Le hasard et/ou la nécessité ?

Posted on 10 janvier 2011

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J’ai du mal à croire au hasard, parfois.

Vendredi dernier, jour du Père Noël orthodoxe, en présentant ses voeux aux autorités religieuses du pays, notre drôlissime Vénérable nous exposait sa vision d’un « plan particulièrement pervers d’épuration religieuse » au Moyen Orient. Et comme par hasard, le jour même, deux français ont été enlevés et assassinés au Niger par un groupe armé. Mais tout le monde semble s’étonner que des français soient pris pour « cibles privilégiées » (dixit le JT de France 3) de groupes islamistes extrémistes. A commencer par notre Vénéré qui, avec « la nation toute entière … condamne un acte d’une lâcheté inouïe ».

Mais à quelle sauce croyons nous qu’ils s’informent les « barbares » extrémistes ? A la soupe insipide que leur sert la télévision « officielle » algérienne ? Et bien non, comme nous, ils ont la parabole, même au fin fond du désert, et leurs principales sources d’information sont les mêmes que les nôtres.

Lorsqu’en septembre 2005, le journal d’un minuscule pays, à peine plus peuplé que Marseille et sa banlieue, et surtout connu pour sa petite sirène, publiait quelques caricatures représentant un prophète barbu, théoriquement personne n’aurait dû le savoir en dehors de Copenhague et de ses faubourgs. Et pourtant l’affaire a fait le tour du monde et a bien failli l’enflammer. Près de cinq ans après, en janvier 2010, l’un des auteurs de ces caricatures, a même été agressé chez lui par un homme proche, dit-on, des réseaux d’Al Quaeda. Pourtant, le dessinateur en question habitait un bled connu uniquement des jutlandais et de leurs proches.

En septembre 2006, j’étais en Algérie lorsque qu’un certain Benoît, seizième du nom, eut la bonne idée d’expliquer que l’islam, « religion de l’épée », n’avait rien de « bon ». Et alors que ce discours prononcé en teuton devant une petite assemblée de l’université de Ratisbonne, était passé totalement inaperçu en chrétienté occidentale, sauf peut être de quelques lapins ultra-bigots. Je peux vous assurer qu’il n’était pas bien vu d’être alors un petit blondinet en balade dans les rues d’Alger. Et vous aviez beau expliquer que vous étiez aussi athée qu’un pendule de Mazarin prénommé Jules. Peau de balle ! Blondinet z’étiez, donc papiste d’office !


Alors allez donc expliquer à un mec déterminé à se faire péter avec tous ceux qui l’entourent, qu’il ferait mieux de se regarder le nombril avant d’actionner sa ceinture d’explosif ! M’est avis que vous aurez autant de chances d’être entendu que si vous tentez de faire chanter l’Internationale à un lepeniste convaincu.

« Sarkozy a ouvert l’une des portes de l’enfer pour lui, son peuple et sa nation », c’est ainsi qu’il y a quelques mois, AQMI (Al Quaeda au Maghreb Islamique) justifiait la mort de Michel Germaneau. Et « la faute à celui qui a commencé », tel est l’un des crédos du GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat) à l’origine de la création d’AQMI… Tout est dit en ces quelques mots, et comme l’on dit en Basse-Normandie, « ce n’est pas en jetant de l’huile sur le feu, que l’on se donne une chance de l’éteindre ».

Il y a à peine un mois, en décembre 2010, 9000 soldats algériens étaient mobilisés pour ratisser la Kabylie en pensant éradiquer les principaux chefs d’AQMI. Nombre de journaux avaient même annoncé la mort de l’un de ses principaux responsables, Abdelmalek Droukdel. Puis ce fut le silence radio sur un maigre bilan, une vingtaine de « terroristes » tués. Quant à Abdelmalek Droukdel, à en croire les dernières nouvelles, il semblerait qu’il soit bel et bien vivant.

Alors une petite question que je me pose. A qui notre Vénéré s’adresse-t-il avec son « plan particulièrement pervers », sa « barbarie », ou sa « lâcheté inouïe » ?

Certes, l’on avait compris depuis longtemps qu’il tentait à toutes forces (et en vain) de récupérer l’électorat égaré dans les forges lepenistes. Mais à chaque fois qu’une « jolie » petite phrase est prononcée, il faudrait aussi se rappeler que si elle fait monter la surenchère de la peur ici, l’écho la répercute dans les montagnes de Kabylie et jusqu’aux confins du Sahel, où elle ne fait rien d’autre que d’exacerber la haine et la violence qui l’accompagne. Et, à ma connaissance du moins, la phraséologie n’est jamais très puissante face au bruit d’une kalachnikov…

Et pour la révolution ? Ben allez donc demander à l’écho…

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