse du diabète à tout jamais, et qui vous fait tellement maigrir qu’il vous transforme en un sac d’os certifié conforme. Quant à monsieur Servier Jacques, à ne surtout pas confondre avec Pierre ou Paul, outre qu’il s’agisse d’un pote de notre Vénéré qui en fut l’avocat, ce qui est tout à fait normal puisque ses bureaux sont situés à Neuilly-sur-Seine. C’est aussi le big boss des labos qui fabriquent le médoc qui t’invite joyeusement à la sieste éternelle.

Ce devait donc être mon sujet d’aujourd’hui, non pas le Médiator, mais de tacher de comprendre comment certains hommes politiques (que je ne nommerai pas) naviguent au gré des circonstances et sont capables de te réciter du quasi Marx dans le texte juste après (ou avant, peu importe) avoir quasiment plagié un discours de la marine nationale. Et je voulais y faire le lien avec mon papier d’hier sur la radinerie de nos chers milliardaires.

Mais comme d’habitude, je me suis barré en sucrette en route. Et pour une fois, ce n’est pas de ma faute.

J’ai la fâcheuse manie, chaque fois que je le peux, de regarder les journaux de France Sarkovision. Non pas pour m’informer, pour cela autant lire la Gazette des Montagnes, mais pour savoir quelle conversation je vais devoir affronter le lendemain matin en sirotant mon caoua au café du commerce. Et depuis quelques temps, je tombe sur le même reportage où l’on nous montre qu’un bled de je ne sais où est isolé du monde depuis plusieurs jours pour cause de neige. Sauf qu’il ne doit pas être aussi isolé que ça le bled en question, puisque des journaleux ont réussi à s’y pointer armés de leurs caméras et de leurs micros.

Bref, comme le disent nos amis québécois, on nous fait parfois prendre des caribous pour des oies sauvages. Et c’est aussi ce que j’ai pensé en lisant cette petite phrase de notre Vénéré jauressien.

C’est aussi ce à quoi me fait penser cette affaire de Médiator d’ailleurs. Il neige un peu partout, en ce moment, donc tout le monde est blanc comme la neige.

On le sait, il y a des « affaires » qui finissent à la blanchisserie, et c’est assez commun en ce moment. A Neuilly encore, là où on fabrique le médoc en question, il suffit qu’une mamie et sa fille se réconcilient, et allez hop, exit de l’affaire Woerth, Bettencourt et toutim. En général d’ailleurs, lorsqu’une affaire embarrasse le parti au pouvoir (quel qu’il soit), il s’arrange pour la ranger dans un placard à coups de secret défense ou autres artifices, alors que le parti opposé s’échine à en tirer toutes les ficelles. Mais dans cette affaire Médiator, ça se corse. La première alerte sérieuse ayant été donnée en 1998, de gauche à droite, ils sont tous passés au pouvoir depuis, et sont passés dessus aussi ! Du coup, va-t-en faire porter le chapeau à quelqu’un ?

Et bien non ! De gauche à droite, c’est la blanchisserie assurée. Ils sont tous comme moi, nos chers ministres et ex ministres, pour eux le médiator, ce n’est rien qu’un truc à gratter la guitare.

Alors lorsque j’entends notre Vénéré nous donner une leçon de marxisme tout en décorant le patron des sucrettes pour anorexiques, j’ai bien le droit d’en pisser de rire. Et lorsque je lis que la collectivité a versé entre 1976 et 2009 plus d’un milliard d’euros aux laboratoires Servier pour le Médiator, je me dis qu’ils ont bien raison d’être radins nos milliardaires. Eux au moins, ils n’ont pas à pratiquer la langue de bois.

Dis la neige, c’est pour quand la révolution !

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