Tchernobyl raconté aux enfants.

Posted on 12 mars 2011

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C’est étrange la vie, parfois. Hier, j’ai terminé une journée de montage éprouvante sur un film éprouvant lui aussi. J’ai donc ouvert la presse pour me changer un peu les idées. Et bling, tsunami au Japon, au moins mille morts… Bon, dans mon film, les convois vers la mort comptent généralement mille personnes, et mille morts probables. Mais va savoir pourquoi ce chiffre de mille. Sans doute, tout simplement, parce qu’un fonctionnaire nazi zélé pensait qu’un décompte à partir de chiffres ronds était plus facile à réaliser. Ainsi va la vie, ainsi va la mort…

Bref, au moins mille morts au Japon, chiffre provisoire… Pas vraiment de quoi me remonter la patate ! Je vais donc voir l’article qui pagine à côté, et je tombe sur, « Kadhafi menace Sarkozy de la révélation d’un grave secret » qui risque d’entraîner sa chute. Voilà de quoi me redonner la pèche, sauf que l’article ne nous apprend rien d’autre. Pour la révélation, il faudra attendre la saison des mures.

Et comme dans un autre article, on me propose d’aller voir le séisme japonais et sa vague géante en vidéo, ce qui ne va sans doute pas me redorer la poire, je passe au suivant qui me dit que « Sarkozy exclut toute alliance avec le FN, mais ne veut pas le dire trop fort »… Comme cette alliance UMP-FN fait un peu figure de déferlante en ce moment, je doute de m’instruire beaucoup, mais je lis quand même. Et bien m’en a pris, je m’es instruit, tout autant que lors de la guerre des boutons.

« La société est dans un mouvement de balancier qui l’a déportée sur la droite », aurait expliqué notre Vénéré à ses convives (pas de jeu de mots, svp). « L’UMP doit être un point d’équilibre central, ce qui ne veut pas dire centriste. » Et, cerise sur le gâteau, « je suis bien content de n’avoir pas écouté les grognons », leur aurait-il encore expliqué.

Bon, ce ne sont que des bruits de couloir, mais comme c’est écrit dans Libération, j’y souscris un peu.

Oui, je sais, on va encore me taxer de godwinage, mais la « déportation sur la droite », ça me rappelle de drôles de choses.

Tiens en juin 1941, par exemple, un certain maréchal des familles nous expliquait que « Français, vous avez vraiment la mémoire courte. Croyez moi, le moment n’est pas venu de vous réfugier dans l’amertume ou de sombrer dans le désespoir. Vous n’êtes ni vendus, ni trahis, ni abandonnés. Ceux qui vous le disent vous mentent et vous jettent dans les bras du communisme. » Et même que « Rappelez-vous surtout que vous êtes des hommes, des hommes d’une vieille et glorieuse nation. Ressaisissez-vous. Chassez vos alarmes. Venez à moi avec confiance. Tous unis, nous sortirons de la nuit où nous a plongé l’affreuse aventure. »

Moins d’un an plus tard, le premier convoi partait de Compiègne vers Auschwitz, déportant 1112 hommes vers la droite de ma carte de l’Europe, et vers un certain « détail » de l’histoire, comme se plaisent à le dire certains droitistes… Le compte rond des milles sera quelque peu dépassé, et pour le « détail », seuls 19 de ces hommes survivront. Le comptage sera bien respecté pour le second convoi. Dans le troisième, outre 933 hommes, il y aura 66 femmes. Dans le sixième, il y aura 24 jeunes garçons et jeunes filles âgés de 12 à 17 ans. Dans le septième, il y aura 530 enfants de moins de 16 ans, dont 92 âgés de deux à cinq ans. Dès l’arrivée de ce septième convoi à Auschwitz 375 déportés seront gazés… Et c’est un certain Pierre Laval qui a demandé aux nazis la déportation des enfants… Le dernier de ces convois partira de Drancy vers Buchewald le 17 août 1944, huit jours avant la libération de Paris.

Alors oui ! Le joli balancier qui déporte vers la droite, on connaît l’histoire… Aujourd’hui, les wagons à bestiaux sont remplacés par des charters et il n’y a pas nécessairement de crématoires à l’arrivée. Mais les mots sont les mêmes.

« Français, vous avez vraiment la mémoire courte… »

Bref, risquant par trop la sinistrose, j’ai fini par zapper. Et ne m’étant pas rasé depuis quelques jours, j’ai décidé d’y aller de mon blaireau.


Du coup, je me suis retrouvé tout beau tout neuf ce matin. J’ouvre donc la presse, et… suite au tremblement de terre, plus de 1400 morts et disparus au Japon et explosion dans une centrale nucléaire… Et juste en dessous, « Sarkozy plaide pour le Rafale » au Brésil.

Un rafale, contrairement à sa consoeur féminine, ce n’est pas un coup de vent, c’est juste un aéroplane destiné à te balancer des bombes à la gueule, et pourquoi pas des nucléaires d’ailleurs.

Alors franchement, lorsque j’entends qu’une centrale nucléaire explose au Japon et que notre Vénérable fait le forcing pour vendre des porte-bombinettes… Je me pose vraiment la question de l’opportunité (ceci-dit pour être sympathique).

Tiens, il paraît que suite au séisme japonais, l’axe de la terre s’est déplacé de 10 centimètres ! Mais on ne dit pas en quel sens, et pour l’axe de nos politiques… Je laisse chacun juge.

A droite toute ! Paraît-il ! Mais…

« La société est dans un mouvement de balancier qui l’a déportée sur la droite »…

Désolé, M’sieurs’Dames, mais c’est quoi ce délire ? Même à mon rendez-vous quotidien du café du commerce, où tout un chacun va acheter son ticket de loto comme l’on s’achète une carte de l’UMP ou du FN, je n’entends pas de telles sornettes. Et je ne parle plus seulement de l’ineptie du choix des mots. Mais de la prétention au (ou du) contenu.

Pour la prétention « au » contenu… Si j’avais entendu ces mots au café du commerce justement, j’aurais sans doute zappé. Après tout, le nombrilocentrisme est l’apanage du quidam aussi ordinaire que moi, qui, pendant cinq minutes, va tenter d’expliquer à son ami Ricard qu’il n’est pas si ordinaire que cela. Et cela peut même parfois être touchant.

Mais pour la prétention « du » contenu… Lorsque de tels propos émanent de la bouche d’un personnage sensé… Oui, sensé quoi ? Diriger, gérer, organiser, présider… la vie de 60 millions de quidams ordinaires dont je suis… J’ai un peu l’impression, en contemplant mon ami Ricard, que je vais me noyer tout au fond de son verre.

Un certain Louis, dont je ne ferai pas le détail du nombre, nous disait que l’état c’était lui. Aujourd’hui, c’est au tour d’un certain Nicolas de nous enseigner que la société c’est lui. Et que lorsque son balancier le déporte sur la droite, c’est toute la société qui s’y déporte aussi.

En quittant mon ami Ricard après mes cinq minutes de nombrilocentrisme, je file donc voir mon psychanalyste, et, tout en larmes, je lui demande de m’expliquer pourquoi, lorsque certains balanciers balancent vers la droite, le mien oblique systématiquement vers la gauche, et la gauche de la gauche, et plus à gauche encore, quitte à faire du 360 degrés.

Cultivé comme savent parfois l’être les psys (et les navets, les courges et les patates), mon analyseur de neurones me fait alors comprendre qu’il me faudrait un peu redescendre sur terre où la société, justement, est faite de courges, de navets, et même d’andouillettes, et qu’au delà de mon nombril, c’est précisément ce qui la constitue, avec toutes leurs différences.

De retour chez moi, je tente de méditer un peu. Mais la pataphysique ne me permet pas de comprendre pourquoi l’axe de la terre s’est déplacé de 10 centimètres alors que mon nombril est toujours à sa place. Je réallume donc mon ordinateur qui m’apprend que 10.000 personnes sont maintenant portées disparues au Japon… Qu’au second tour de la présidentielle de 2012, le choix est encore ouvert entre un duel entre la marine nationale et le patron du FMI, ou entre la nationale marine et notre Vénéré. Et que notre Vénérable bataille toujours ferme au Brésil pour vendre ses aéroplanes à bombinettes.

Quant à la centrale nucléaire japonaise… Il faudra sans doute attendre le nuage… A moins qu’une rafale…

Et alors ? Ben oui, et alors…

P.S. On pourrait parfois se demander quels rapports il y a entre les ravages des hommes et ceux de la nature… Mais c’est bien évidemment hors sujet !

 

Et pour la révolution, voyons voir si Zorro revient !

 

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Posted in: Raz-le-bol