L’indécence du pouvoir ?

Posted on 20 janvier 2011

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Il y a quelques jours, Pierre Haski, rédacteur en chef de Rue 89, suite à la proposition de notre brave ministresse des affaires étrangères de « régler » les « situations sécuritaires » en Tunisie (et incidemment, ne l’oublions pas, en Algérie) intitulait l’un de ses articles « l’indécence au pouvoir ».

N’ayant pas grand chose à ajouter, je me contente de citer le début de son article :

« A ce niveau, on ne sait plus quel mot employer : connerie ? incompétence ? ignorance ? Comment Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères de la République, intervenant dans le cadre solennel de l’Assemblée nationale en lisant un texte écrit d’avance, a-t-elle pu proposer une coopération sécuritaire à la Tunisie au moment où les morts se comptent par dizaines ? »

Que dire d’autre, en effet, lorsque « l’indécence » se manifeste ainsi « au pouvoir ».

Et pourtant, il faut croire que cela ne suffit pas, puisque Madame Alliot-Marie se justifie en nous expliquant que son « propos a été mal interprété et parfois déformé ».

S’agirait-il donc du nouveau lapsus à la mode gouvernementale ?

Et bien non, voici son propos in extenso :

« Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. C’est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays [Algérie et Tunisie, ndlr], dans le cadre de nos coopérations, d’agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l’assurance de la sécurité. »


Aucun lapsus, aucune équivoque, et pas la moindre déformation. Notre ministresse des affaires étrangères s’est bien prise un instant pour la ministre de l’intérieur du gouvernement Tunisien.

Et plutôt que de titrer l’indécence au pouvoir, j’ai envie de parler de l’indécence du pouvoir.

Que l’exercice du pouvoir corrompe, ce n’est pas moi qui ai inventé la formule. Et qu’il sénilise au point de faire perdre tout bon sens, cela n’est pas nouveau non plus.. Si un petit moustachu hystérique n’avait pas attaqué son alliée l’Union Soviétique, et que de futurs kamikazes n’avaient pas fait sauter la neutralité des Etats-Unis en faisant péter Pearl Harbor, nul ne sait, sauf dieu peut-être et ses copains, sur quelle voie serait allé le monde.

Mais s’il y a une chose que l’histoire nous démontre aujourd’hui encore, c’est qu’une fois arrivé au pouvoir, on peut perdre tout discernement. Evidemment, lorsqu’un jour tu es ministre des postes et que le lendemain tu dois ministrer les cachous, il y a de quoi y perdre son latin, son grèc, et confondre une équation mathématique avec une  prière luthérienne.

Ou encore, il y a parfois de quoi se prendre pour le grand ordonnateur des ordinateurs.

Il y a longtemps, une série comique télévisuelle nous déguisait le président de je ne sais plus quelle république, en grenouille se prenant pour dieu. Aujourd’hui, nous avons quotidiennement  des guignols de l’info déguisés en ministres et autres dirigeants du monde.

Bientôt, il va falloir changer le sens des mots « télé-réalité ». J’imagine très bien le scénario d’une ferme des célébrités peuplée uniquement par les membres d’un gouvernement, et l’explosion de l’audimat qu’elle provoquerait.

Vous avez déjà vu un audimat exploser ? Moi non, mais j’imagine que cela doit faire mal au groin.

Dans son dernier livre, La Voie, Edgar Morin insiste sur l’état régressif du monde actuel, auquel fera peut-être face le surgissement de l’inattendu, voire de l’improbable – comme le montre cette inattendue et improbable « révolution de jasmin » tunisienne. Et inattendue et improbable, à entendre certains de nos ministres (et pas seulement eux d’ailleurs), certes, elle l’était. Quant à l’état régressif du monde, je n’ai pas envie d’en parler aujourd’hui, pas plus que de son état répressif.

Non, il fait beau aujourd’hui, et les bourgeons bourgeonnent alors que nous sommes en plein hiver… Sauf qu’il reste deux mois d’hiver pour leur pourrir la vie…

Oui, je sais, elle n’est pas drôle ma métaphore. Mais il faut bien avouer que, parfois, j’ai mal à l’humour, en écoutant ceux qui prétendent diriger le monde… Mais qui « dirigent » quoi, et comment ? On peut encore se le demander. Enfin j’espère…

Mais au fait, cela veut dire quoi « diriger » ? Et se le sont-ils demandés une seule fois, nos « dirigeants » du monde ? Non sans doute. Cela, c’est le boulot des philosophes, des penseurs et autres oisifs…

Il m’est arrivé parfois de tenter de diriger un bateau à voiles. La première fois, ayant oublié de me vêtir d’une casquette, j’ai failli claquer d’insolation. La seconde, voulant aller un peu trop vite, je me suis pris la baume (j’ai failli dire la gaule) dans la poire. La troisième, voulant aller encore plus vite, je me suis retrouvé directement au bouillon. Et comme je nage à peu près aussi bien qu’une crevette écrasée, il a fallu tout l’équipage d’un bateau mouche pour me repêcher.

Oui d’accord, elle est encore plus fumeuse  que la précédente. Mais comme le soleil va bientôt se coucher et que je ne sais pas de quoi demain sera fait… j’ai le droit encore.

Alors juste une autre petite colère pour finir, celle que Dany le Rouge adressait au parlement européen à propos de la Tunisie.


Et pour la révolution, si nous la faisions avec des fleurs…

Pour une fois…

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