Petit précis de négritude totalement détournée…

Posted on 23 février 2011

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« On n’oppose pas les Français les uns contre les autres, on essaie de les rassembler. On ne combat pas l’intolérance en étant intolérants ». C’est l’une des dernière sorties de notre Vénéré au salon de l’agriculture. Ah que ! Comme il sait trouver les mots qui touchent le nègre de notre Vénéré. Pardon, je retire. Pour celui qui écrit les discours d’un président, on ne dit pas « nègre », c’est vulgaire, on dit « conseiller’.

Lorsque j’étais étudiant, il m’est arrivé une fois de faire le nègre. C’était pour un mec plein de fric, mais sans aucun autre talent que celui de faire du fric (ce qui est déjà pas mal), et qui avait la prétention d’écrire un livre sur la culture et la philosophie de l’islam médiéval. Evidemment, il ne connaissait strictement rien au sujet et, étant totalement incapable d’écrire autre chose que des factures, il payait deux clowns, dont ma pomme, au noir bien évidemment, pour pondre son bouquin. Je ne sais pas s’il l’a publié un jour, je me suis fait rapidement virer. Faire le clown d’un autre, ça n’a jamais été mon truc. Quant au pognonneux, sa seule ambition en fait était de rivaliser avec un autre pognonniste qui faisait alors un tabac, ayant monté une industrie négrière pour pondre des bouquins à succès. Sulitzer qu’il s’appelait, je crois, et ça rapportait plein de fric sa petite industrie, mais je n’ai jamais lu un de ces livres.

Mais je digresse encore. Notre Vénéré lui, il a intérêt à mettre un maximum de blé de côté. Avec son salaire de misère de 240.000 euros annuel, s’il se débrouille bien, en cinq ans, il parviendra à mettre un misérable million à gauche (désolé, mais c’est l’expression consacrée). Pour survivre ensuite, il sera obligé de faire écrire ses mémoires. Mais pas sûr que cela fasse un bouquin à succès. Et en plus, ça coûte cher de payer des nègres.

Bref, « on ne combat pas l’intolérance en étant intolérant ». Au moment où ses troupes (j’allais dire son troupeau, ce doit être un effet du salon de l’agriculture) se lancent dans une réflexion sur la place de l’islam en France, la laïcité, et nous retentent le coup de l’identité nationale, il faut bien le dire, cela tombe à point (ou à pic, comme vous voulez). Un peu comme la cerise sur la tarte à la crème.

Bon d’accord, il a dit cela au salon de l’agriculture, et n’y étant pas, je ne sais pas à qui il s’adressait. Peut-être à quelque obscur troupeau de vaches teigneuses. Mais…

« Encore un effort (…) ! Encore un petit débat, un petit blabla sur l’islam, la laïcité, et je pense effectivement que nous pourrons terminer à la présidentielle à 25%. » Telle est la réponse de notre marine nationale, et une fois n’est pas coutume, je suis totalement d’accord avec elle.

Etrange stratégie quand même, que de tout faire pour que le Front National arrive au second tour de 2012. Mais bon ! Il paraît que l’on ne combat pas l’intolérance en étant intolérant. Et le Front National a toujours été un modèle de tolérance, bien évidemment ! De cela, je laisse chacun juge.

Moi, le juge, le juger, le jugement, on le sait, ce n’est pas mon truc. Quant à la justice des prétoires, pour m’y être frotté parfois, je ne me fais aucune illusion sur les différentes vitesses qu’elle possède. Plus vous avez de fric, plus vous avez de… Je vous laisse le soin de remplir les pointillés. Mais il paraît qu’il faut une « justice » dans ce monde de brutes, et il arrive parfois qu’elle ne tombe pas à plat. Quelques unes des « affaires » en cours nous le montreront peut-être un jour.

Donc, en vieil ultra anarchiste que je suis, je n’ai a priori aucune raison de me « réjouir » d’un jugement de « justice », je devrais me borner à le constater. Et pourtant non, il m’arrive parfois de me laisser aller à l’allégresse. C’est ce qui m’est arrivé vendredi. Et comme cela touche à mon sujet du jour, « la tolérance » et la banalisation des discours d’extrême droite, j’ai envie d’y revenir un peu.

Eric Zemmour, donc, la coqueluche des droites extrêmes et prétendu pourfendeur de toutes les langues de bois, et bien oui, je me suis réjoui qu’il soit condamné pour « délit de provocation à la discrimination raciale ». Et ceci, même si cette condamnation n’est que purement symbolique et qu’il pourra en faire appel.

Pour ceux qui ne s’en seraient pas aperçu, la plupart des débats télévisuels aujourd’hui sont orchestrés comme des matchs de catch. L’on n’y comprend strictement rien tant le jeu est à celui qui hurlera le plus fort pour piquer le temps de parole de l’autre, et peu importe le sujet, peu importe le contenu. Peut-être d’ailleurs est-ce aussi une manière de masquer l’absence de contenu. Et d’ailleurs, la plupart du temps, ceux qui se sont étripés pendant une heure de pseudo débat se réconcilient autour d’un verre après l’émission.

– C’était bien, je trouve !
– Oui vraiment ! On recommence quand ?
– Attends, je prends mon agenda… Tiens, lundi je suis invité chez Machin, et toi ?
– Moi aussi !
– Super ! A lundi alors… Tchin tchin…

Evidemment, pour que fonctionne ce genre de débat-catchs, il a fallu créer des maîtres hurleurs. A peu près comme dans les corridas, il a fallu inventer des picarros pour exciter la bête. Ils n’ont d’autre fonction que celle-là, mais elle est indispensable. Vous avez déjà tenté d’exciter un taureau avec un petit chiffon rouge ? Moi si, et le taureau m’a regardé de son air de pov’bête, avant de se remettre tranquillement à brouter. Par contre, si une bande de clowns s’amuse à le percer dans tous les sens, n’étant ni torero ni sprinteur, je vous laisse deviner la suite.

Et bien c’est pareil pour le débat catch, la fonction du maître hurleur n’est pas de donner du sens, mais uniquement d’exciter les bêtes pour que le débat prenne catch. Et maître Zemmour en est l’une des plus parfaites incarnations. Peu importe le contenu, peu importe le sens, l’important, c’est le rentre dedans.

Evidemment aussi, comme tout quidam moyen, maître Zemmour a reçu son quota d’intelligence en partage (enfin, je crois, merci mon dieu). Ce qui lui a très vite permis de trouver son nègre. Et un nègre gratuit, il lui a suffit pour ce faire d’aller se taper un petit noir au café du commerce. Et la cogitance peut se mettre en fonction, il suffit d’ouvrir tout grand ses oreilles, de pomper les bruits de comptoir, de les saupoudrer de trois citations tirées de wikimachinchose, et l’on se transforme en maître hurleur des médias.

Evidemment enfin, au café du commerce, il y a à boire, à manger, et même à vomir… Mais cela, c’est une affaire de choix ! Ou de « tolérance », comme le dit si justement notre Vénéré… Et comme je suis tolérant aujourd’hui, je ne me prononcerai pas sur les choix de monsieur Zemmour, le tribunal l’ayant fait pour moi.


Bref, pour en revenir à la « tolérance » et sans aucun rapport avec maître Zemmour. On a vu fleurir depuis quelques temps sur les plateaux télévisuels toute une flopée d’ignares, mégalomanes, généralement très proches de l’extrême droite, et capables de dire tout et n’importe quoi, uniquement pour se faire mousser sans la moindre pensée pour le reste du monde… Mais qui n’ont aucune autre fonction, en fait, que d’exciter la bête et de donner le la au débat catch.

D’où une petite question que je me pose, depuis quand assiste-t-on à ce florilège ?

La cause de tous ces maux (et des mots aussi) serait internet, nous dit-on, et la possibilité qu’il offre à tout un chacun d’y exprimer n’importe quoi, n’importe comment. Mais internet n’est jamais que l’un des reflets du monde parmi d’autres ! Et comme au café du commerce, chacun peut y faire le choix entre le boire, le manger, et le vomir…

Non, cessons de nous coller des oeillères en nous regardant le nombril en boucle. Les empoignades stériles de politicards ne datent pas d’hier. Mais aujourd’hui, c’est n’importe quel débat qui se transforme en empoignade, comme si c’était devenu la norme. Certes, il y a toujours eu des Pasqua, des Poniatowski, et autres nounous hurleurs pour nous faire comprendre que « moi j’ai de gros bras et si t’es pas content je t’en colle une ». Mais ils faisaient justement figures de nounous hurleurs et d’exceptions qui confirment la règle. Aujourd’hui, ils sont plutôt la règle qui confirme l’exception. Et idem en télévision, il y avait déjà quelques Michel Polac, Ardisson et autres « provocateurs perturbateurs », mais en figure d’exception aussi.

Politique et médias, je sais je mélange un peu tout. Mais justement, si je tente de dater à la louche la généralisation de ce débat catch, je tombe sensiblement sur les mêmes dates.

En 2002, c’est l’année des grandes claques ! La gauche jospinniène s’est tellement payée notre tête avec sa politique de droite, qu’elle ne passe même pas le premier tour des présidentielles. Le Pen explose à 16,8% puis 18% et Chirac se fait plébisciter président à la manière d’un pas dictateur démocrate africain, avec 82% des votes. A droite, on nage dans le rêve… Raffarin devient premier ministre et nous lâche d’emblée sa première raffarinade, « la France d’en bas… » Et un certain Nicolas Sarkozy devient ministre de l’intérieur…

En politique, on connaît la suite. Avec 82% pour la droite, c’est la voie royale pour au moins dix ans, et l’on peut tout se permettre… C’est ce que l’on appellera pudiquement la droite décomplexée, dont l’un des moments forts sera, après le karsher et la racaille, l’élection en 2007 de notre Vénéré, sa mémorable soirée Fouquet’s et sa ballade en paquebot Bolloré… Ou, aujourd’hui, la petite virée tunisienne de M.A.M…

Mais, simple hasard, coïncidence, ou… c’est à peu près au même moment que la télé se « décomplexe ». En septembre 2003, i>Télé inaugure ainsi une nouvelle émission politique au titre évocateur « Ca se dispute« , que le présentateur ouvre par une jolie formule, « bienvenue dans le spectacle de la politique et de la télévision ». Hasard encore, l’un des deux chroniqueurs de l’émission est… Eric Zemmour. Le même Eric Zemmour que l’on retrouvera (entre autres) en polémiste batailleur, en septembre 2006, dès la première de l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. Eric Zemmour encore, qui juste avant d’arriver chez Ruquier, avait fait ses classes chez Ardisson.

Hasard encore, ou… à peu près au même moment, la plupart des émissions, y compris les soi-disant « culturelles » adoptent le même ton de débat catch animé par quelques maîtres hurleurs. Et d’ailleurs, au même moment, presque tout devient « culturel » (j’ai failli écrire « cultuel »).

Et comme le hasard fait parfois bien les choses, je m’aide de lui pour prendre un exemple. Franz Olivier Giesbert, journaliste de droite à gauche passé par le Nouvel Obs, Le Point, Le Figaro… Et surtout animateur de débats télé aujourd’hui. Mais dont, quoi qu’il en soit, on ne peut douter des compétences journalistiques.

En 1985, un débat plutôt houleux l’oppose à Jean-Marie Le Pen. Mais il s’agit d’un vrai débat, et en dépit de la guouaille de J.M.L.P., il est plutôt courtois.

En 2002, le même Franz Olivier Giesbert, dans son émission « Culture et dépendances », animait un débat sur « l’obsession anti américaine ». Personne n’est d’accord, mais on ne se coupe presque pas la parole. Bref, on arrive encore à suivre.

En 2006, Franz Olivier Giesbert  accorde une interview « fromage et dessert » à Thierry Ardisson (avec Zemmour en arrière plan). C’est (pitoyable) en effet très « fromage et dessert ».

Aujourd’hui… Son émission dite culturelle « Semaine critique » est devenue le prototype du débat catch.

Evidemment, ce petit parallèle entre la décomplexion de la droite et celle de la télé (et des médias en général) peut paraître facile. Au même moment, il y a eu une telle marchandisation des médias, que ce qui compte le plus aujourd’hui, ce n’est plus tant le contenu de l’article ou de l’émission, que la place et la quantité de la publicité que l’on peut y coller. Mais ce parallèle me frappe néanmoins.

Bref, dans Causeur, on peut lire qu’Eric Zemmour est victime de « la symptomophobie » des « indignés professionnels » et dans Libération que le même est « invité par l’UMP à un débat sur le trop plein de normes ». Ah que, j’en suis tout rond de flanc !

Même qu’Henri Novelli, secrétaire général adjoint des UMPistes nous explique que « la production de normes cache un vrai problème de société ». Il doit avoir le même (nègre, pardon) conseiller que notre Vénéré, monsieur Novelli. Celui qui nous cause que l’on « ne combat pas l’intolérance en étant intolérant ». Parce que depuis 2007, on se demande franchement ce qu’a bien pu faire l’UMP en dehors de produire des normes. Pour la production d’intolérance, je vous laisse juges…

Donc « notre ami Eric Zemmour » (ce n’est pas moi qui le dit, c’est Henri Novelli) est invité par l’UMP pour parler de la « liberté de pensée » et de « la production d’une norme de pensée qu’on qualifie souvent de pensée unique. » Passons sur la production de normes et la pensée unique, je ne préfère même pas savoir de qui. Mais pour ce qui en est de la « liberté d’expression »…

Ce qui me tape sur le système, c’est d’entendre même certains intellectuels dits de gauche soutenir  « notre ami » Eric Zemmour au nom de cette sacro sainte liberté d’expression. Et pourtant, va savoir combien j’y suis attaché à cette liberté d’expression, et ceci d’autant plus qu’on nous la restreint chaque jour un peu plus à coups de loppsi 1, 2, 3, 4… et autres normes UMPistes. A vrai dire, je ne sais même pas où elle s’arrête cette liberté d’expression. Ou plutôt si ! A l’intolérance, justement !

Qu’elle soit de gauche, de droite ou de Vénus, la liberté d’expression s’arrête là où commence l’intolérance.

Pas plus que sur ses choix du café du commerce, je ne me prononcerai sur le degré de tolérance ou d’intolérance d’Eric Zemmour. Le tribunal l’a fait, et devra peut être le refaire s’il fait appel… Mais je n’en pense pas moins. Et lorsqu’un intellectuel qui se dit de gauche vient m’expliquer que l’on devrait le laisser tout dire sous couvert de liberté d’expression, j’ai envie de lui demander pourquoi il s’est écrié aux enfers lorsque, par exemple, J.M.L.P. nous a fait le coup du détail de l’histoire !

Alors oui, tolérance ? Intolérance ? Je remercie, une fois n’est pas coutume encore, le (nègre, pardon) conseiller de notre Vénéré de m’avoir rappelé ce joli proverbe auvergnat : « on ne combat pas l’intolérance en étant intolérant ».


Et tant pis si selon Causeur, je fais partie des « indignés professionnels » et souffre de « symptomophobie ». Lorsque les racines de pissenlits me boufferont, je tenterai de leur demander pourquoi…

 

Dis Racine, c’est pour quand la révolution !

 

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