Un ch’ti coup de Ricard bien rouge ?

Posted on 29 décembre 2010

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J’aime la musique, et pourtant… Lorsque j’étais môme, j’ai eu une prof de musique qui m’a tellement traumatisé que 40 ans plus tard, je me souviens encore de son nom, alors que je ne me rappelle plus de celui de la plupart de mes profs. Madame Rivière qu’elle s’appelait. Et comme elle avait eu la bonne idée d’avoir une fille et de l’appeler Agathe, cela m’avait tellement fait rire que, étant le seul gamin de ma classe en pleine mutation vocale, dès qu’il s’agissait de chanter un air comique, c’était pour ma pomme. Ce qui ne manquait pas de déclencher l’hilarité générale, et bien évidemment une totale confusion de ma part. Imaginez la truite de Schubert chantée par un gosse qui mue.

Du coup, on se venge comme on peut quand on a 10 ans, dès qu’il s’agissait de jouer la truite à la flûte à bec – seul instrument de torture qui nous était alors imposé, le porte plume ayant déjà été remplacé par le bic – je m’amusais à y introduire les quelques notes de la rare musique que je connaissais, l’Internationale, bien évidemment. Madame Rivière étant une bonne droitiste, je ne vous raconte pas l’ambiance.

Il faut dire qu’à ma décharge, si le nom d’Agathe Rivière m’avait tant fait marrer, c’est que m’appelant Plouchard, mes joyeux contemporains d’une dizaine d’année, m’affublaient généralement du gentil surnom de Clochard. Lorsque j’ai donc appris qu’il existait une Agathe de la Rivière, en bon coco de souche, je n’ai pu m’empêcher d’en rire en pensant aux futurs surnoms que ses adorables contemporains allaient lui coller. Surtout si pour sa plus grande chance, elle était née ressemblant trait pour trait à sa mère. Avec tout l’attirail de la prof de musique droitiste de l’époque, même la verrue et son poil sur le nez. Mais je ne vous ferai pas le dessin.

Bref, la truite version Internationale, c’était juste pour dire que le cocoïsme, manque de bol, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Ma grand-mère, qui m’a élevé, ayant adhéré au parti quelques années à peine après le congrès de Tours, lui est restée fidèle jusqu’à sa mort. Avec l’Huma dimanche toutes les semaines et les gadgets de Pif le chien qui ont nourri tout mon imaginaire d’enfant. Les deux sorties annuelles pour aller voir le clown Popof avec le cirque de Moscou, et les coeurs de l’Armée Rouge. Tous les ans, il y avait aussi l’Almanach de l’Humanité. Et jusqu’à sa mort, elle achetait des vignettes de la fête de l’huma, alors qu’elle ne pouvait plus marcher depuis longtemps.

Tiens, la fête de l’huma, c’est là que j’ai fini par adhérer aux Jeunesses cocos. Il faut dire qu’à l’époque, tu ne pouvais pas y faire dix mètres sans te cogner à un placeur de carte qui te payait même le Ricard si tu adhérais. Une année donc, je suis rentré avec le panier garni et la carte des J.C., mais je n’ai rien dit à ma grand mère pour le Ricard.

Au début, j’ai trouvé ça plutôt sympa les Jeunesses cocos. En dehors de moi, il n’y avait que des filles, et l’on causait rarement de la ligne du Parti. Puis on s’est tapé Giscard au pouvoir qui a voulu à toutes forces nous réformer l’enseignement. Je me suis donc mis en grève. Et je dis bien « je », puisqu’au départ j’étais le seul de mon lycée. Quelques mois plus tard, presque tout le lycée faisait grève, mais j’avais dû un peu trop me faire remarquer, et je me suis fais virer.

Je me suis donc retrouvé dans un autre lycée, et là, c’était nettement mieux. Les JC avaient décidé de rassembler tous les grévistes, et on avait créé un joli truc du nom de CAL, Comité d’Action Lycéen, dont je me suis élu, président, secrétaire et trésorier à la fois, et pour cause, j’en étais le seul membre au début.

Pas facile de rassembler quand tu es tout seul. Quoi que… au moins, tu ne te fais engueuler par personne. Je suis donc allé faire un tour du côté des vilains trotskistes de Lutte Ouvrière (eh oui, ça existait déjà) ou de la Ligue Communiste Révolutionnaire (qui depuis à perdu le « révolutionnaire » en route en se renommant NPA), et même des affreux maoïstes (ouais, il y en avait à l’époque). Et l’on a si bien rassemblé que, quelques mois plus tard, presque tout le lycée était en grève aussi.

Evidemment, je me suis fait un peu remarquer encore. Et je me suis fait à nouveau virer. Mais pas du lycée, cette fois. Non, des Jeunesses communistes. J’avais sans doute un peu trop « rassemblé » à leur goût. Mais comme c’était ce qu’ils m’avaient demandé, ils n’ont pas pu me le reprocher. Du coup, l’on m’a taxé d’une appellation en vogue à l’époque lorsque vous étiez un peu trop à gauche de la ligne. J’étais devenu « anarcho-fasciste ». (On devrait d’ailleurs remettre cette expression au goût du jour, j’en connais certains qui… Mais je ne donnerai pas de nom. Vous ne voyez pas qui ? Si, un petit bonhomme qui j’y suis partout à la télé, et dont on a l’impression qu’il porte le même costume depuis 30 ans…).

Bref, je me suis fait virer des J.C. Mais il faut dire aussi que les réunions de la jeunesse avaient lieu dans la cellule du Parti, régulièrement approvisionnée en Ricard (sponsor officiel de le Fête de l’Huma), et très régulièrement désapprovisionnée après nos réunions.

Quoi qu’il en soit, viré je fus. Et je n’y suis jamais revenu. Et je n’en ai aucun regret. Mais comme disait l’autre, communiste un jour, communiste toujours !

90 ans qu’il a donc, notre Parti communiste français. Bon, je sais, aujourd’hui, cela ne se fête que dans un verre d’eau. Pour le Ricard, ce n’est plus qu’une fois par an à la Fête de l’Huma. Et que même si tu prends ta carte, il faut te l’acheter le coup de jaune, tellement qu’ils sont près de leurs sous aujourd’hui. Ils sont même obligés de louer le Colonel Fabien pour des sauteries privées. Et de se laisser repiquer Guy Moquet par notre Vénéré – qui leur a même piqué Marx d’ailleurs, mais lui, ils l’ont déjà paumé dans un tiroir avec la faucille et le marteau.

Bref, chacun son truc, mais moi, j’ai quand même envie de les lui fêter ses 90 ans ans au Parti, même devant mon bol de riz chinois.

Bon, je sais, vous allez me dire qu’il n’a plus toutes ses dents, le papi. Mais à 90 berges, on peut bien porter le dentier, une telle durée c’est un exploit pour un parti politique. Et à propos d’exploit, vous me direz aussi qu’il a réussi celui de rater les rares possibilités de révolution de notre pays. 1936, un petit coup de Front Populaire et puis s’en va. 1945, on désarme les FTP pour passer au gouvernement, et pfuit, en fumée. Et je ne parle même pas de mai 68 !

Eh bien c’est pas grave ! Moi, je lui fais se fête quand même ! Joyeux anniversaire !

Et pour ma petite histoire personnelle du PCF, c’est ici.


Et pour la révolution ? Ben quoi, c’est pas prévu pour demain ?

 

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