Tchernobyl raconté aux… suite

Posted on 17 mars 2011

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Si j’ai titré mon dernier billet d’humeur « Tchernobyl raconté aux enfants », c’est que j’étais d’humeur badine. C’était samedi, il faisait un beau soleil de presque printemps, et je n’avais pas envie de titrer « Tchernobyl raconté aux crétins, aux couillons, aux idiots, aux imbéciles, et que sais-je encore… » Ce que pourtant je pensais très fort. Et je n’avais pas encore vu la merveilleuse prestation de mon ministre préféré (que je ne nommerai pas, par égard à certains animaux), accompagné d’une ministresse des jouets, et de quelques scientifiques, nous expliquant que non ! Vraiment pas ! Tchenobyl n’est pas situé au Japon ! Que le Japon c’est tout beau tout propre, et pas soviétique pour un sou ! Et qu’une explosion dans une centrale nucléaire japonaise, c’est certes un incident grave, mais en aucune façon une catastrophe. Et comme en bon républicain que je suis, je pense encore que la vérité sort toujours de la bouche d’un ministre…

Bref, j’ai biaisé, comme l’on dit lorsqu’on a un cheveu sur la langue, un poil dans la main, ou une araignée sous le plafond. Et que l’on se refuse à confondre les bouches d’égouts avec celle du dégoût.

Mais dimanche déjà, je lisais que « le gouvernement japonais a reconnu que les techniciens ne savent pas exactement ce qui se passe au coeur des réacteurs » de leurs centrales nucléaires.  Et qu’un habitant de Fukushitruc,  y allait de son, « je vais prier pour que la centrale nucléaire n’explose pas ».

Lundi, je lisais que le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique, un monsieur sensé (ou censé, c’est selon) s’y connaître un peu, nous déclarait que nous étions face à « une tragédie aux dimensions cataclysmiques ». Et qu’il « s’agit de l’une des plus grandes catastrophes naturelles (sic) du monde moderne, dont toute l’étendue reste incertaine ». Et le monsieur, un japonais pourtant, va même jusqu’à présenter ses « plus profondes condoléances » au peuple et au gouvernement japonais.

D’accord, il paraît que l’on ne peut pas plaisanter de tout – surtout depuis quelques temps d’ailleurs. Mais lorsque je présente mes « plus profondes condoléances » à quelqu’un, ce n’est généralement pas glop du tout. Et que le quelqu’un en question vient de perdre sa mère, terrassée par une crise cardiaque, son père bouffé par le crabe, sa petite soeur dans un accident de bagnole, et le reste de sa famille dans un accident d’avion. S’il n’y a pas eu accident d’avion, je présente mes « profondes condoléances », et si la petite soeur a été sauvée par l’airbag, je ne présente que mes condoléances. Il faut savoir respecter les convenances, quand même.

Oui, je sais, à chacun ses us et ses coutumes (sujet à la mode en ce moment), et l’on me dira qu’entre les « condoléances » japonaises et les miennes, il peut y avoir la mer à boire. Ce qui est totalement vrai, la kamikazerie ou la pratique de l’hara-qui-rit, n’entrant pas dans mes perspectives.

Et d’ailleurs, entre les us américaines et les miennes, il y a aussi un océan. « La Maison Blanche exprime sa « confiance » dans la capacité de l’économie du Japon à surmonter l’épreuve du séisme et du tsunami », pouvait-on encore lire dans le Nouvel Obs.

Il est vrai qu’à ce jour l’on ne sait toujours pas qui inventé la roue…

Tiens lundi soir encore, j’entendais Anne Lauvergeon, partronesse du nucléaire made in cocorico nous parlait de « design nucléaire »… Comme l’on parlerait du joli design d’une cruche.

Mardi, je lisais que l’Union Européenne « qualifiait l’accident nucléaire japonais d’apocalypse ». Et mercredi que le commissaire européen à l’énergie estimait que suite à une « véritable catastrophe », le destin du Japon était maintenant « entre les mains de dieu »…

Bref, je résume. Samedi, on nous a bel et bien pris pour des crétins. Dimanche, on nous a pris pour des couillons, lundi pour des idiots, mardi pour des imbéciles… Et aujourd’hui… Oui, aujourd’hui, avant que l’on ne se fiche vraiment de ma poire ou qu’elle soit totalement contaminée, je me dépêche de la bouffer.

A moins que… Il y a 25 ans, on nous expliquait qu’un joli nuage soviétique s’était miraculeusement dévié juste avant de passer nos frontières… Demain, Monsieur B. (oui, celui avec un nom imprononçable) nous expliquera peut-être qu’il nous faut réapprendre à souffler… Très fort…

En 1989, Akira Kurosawa, réalisait Dreams (Rêves) avec des images prémonitoires.

………………………

Le 11 août 2007, le sismologue Ishibashi Katsuhiko, professeur à l’université de Kobe écrivait, « à moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche. »

Et lorsque je lis qu’en 2002, l’entreprise Tepco, qui exploite les centrales japonaises à boum-boum, a été au centre d’un scandale après avoir falsifié des documents d’inspection pour dissimuler des problèmes survenus sur certains de ses réacteurs. Le PDG, le vice-président et le président du conseil d’administration durent démissionner en chœur. La falsification concernait au moins trois incidents qui affectaient déjà les centrales de Fukushima et de Kashiwazaki-Kariwa…

Je me dis que nos amis de la Maison Blanche ont bien raison de faire confiance aux « capacités de l’économie » nippone…

Lorsque je lis que notre brave ministresse des joujoux (écologiques ou médiatiques, va savoir) qui nous expliquait samedi que, circulez, il n’y a rien de grave, nous dit aujourd’hui qu’elle craint une « catastrophe nucléaire ». Et que la gentille patronne du nucléaire cocorico, a remballé son « design » pour nous parler d’urgence absolue et, elle aussi, de catastrophe…

J’en viendrais presque à me poser la question de la place des crétins, des couillons, des idiots ou des imbéciles dans ce monde…

To be or not to be, se demandait un certain Hamlet en contemplant un crâne, et Descartes y allait de son « je pense donc j’essuie » en admirant sa serpillère. Dès demain, moi, je vais réapprendre l’art du soufflage à vide.

Bon tchernobyl à tous…

Merci à Dino pour m’avoir rappelé ce film.

 

Et pour la révolution… Demandez le donc à ma poire !

 

 

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Posted in: Merdialisation ?