Et un code de déconnologie ?

Posted on 7 février 2011

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« Présumé coupable », l’expression avait déjà été utilisée par Brice Hortefeux dans le cas de Lies Hebbadj et l’affaire de la polygamie et du niqab. « Présumé innocent », l’expression avait aussi été employée par le même Brice Hortefeux lorsqu’après avoir été condamné, il avait fait appel et était en attente d’un nouveau jugement.

Théoriquement en effet, tant qu’une affaire n’a pas été jugée définitivement, en France du moins, l’on reste « présumé innocent ». Mais il faut croire que chez nous aussi, il y a deux poids deux mesures, comme le dit notre brave Monsieur Galouzeau de… Celle de l’innocence à tout prix pour les membres du gouvernement, et celle de la culpabilité présumée des autres, puisque même notre Vénéré y est allé de son « présumé coupable », et que cela n’est pas la première fois.

Et je ne sais pas pourquoi, mais cela me fait penser à des histoires d’aéroplanes. Tiens M.A.M. par exemple, elle est totalement innocente lorsque qu’elle utilise les zavions de potes de Ben Ali pour ses vacances en Tunisie et qu’incidemment, elle offre au même Ben Ali le « savoir faire » de nos forces de sécurité. Bien évidemment, puisque notre Vénéré lui, a besoin de deux aéroplanes pour faire les 300 kilomètres qui séparent Paris de Bruxelles (à la SNCF, ils n’ont pas encore inventé le TGV Sarko One).

Bref, M.A.M. est totalement innocente et d’ailleurs son copain l’avionneur tunisien est une victime, spoliée par le régime de Ben Ali. Or, à en croire Médiapart, en 2009 l’avionneur en question a reçu des mains de l’ancien président tunisien le Grand Cordon de l’Ordre du 7 novembre, l’une des plus hautes distinctions honorifiques du pays visant à consacrer «les efforts méritoires déployés en faveur de la consécration du projet de civilisation et du renforcement de ses attributs» (sic). Pour rappel, le 7 novembre 1987, c’est la date d’arrivée au pouvoir de Monsieur Ben Ali, après une petite révolution de palais que l’on nomme généralement coup d’état (sauf dans l’état où il se pratique).

Pour rappel aussi, c’est dès 1989, deux ans après ce coup d’éclat, que l’avionneur intégrait le comité de soutien officiel de Ben Ali. Depuis au moins 1999, il fait parti du comité de réélection de… Ben Ali. Et c’est sans doute contraint et forcé qu’en 2008, il a été nommé par Ben Ali en personne à la Chambre des Conseillers, équivalent de notre Sénat, sauf que personne n’y est élu, mais nommé par… Ben Ali lui-même

Il y a parfois de bien étranges victimes. Tiens, si l’on me disait que Poutine est une malheureuse victime du régime soviétique, cela me ferait verser une larme.

En musique, il paraît qu’il ne faut pas trop abuser du couac, ça fait désordre. Quoi que, tout dépend de la musique que l’on joue. Une fanfare militaire sans couacs, ça perd tout son cachet.

Depuis les couacs tunisiens de M.A.M. on évite donc d’en faire à propos de l’Egypte, officiellement, on appelle ça « devoir de réserve ». Evidemment, après avoir copiné avec Mubarak pendant trente ans, difficile de le balancer aux orties (et aucun rapport avec les trente ans de Gbagbo en Côte d’Ivoire…), surtout lors qu’il y a moins d’un mois, l’on vantait « l’Etat égyptien, avec ses caractéristiques de démocratie et de tolérance » (dixit M.A.M. le 22 janvier).

Donc « devoir de réserve ». Mais le mot « devoir » prend un drôle de sens lorsqu’on l’applique même à des chercheurs. Et c’est ce qui vient d’arriver à Marc Lavergne, géographe spécialiste de l’Egypte et directeur du Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales, basé au Caire, gentiment prié par le ministère des Affaires étrangères d’exercer son « devoir de réserve » alors qu’il allait intervenir dans des émissions de France 24, France Culture ou RTL.

Motif invoqué par le ministère : «Un agent de l’Etat français n’a pas à faire de déclaration publique à l’étranger sur la vie intérieure d’un pays, qu’on soit chercheur, professeur ou encore volontaire international. On a un travail très précis à faire. On doit rester dans le périmètre de sa mission, période de crise ou pas».

Si je prends cette déclaration à la lettre, cela signifie tout simplement qu’en dehors de son labo, un chercheur n’a plus à communiquer ses recherches… En d’autres temps, on appelait cela de la censure, mais va savoir aujourd’hui… Bon, je suis rassuré sur un point, on parle de chercheur, de professeur… mais on ne parle pas de ministre ! Ils ne doivent pas être considérés comme « agents de l’Etat français » (sic), à moins qu’ils ne soient au dessus… ils peuvent donc continuer leurs petites chansonnettes.

Et lorsque notre Vénéré nous explique que « nous condamnons toutes atteintes au droit de la presse », je comprends nettement mieux pourquoi il lui a fallu deux aéroplanes pour se rendre à Bruxelles. L’un pour méditer, l’autre pour respirer sans doute. Après la chansonnette.

Tiens, en écrivant ce texte, j’ai une pub qui me propose un voyage aux Antilles pour 506 euros, une autre qui veut me vendre une bagnole avec 35% de remise, et La Reboute qui me fait du coaching pour la Saint Valentin. Coacher pour la Saint Valentin, à vrai dire, je ne sais pas trop ce que cela veut me vendre, un Macdo au cantal peut être ? Et la bagnole, pour aller aux Antilles, ce n’est pas l’idéal, même amphibie, ça te prend la moitié de l’année au moins, et l’autre moitié pour revenir. Sûr que le jet privé de mon pote tunisien, c’est beaucoup plus rapide. Et si je le double par un second aéroplane, je peux même me rendre à Bruxelles le soir même, et faire mimi à ma chanteuse préférée ensuite. Le lendemain, je serai tout dispo pour vous faire un discours sur la manière de se serrer la ceinture pour faire économique, un autre sur la pratique de la rizvolution qui alimente le monde, et un petit dernier sur la liberté de la presse, des chercheurs, et même des ministres…

Mais bon, je digresse encore. Revenons donc aux «efforts méritoires déployés en faveur de la consécration du projet de civilisation et du renforcement de ses attributs». Cela mérite que l’on fasse un petit seat in de réflexion. La « consécration du projet de civilisation », moi, ça me botte vachement ! J’ai l’impression d’entendre un discours de Hitler, dans ses meilleurs jours, lorsqu’il consacrait son projet de civilisation, en transformant en petits fours tout ce qui n’était pas de sa civilisation. Ou Staline qui t’envoyait bêcher la neige au fond des mines pour te montrer son amour du peuple et de ses efforts méritoires. Ou encore… Non, je passe, ou sinon j’y passe la semaine et je me fais plein de copains…

Et quant au « renforcement de ses attributs ». J’ai beau faire, mais cela me fait uniquement penser à la vache qui regarde les attributs du taureau en se demandant comment elle va se les prendre.

Oui, je sais, c’est un peu vulgaire pour des oreilles prudes. Mais il paraît qu’en démocratie, chacun (sauf les prêtres) a le droit d’être vulgaire. Ce qui nous distingue, en principe, des dictatures, où seul le maître en a le droit.

Sauf que parfois le bât (ou le bas) blesse justement. En démocratie, si tout le monde a le droit d’être vulgaire, les maîtres aussi, et ils ne s’en privent pas aujourd’hui… Et que les autres, lorsqu’ils ne sont pas encore « présumés coupables », ont d’abord le « devoir de réserve », ce qui se traduit en termes de dictature par le « droit de fermer sa gueule »…. Et que ce droit de fermer sa gueule, c’est à peu près le seul qui va nous rester, bientôt, en nos chères démocraties, si nos vénérables élus sont les seuls à avoir celui d’être systématiquement présumés innocents ! Même lorsqu’ils nous balancent les pires incongruités.

Alors oui, notre chère M.A.M. a bien le droit de se prévaloir de son innocence pour s’être baladée dans les zavions de présumées (innocents de complicité, copinage, pardon) innocentes victimes d’une dictature. Notre bon Brice a totalement le droit d’être « présumé innocent » de copinage avec les auvergnats. Notre Vénéré président est, lui, totalement « innocent » de doubler son Air Sarko One d’un navion crée par son pote Dassault pour se rendre en Belgique nous causer de la liberté de la presse…. tout en présumant « coupable » tous les autres… Et en nous prêchant le serrage de ceinture…

Mais… Et c’est bien la question : mais quoi ?

Si Brice Hortefeux passe pour la troisième fois devant la justice, ce n’est sans doute pas pour autant qu’il démissionnera. Pas plus que M.A.M. même si elle continue à multiplier ses « bourdes » (et je suis gentil aujourd’hui). Notre Vénéré, lui, étant intouchable, a le droit de nous traiter de « pov’con » sans être poursuivi. Il a le droit aussi de nous qualifier de « présumé coupable » et de stigmatiser « les fautes » de la justice, alors même que sa politique ne vise qu’à l’appauvrir – comme tout ce qui est du domaine de l’état.

Et tiens, plusieurs millions de personnes dans les rues, et rien ! Circulez il n’y a rien à voir ! Mais il suffit qu’une poignée de CRS remuent du bâton, pour que notre gouvernement recule illico. A quand une grève des militaires ?…

Alors oui, je comprends la colère des juges face à ces « multirécidivistes« , et (en faisant un très gros effort) je comprends aussi celle des pandores et même des CRS (mais là, il me faut un effort surhumain). Et je comprends que la Ligue des Droits de l’Homme qualifie notre Vénéré de « délinquant constitutionnel récidiviste » et nous pose une petite question :

« Si la violation délibérée et répétée de la séparation des pouvoirs et d’un des principes constitutionnels les plus fondamentaux de la République ne relève pas de cette procédure (de la Haute Cour), quel niveau de délinquance constitutionnelle faudra-t-il atteindre pour mettre fin à l’impunité présidentielle en la matière ? »

Mais… Oui, c’est bien la question qui se pose. Mais quoi ?

Sachant que la Haute Cour est constituée par le parlement et que le parlement est tout acquis au gouvernement… Oui… Mais quoi ?

Tiens, pourquoi ne pas interdire totalement le tabac ? Comme le propose le très éminent Jacques Attali. Alors là, c’est sûr, moi, je fais illico la révolution !

P.S. Mais au fait M.A.M. l’a-t-elle fait seule, sa petite balade en Tunisie ? Evidemment non, mais avec son compagnon Patrick Ollier qui n’est autre que… ministre lui aussi ! Tant qu’à faire, je vous en mets deux pour le prix d’un… Et au moment de boucler ce papier, je lis que, alors que la cote de notre Vénéré est encore au plus bas, le tribunal de grande instance de Paris s’est déclaré « incompétent » pour juger notre brave ministre des auvergnats. A l’heure où chacun va pouvoir devenir le poulet de son voisin, voilà de quoi nous rassurer.

Bon, en attendant la révolution, moi, je vais m’en griller un paquet entier.

 

 

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Posted in: Raz-le-bol