C’est la merde !

Posted on 15 mars 2011

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Oui, c’est vraiment le merde parfois.

Lorsque j’ai écrit ce petit billet, j’écoutais le JT de Francesarkovision 2 m’expliquer qu’un bled du nom de Cul-de-sac de l’Aude était inondé, que les sbires de Kadhafi étaient en train de reprendre le pouvoir en Lybie et que le monde ne bougerait pas, qu’un de nos députés s’était rétabli de son cancer et que ses copains députés, après l’avoir ovationné, nous faisaient la minute de silence en mémoire aux morts de la tragédie japonaise.

Rien de bien réjouissant en somme. Pas même un comique de l’UMP pour y aller de son bon mot. Quant à la marine nationale, je n’ai aucune envie aujourd’hui de savoir de quel côté elle dirige ses chars d’assaut (j’ai failli dire ses charmes d’assaut).

Et pourtant, j’aurais bien besoin d’une petite cure de Bux Bunny, ou d’un bon comique à te faire découenner la panse (et la pense aussi) en pissant de rire.

Je débute une seconde semaine de montage sur un film où il me faut abstraire que je compte les morts de la barbarie humaine secondée par un Etat bien Français, qui se rappelle un peu trop à mon souvenir aujourd’hui. A côté, mon petit écran me fait presque en instantané un détail de ce que l’ineptie humaine nous réserve encore, en nous déclinant à toutes les sauces (même les plus indigestes, mais j’y reviendrai demain) un cataclysme nucléaire au présent.

Et en direct, je reçois en pleine figure la nouvelle de la mort d’une jeune femme de 27 ans, morte en l’espace de quelques jours suite à un arrêt cardiaque auquel rien ne la préparait, auquel rien ne préparait ses proches.

Alors je ne sais que dire. Mon Bux Bunny reste au placard. Et dans l’échelle de la souffrance, de la douleur, de l’ineptie, ou de la barbarie, je ne sais à quel barreau me poser.

Il y a des jours parfois, c’est vraiment de la merde.

Cette jeune femme s’appelait Barbara, parce que ses parents adoraient cette chanteuse. Mais dans ce marasme, c’est plutôt à la Barbara de Prévert qu’elle me fait penser.

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même jour-là
N’oublie pas

Un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N’oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal
Sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

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