Un p’tit coup de Jarnac à Condom…

Posted on 12 janvier 2011

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Jusqu’aujourd’hui, je ne savais pas qu’il existait un comte de Bizemont prénommé Gil, ni un prince de Bourbon-Parme, descendant de Louis XIV mais, va savoir pourquoi, prénommé Charles-Emmanuel. Pas plus qu’il existait un bled du Gers dénommé Condom.

Un condom, pas besoin de parler british pour savoir ce que c’est, et je ne vous ferai pas de dessin. Mais le comte et le prince associés, parlant couramment le ricain, doivent aussi connaître parfaitement la géographie gersoise, puisqu’ils ont lancé une fabrique de capotes d’origine Condom contrôlée, destinées au marché américain. Et pas de la vulgaire capote à un sou qui t’explose au nez dès que tu souffles dedans. Non, noblesse oblige, ils ont fait dans la capote de luxe, chic et élégante, présentée dans un « écrin élégant et raffiné, inspiré du monde de la joaillerie » (sic). Bref, la capote que tu ne planques pas dans la table de nuit, mais que tu peux poser fièrement sur la-dite table. (Oui, je sais il y a un jeu de mots facile à faire, mais je vous le laisse deviner…)


Franchement, une capote posée sur la table, je ne vois pas très bien à quoi ça sert, mais bon, à chacun son truc. Et à deux euros l’unité, j’espère qu’elle est réutilisable, la véritable capote de Condom. Sinon, comme pour les véritables rillettes Bordeau Chosemolle, je déclare tout dret que nous n’avons pas les mêmes valeurs.

Bref, l’initiative des joyeux nobliaux n’a semble-t-il pas plu au maire de Condom, surtout depuis que l’affaire fait un buzz, et pourtant ça lui fait de la pub. Tiens, moi qui n’ai jamais foutu les pieds dans ce bled, j’ai même appris qu’un certain Gérard Dubrac (sic), pharmacien de son état et ex député-maire UMP de Condom, y avait crée un musée de la capote. Ce qui n’a pas dû lui porter chance, puisqu’en septembre 2009 il était condamné à 3000 € d’amende après avoir été reconnu coupable d’atteinte à la liberté d’accès aux marchés publics. (Et on ne précise pas de quels marchés il s’agit.)

Mais le dit musée n’étant ouvert que l’été, on se demande bien ce qu’ils font le reste de l’année, les condomois. Peut-être vont-ils visiter le musée de l’Armagnac, ouvert lui toute l’année, et où pour compléter les expositions, il y a des « mises en situation ». Le musée de la capote n’ayant pas de descriptif, je ne sais pas s’il présente aussi des mises en situation….

Ah si, j’ai fini par trouver une description, il paraît que l’on y va « pour passer un moment récréatif et plastique ». Evidemment, on n’en attendait pas moins…


Bref, je me suis encore barré en …ouilles, comme on dit à Condom. En fait, depuis quelques jours, j’avais envie de parler du coup de Jarnac. Mais cela me casse les … choses, comme l’on dit ailleurs.

Le coup de Jarnac, tout le monde connaît, pour s’en être pris au moins un une fois dans sa vie. En gros c’est une fichue torgnole qu’un pas glop déguisé en glop s’est amusé à te balancer dans le dos, alors que comme la dernière des andouilles, tu regardais la mer d’un air béat en te disant, « Ah que c’est beau le cri d’une mouette. »

Mais en fait, comme la plupart des mes contemporains, je ne m’étais jamais posé la question de savoir d’où venait cette expression. Et bien c’est fait, et contrairement à ce que je pensais, ce n’est pas le vilain tour que nous a joué tonton Mitterrand, en se faisant passer pour socialiste pour se faire élire en 1981.

Non, c’est une histoire de nobliaux aussi. En 1547, deux re-de-de, un grand costaud et un petit maigrichon se battant en duel, c’est le malingre qui a gagné en coupant le jarret du balaise (ce qui était totalement autorisé à l’époque). Le chétif s’appelant de Jarnac, on eut vite fait de penser qu’il s’agissait d’un coup bas, et l’expression coup de Jarnac de désigner désormais une attaque en traître.

Jarnac donc, contrairement à Condom, ne dispose pas d’un musée de la capote, mais abrite un autre lieu de pèlerinage, la tombe du tonton Mitterrand, où viennent traditionnellement se recueillir chaque année une poignée de drôles et de drôlesses qui, après s’être battus en duel toute l’année en se balançant des coups de Jarnac, font mime* de se réconcilier sous un parapluie en forme de rose portant une jolie étiquette « socialiste ».

Tiens, ça me rappelle un truc. En 1547, le roi de France, qui était présent lors du duel entre le molosse et le chétif, aurait dit au vainqueur : « Vous avez combattu comme César et parlé comme Aristote. »

César, tout le monde connaît. Mais Aristote, nettement moins. Et pourtant c’était un pote de Platon et d’Alexandre le Grand qui, lorsqu’il ne passait pas son temps à écrire des traités de physique pour nous expliquer que le lourd tombe parce qu’il est lourd, de métaphysique pour nous dire que parmi les êtres, certains sont nécessaires d’autres non, de poétique pour nous apprendre que l’imitation peut être parfois belle, parfois moche… Et j’en oublie… Passait le reste de son temps à se promener dans un jardin avec d’autres péripatéticiens comme lui, pour parler de la pluie et du beau temps. (Il faut dire qu’à l’époque, les péripatéticiennes étaient rares, et la philosophie une affaire de garçons).

A l’époque d’ailleurs, on avait inventé la capote depuis longtemps, puisque contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas une invention britannique, mais qu’une statue égyptienne vieille de 6000 ans nous montre un étrange appareillage qui ressemble plus à un engin de torture qu’à … autre chose. Mais bon, comme on dit à Bordeau Chosemolle, chacun son truc. Et en plus, je digresse encore.


Revenons donc, à (nos poireaux, pardon, à nos moutons, pardon, à) nos chers socialistes pèlerinant à Jarnac.

Je me croyais original ce matin, en faisant un jeu de mots sur « Jarnac » et « j’arnaque ». Et bien non, d’autres l’ont déjà fait. Il faut dire qu’il leur a fait un sacré coup à ses copains, le Tonton, de se faire enterrer à Jarnac. D’accord, quand tu nais quelque part, il est parfois coutume de t’y faire enterrer, mais quand même… Tiens, je connais un certain Maurice (dont je tairais le nom puisqu’il est mort) qui est né à Gretz-Armainvillers, et bien il s’est fait enterrer à Gretz-Armainvillers. Il est vrai que personne n’a encore fait le coup de Gretz-Armainvillers, enfin, je ne pense pas.

Ne l’ayant pas connu personnellement, je ne savais pas qu’il avait autant d’humour, le Tonton. Ceci-dit, s’il avait voulu pousser vraiment loin le bouchon, il aurait pu se faire enterrer à Colombey-les-Deux-Eglises. Au moins, ils auraient pu grouper les pèlerinages avec les droitistes de droite, les droitistes de gauche.

Ou tiens, pourquoi ne pas se faire enterrer sur l’île d’Yeu ? Ah non, j’oubliais, celle-là, elle est réservée à un certain maréchal. Mais tiens, pourquoi pas à Condom par exemple ? Au moins, pendant le pèlerinage annuel de janvier, ils auraient pu réouvrir le musée de la capote, les condomois. Et nos chers socialistes y « passer un moment récréatif et plastique » avec même des « mises en situation ».

Et je ne sais pas s’il existe un musée du crêpage de chignons quelque part… Ah si ! Il existe un musée de la coiffure. Et vous savez où ? Et bien évidemment à Sainte-Vertu, et même sur la place de l’église…

Bref, je digresse encore. Mais j’aurais au moins appris une chose aujourd’hui. Le Maurice de Gretz-Armainvillers a réussi lui aussi un joli coup de Jarnac. Alors qu’il n’avait plus le droit de la porter de son vivant, il s’est fait enterrer avec sa Légion d’honneur. « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » Aurait pu se demander Aristote… Quant au Tonton, va donc savoir ce qu’il a fait d’une certaine médaille ?

Et lorsque j’apprends encore que 40% des français jugent aujourd’hui plausible (comme moi d’ailleurs, malheureusement) que notre marine nationale soit présente au second tour de 2012, j’en arrive vraiment à me demander si je ne vais pas aller faire pèlerinage moi aussi… A Sainte Vertu ? Sans doute pas… Ou aller me construire un ermitage à Condom, juste entre le musée de la capote et celui de l’Armagnac, j’aurais au moins quelques chances d’être bien protégé…

* oui, j’ai bien écrit « mime », mais « font mine », ça peut marcher aussi.


Et pour préparer la révolution, un p’tit coup d’Armagnac, ça vous tente ?


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