La prolophobie a-t-elle un avenir ?

Posted on 7 avril 2011

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Le néologisme n’est pas de moi, et on ne le trouve pas dans l’Humanité ou Lutte Ouvrière pour qualifier l’attitude de certains patrons ou, comme l’on disait au bon vieux temps, de certains politiques « valets du capitalisme ». Non, on pouvait le lire dans Paris Catch, l’hebdromadaire que l’on trouve généralement dans la salle d’attente du dentiste, et qui est censé vous faire rêver lorsque vous entendez le patient qui vous précède hurler sous la roulette de l’arracheur de dents.

Moi, je ne lis pas Paris Catch (même chez le dentiste où je choisis plutôt Voici-Voilà – à chacun ses goûts), c’est donc dans Rue 89 que je l’ai découvert. Rue 89 qui nous expliquait il y a quelques jours, que ce néologisme émanait d’un certain Patrick Buisson, éminente éminence grise de notre Vénéré, et notamment « ancien journaliste à l’hebdomadaire d’extrême droite Minute« . (Je ne savais pas qu’il y avait des journalistes à minutes, mais bon, ce n’est pas le scoop du jour, ni le sujet).

Et d’ailleurs, je n’ai aucune envie de parler des buissons aujourd’hui, ni de ce qui se cache derrière, encore moins des minutes de l’extrême droitisme. Il paraît que l’antisarkozysme rend fou (dixit un autre conseiller de notre Vénéré). Je le suis déjà suffisamment de nature, inutile d’en rajouter une couche.

En fait, je n’ai pas la moindre envie de parler de politique aujourd’hui.

L’autre jour, en allumant la télé, je suis tombé sur un gouachiste en costume-cravate-rouge qui nous parlait de « médiacratie », alors que son seul propos était de se mettre en avant face aux caméras. C’était si affligeant que j’ai failli en vomir mon poisson d’avril. Et que je tairai le nom du monsieur qui se termine en « on », comme celui de mon poisson, (et celui d’un autre transfuge du parti socialiste, dont je tairai le nom aussi). Aux Guignols de Canal+, on le surnomme Mémé… et Blanche Neige l’appellerait Grincheux.


Bref, le poisson d’avril est passé, et il paraît que cela n’arrive qu’une fois par an. Sauf que j’ai un peu l’impression d’en manger tous les jours, et d’en manger un peu plus chaque jour.

Mon sujet du jour sera donc la « prolophobie », et rien que la prolophobie.

« Le mépris dans lequel les tient (qui ? les prolos) la classe dirigeante a quelque chose de sidérant. Nos élites sont mues par une invraisemblable “prolophobie” dont elles n’ont parfois même pas conscience. » Dixit monsieur Patrick Buisson.

Curieux que je suis, je me fais avant tout une petite revue du web en tapant « prolophobie » sur Gogole.

Et, première surprise le Gogole en question m’affiche 17.700 résultats.

Seconde surprise, j’apprends que ce bon mot n’est pas une création du « conseiller » de notre Vénéré, mais un presque copier-coller d’un article paru dans Marianne le 13 octobre 2009. Article citant des extraits du livre « Recherche peuple désespérément » de Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, deux intellos semble-t-il plutôt gauchisants (désolé, je n’ai pas lu le livre) qui montrent comment une certaine gauche ignore la classe ouvrière. Je cite, « parfois au prix d’une prolophobie de plus en plus évidente. »

Et je presque copie-colle moi-même : « Il y a derrière ces clichés (sur la classe ouvrière) une forme de prolophobie de la part d’une partie des élites françaises. » Dixit nos deux intellos de gauche qui viennent d’ailleurs de récidiver dans un autre livre (que je n’ai pas lu non plus) « Voyage au bout de la droite » où ils nous expliquent que pour briser le développement d’un « imaginaire droitier » la gauche doit se déboboïser et « rompre avec la prolophobie, arrêter de traiter tout le monde en Dupont-Lajoie ou Lacombe Lucien, éviter de sortir le mot populisme à tout bout de champ. »

D’où je déduis que notre vénérable « conseiller » a de saines lectures et pas uniquement celles des minutes.

Troisième surprise, j’apprends que le « conseiller » de notre Vénéré n’est pas son « conseiller », puisqu’il n’est qu’un conseiller « officieux ».

D’où je déduis enfin que je puis allègrement taper dans le tas (de buisson(s) ou de fumure(s), comme le dit l’expression consacrée, à vous de choisir).

Bref, c’est quoi la prolophobie ?

Le prolo, je connais un peu, pour être tombé dedans quand j’étais petit. Même que chez moi « l’ite missa est » du dimanche était remplacé par la vente de l’Humanité sur les marchés et par l’incontournable formule « prolétaires de tous pays, unissez-vous ». Et il y a bien longtemps que j’ai vu le prolo dériver du parti communiste vers le front national.

La phobie, je connais un peu aussi. Et même beaucoup, parce que j’en ai plein. Tiens la sarkophobie par exemple… Mais passons !

Ouais, la phobie, va savoir pourquoi, cela vient du grec phobos qui, avant de désigner un satellite non éclairant de Mars, désignait un fils de l’Enfer semant l’effroi sur son passage.

Et d’ailleurs il existe une photophobie qui est la peur de la lumière, et une achluophobie qui, elle, est la peur de l’obscurité, qui elle-même équivaut à la kénophobie (à ne pas confondre avec la xénophobie).

Je ne vous ferai pas la liste de toutes les phobies, on la trouve sur Gogole, mais certaines méritent le détour.

L’eibohphobie, par exemple, est la peur panique des palindromes (qui sont des néologismes humoristiques), ce mot étant lui-même un palindrome. Ce qui signifie en gros que si vous lisez le mot « eibohphobie » à l’envers, primo, en lisant le même mot, vous risquez le comique de répétition, et deuxio, que vous n’êtes donc pas eibohphobique puisque vous n’avez pas eu peur de le lire.

Il existe aussi la cumulophobie qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’est pas une hantise politique à l’égard du cumul des mandats. Non, il s’agit simplement de la peur des nuages. Et la puritanophobie qui n’a rien à voir avec le puritanisme, c’est uniquement la peur de se gratter en public.

Il y a encore une blemmophobie, qui est la peur du regard des autres. Une phobophobie, qui est la peur d’avoir peur. Mais je ne sais pas s’il existe une autoimbécilophobie qui serait la peur de passer pour un imbécile. En politique, en tous cas, elle n’existe pas.

Quant à la prolophobie, si elle existe depuis peu de gauche à droite, elle n’est répertoriée dans aucun dictionnaire à ma connaissance.

Dites moi si vous êtes prolophobe, et je vous dirai qui vous êtes !

C’est ainsi que je voulais intituler ce billet d’humeur. Mais cela ne fonctionne pas, n’importe qui traitant l’autre de prolophobe, uniquement pour nous montrer qu’il a des lettres. Tiens, selon Arnaud Montebourg, « La prolophobie, elle est à l’Elysée ! « 

Mais trêve de plaisanteries, c’est le grand jour cette semaine. Après des mois de tergiversations, la gauche en rose nous a enfin livré son programme. Si une chose est sûre, c’est qu’il n’est pas capitalistophobe. Alors oui, la prolophobie a sans doute encore un avenir. Et un bel avenir devant elle.

Bref, passons !

Faute de définition, on dira donc que la prolophobie est le contraire de la prolophilie. Ce qui nous fait une belle jambe, celle-ci n’étant pas mieux définie que l’autre.


Quoi que… Lorsque je fais une recherche sur Gogole, pour prolophilie, il ne m’affiche que 79 résultats. On devrait donc s’y retrouver plus facilement.

Et en effet, sous la plume de Franck Nouchi, je lis dans Le Monde, que « la lutte des castes et la prolophilie » sont devenues l’alpha et l’oméga du sarkozysme…

Si j’entends bien mon décodeur, cela signifierait que « lutte des castes » et « prolophilie » soient du même bord. C’est à dire que le castrophile soit aussi prolophile. A moins que ce soit le castrophobe qui ne soit prolophile.

Sauf que j’y perds un peu mon latin et mon grec avec. Pour moi, le castrophile, ce serait plutôt le genre de mec qui émarge au CAC 40, et qui serait donc très prolophile avec son porte monnaie, mais très prolophobe avec celui de ses employés.

Quant au castrophobe, si je n’étais pas aussi classophobe, je pourrais m’en revendiquer. Et dire que c’est plutôt l’employé du castrophile qui émarge au CAC 40 et dont le porte monnaie se fait prolophobiser chaque jour.

En résumé, si j’ai bien compris, je ne fais vraiment pas partie des élites, n’ayant aucun sens de la « prolophobie », pas plus que de la « prolophilie ». Par contre, la prophylaxie, je sais ce que c’est. Même et surtout en politique.

Tiens, à propos de prophylaxie, je viens de lire que notre nouveau ministre de l’intérieur est très prolixe en ce moment. Surtout en ce qui concerne l’immigration. Dois-je en déduire qu’il soit prolophile ?

« Avant 2001, la France ne reconduisait dans leur pays d’origine que 8000 à 9000 personnes en situation irrégulière. Aujourd’hui c’est environ 30.000. Les socialistes régularisaient 80.000 immigrés en situation irrégulière. Aujourd’hui on ne régularise environ que 2000 personnes par an. (…) En 2011, j’ai fixé un objectif de 28.000 reconduites à la frontière. Très franchement, j’espère que nous ferons plus. » Dixit Monsieur Guéant.

Si c’est cela la prolophilie, alors oui, je suis résolument prolophobe. Comme quoi, c’est ben vrai, comme aurait dit la Mère Denis, l’antisarkozysme nous rend vraiment fous… Fous aliens, comme le diraient les vénusiens.

Concernant le prosarkozysme… Je ne me prononcerai pas ! Ce qui ne m’empêche pas de penser martien.

Phobos donc ! Revenons à lui, ce fils de l’enfer qui semait l’effroi sur son passage. Il avait pour frère Déimos qui, lui, semait la terreur sous ses pieds, avant de se transformer lui aussi en satellite non éclairant de Mars.

Loin de moi l’idée de passer pour un satellite éclairant de quoi que ce soit. Mais si la course à l’éclairage doit se poursuivre ainsi pendant un an encore, c’est dans une sorte de déimophobie que nous allons sombrer, un effroi de la terreur. Et si je reviens sur terre et que j’omets le « i » de mon Déimos, j’ai bien peur que nous ne soyons déjà dans une démophobie…

A jeux de mots, jeux de mots et demi… Mais de même que la kénophobie n’est (presque) pas à confondre avec la xénophobie, j’espère que la démophobie ne se confondra pas avec la démocratie.


 

Dis tonton, tu pourrais mettre à jour ton décodeur !

C’est pour quand la révolution !

 

P.S. En postant ce billet d’humeur, je lis qu’un nouveau tsunami est à redouter au japon. Comme quoi tout est vraiment relatif ! Et le mot est bien faible !

 

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