Le miracle de l’oeuf dur à cuire…

Posted on 4 mars 2011

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Tout le monde connait l’histoire de l’oeuf et de la poule. C’est pas moi, c’est toi ! Mais non, c’est toi, c’est pas moi ! Et du coup, l’on ne saura jamais qui a commencé, sauf s’ils se mélangent les pinceaux en route – ce qui peut fort bien arriver.

Bref… C’est amusant de voir comment les droites extrêmes (à ne surtout pas confondre avec les extrêmes droites, elles n’ont pas les mêmes cartes) adorent la liberté d’expression, en ce moment. Tiens, Christian Vanneste par exemple, célèbre notamment pour ses positions sur la peine de mort, selon qui aujourd’hui « la liberté d’expression est un bien trop précieux pour qu’on la limite ».

Par contre, dès qu’on le critique, où que l’on condamne son ami Eric Zemmour, on se transforme en « chien de chasse » égorgeur de la liberté d’expression, et l’on entre directement dans « le trio infernal de la pensée unique, du politiquement correct et du terrorisme intellectuel ».

Il a dû lire Dante sur Wikimachinchose, notre adepte d’Eric Zemmour et de la totale liberté d’expression. Ceci-dit, sa position a au moins un mérite, je peux le traiter de tous les noms d’oiseaux, pardon, j’aime bien les oiseaux, alors disons de vilaines araignées velues, liberté d’expression oblige, il ne me collera pas de procès. Oui, je sais, ce n’est pas sympa pour les mygales et autres veuves noires, mais…

Donc, toujours selon notre bon député du Nord, dont j’apprends stupéfait qu’il était professeur de philosophie (comme quoi il n’y a pas que la géographie qui sert à faire la guerre), à force d’égorger la liberté d’expression, nous risquons « de passer dans une société orwelienne ». Un truc du genre où Big Brother est si attentionné qu’il nous filme jusque dans les chiottes… Dois-je en déduire que notre joyeux nordiste s’est opposé au vote de Loppsi ?

Je crains fort que non ! D’où mon histoire de poule et d’oeuf qui se mélangent parfois les pinceaux. Et tiens, j’ai trouvé le titre de mon papier, « les Jackson Pollock de la politique ». Sauf que lorsque Jackson Pollock se mélangeait les pinceaux, c’était volontaire et cela ne donnait pas que des tâches, mais de jolies oeuvres d’art que nos millionnaires s’arrachent aujourd’hui à prix d’or. Une sorte de poule aux oeufs d’or, en somme. Je ne sais pas si l’on a déjà tenté de mettre une oeuvre de Christian Vanneste aux enchères, mais…

Et puisque nous sommes dans la mode philosophique et la pensée sauvage, voilà-t-y pas que l’on nous ressort Lévi Strauss aussi. (Oui, je sais, elle est facile). Et c’est dans la bouche de notre Vénéré, pour nous faire comprendre qu’identité et diversité peuvent coexister, de même que laïcité et racines chrétiennes. Mais que, quand même, il y aurait peut-être des priorités… En bon chanoine, on sait évidemment lesquelles !

Mes racines chrétiennes, personnellement, je ne sais vraiment pas où elles se trouvent. Je suis né avec une faucille dans une main, un marteau dans l’autre, et un couteau entre les dents, et j’ai très vite repeint mon drapeau rouge en drapeau noir. Quant à mes racines en général, n’étant pas un arbre ni une petite fleur, j’en aurai peut-être le jour où les pissenlits me boufferont les pieds. En attendant, ce ne sont que mes pieds qui me portent, et ils vont où bon leur semble… Au gré d’une pensée sauvage peut-être, mais justement parce qu’elle se revendique sans racines.

Citoyen du monde, je trouve cela nettement plus joli que français de souche. Une souche, sommes toutes, ce peut n’être aussi qu’un vieil arbre crevé dont les racines sont mortes depuis longtemps.

Et pour ce qui est de mon identité, elle ne se résumera jamais à une carte. Citoyen du monde, je trouve cela nettement plus joli que français tout court.

Bon, je n’ai pas le temps de relire Levi Strauss aujourd’hui, alors je fais comme tout le monde, dans le facile, et je puise dans les citations du web :

« L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. »

On ne sait pas s’il s’agit de betteraves rouges ou de betteraves à sucre, mais cela fait-il une différence lorsque l’on voudrait nous persuader que « le multiculturalisme est un échec » ? Et que « la vérité, c’est que dans toutes nos démocraties on s’est trop préoccupé de l’identité de celui qui arrivait et pas assez de l’identité du pays qui accueillait… Si on vient en France, on accepte de se fondre dans une seule communauté, qui est la communauté nationale… » (dixit notre Vénérable).

La vérité, même si je mens, mais rien que la vérité, je le jure !

Quant à moi qui suis né en France, je n’ai aucune envie de me fondre dans une quelconque communauté, et encore moins dans une « seule » et unique communauté. J’aurais trop peur de me transformer en betterave. Et lorsque j’entends monsieur Vanneste pourfendre « le trio infernal de la pensée unique, du politiquement correct et du terrorisme intellectuel », je me demande parfois à qui il s’adresse…

On devrait peut-être le demander à notre ex-ministre des cocotes en papiers, des charters, des cultes, de la laïcité, et des bons auvergnats (et j’en oublie sans doute). En tant que conseiller politique de notre Vénéré, sans doute cherche-t-il lui aussi la réponse… A moins que l’on en revienne encore à l’histoire de l’ouef* et de la poule.

Bref… Dans ce marasme, il y a quand même une petite question que je me pose. Non, pas celle du débat sur la liberté d’expression version UMP-loppsi-Zemmour ! Qu’ils débattent sans moi, je n’ai pas envie d’y perdre mes pinceaux plus longtemps.

Mais à l’heure des bouleversements qui traversent aujourd’hui nombre de pays dit musulmans, et qui semblent bien plus à voir avec des revendications de liberté que de religion, est-il bien opportun, utile, voire intelligent, de se poser chez nous des questions d’identité, de multiculturalisme, de racines ou de place de l’islam ?

Je me permets d’en douter très fort. Outre qu’il y a d’autre sujets bien plus existentiels, cela me fait un peu penser aux frasques MAMaires en Tunisie… quelque peu à côté de la plaque, comme on dit.

Et tiens, la plaque, ça me rappelle d’ailleurs une histoire d’oeuf. Avez-vous déjà regardé le nombril de l’oeuf ? Sans casser l’oeuf, il faut bien le dire, c’est très compliqué. Si quelqu’un me donne la recette, en échange, je lui explique le miracle de l’oeuf dur à cuire…


Et pour la révolution ? Attendez, je cherche mon jeu des sept erreurs ! *A vous de jouer…


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