J’ai perdu mon neuf et le papillon avec

Posted on 23 avril 2011

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Mon pensum ideum (ne cherchez pas la traduction, j’invente) est en panne sèche. A force d’entendre ou de lire les mêmes sottises chaque jour, et de voir qu’en dépit de tout elles se répètent (et se répandent), j’ai l’impression de devenir moi-même totalement idiot. Et pourtant, « jour », si vous faites une toute petite faute, cela peut très vite se transformer en « jouir ». Mais il faut croire que le jouir du jour devient de plus en plus abscons, si abscons en tout cas que je ne le comprends plus. Quant au jour du jouir, m’est avis qu’on l’enterre chaque jour.

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle… » Du temps de Beaudelaire, le spleen donnait matière à poésie. Aujourd’hui, cela donne sujet à de vieilles casseroles.

Bref, c’est ouiquend de Pâques, et j’ai perdu mon neuf !

Personnellement, je n’en ai rien à secouer de Pâques. Chacun est libre de religionner comme il veut, du moment qu’il me laisse libre d’irreligionner comme je veux. Le seul truc que je trouve bien à Pâques, c’est que cela tombe immanquablement un lundi, et que l’on est donc sûr d’avoir un ouiquend prolongé. Ce n’est pas comme le premier mai qui varie d’une année sur l’autre et tombe cette année un dimanche. Et d’ailleurs, n’ayant que les horaires que je me fixe, même de cela je me fiche. Libre à moi de poser mon premier mai le deux, ou même le trente deux, mais surtout pas le vingt deux de peur de voir arriver les argousins.

Mais revenons à nos oeufs de Pâques. La laïcité, on nous en rabat les oreilles jusqu’au pompon de la marine, en ce moment. Et comme j’ai déjà dit ce que je pensais de ce débat nauséabond, je n’y reviendrai donc pas. Mais je note simplement que personne, semble-t-il, ne songe à supprimer les fêtes religieuses de notre calendrier des fêtes nationales.

Franchement, fêter la résurrection du petit Jésus, que ceux qui veulent y croire la fêtent, après tout, ça les occupe tout autant que de faire du tricot. Mais moi non ! Et de savoir que dans quelques jours je vais aller défiler pour fêter le jour du travail qui, je le répète, tombe un dimanche cette année. C’est à dire le jour du seigneur. Et que je vais m’y retrouver au côté de CGTistes qui, cinq jours plus tôt, chômaient pour les cloches du bon dieu, cela me fait un peu marrer, je dois dire.

« Une cloche sonne, sonne… » chantaient il y a bien longtemps certains Compagnons au sourire béat. Auxquels Edith Piaf répondait :
« Ne tremblez pas coeurs fidèles
Dieu vous fera signe un jour
Vous trouverez sous son aile
Avec la Vie Éternelle
L’éternité de l’amour… »

Moi, j’ai parfois envie de chanter que ce sont vraiment les cloches qui sonnent ! Mais comme je chante aussi mal qu’un coucou égaré dans la steppe, je m’abstiens. Et d’ailleurs, je préfère nettement l’Internationale, mais chacun ses goûts.

Ouais ! « Quand le ciel bas et lourd… » Et quand je vois la Seine couler sous les ponts…. Je croule aussi ! Comme le dirait un mauvais rimeur de slam.

Tiens, je viens de lire un truc hautement culturel, puisqu’émanant du ministère de la culture justement : il faut patrimoiner « l’existence factuelle d’une pratique et d’un développement alentour d’un certain nombre d’éléments de nature culturelle… »

Si votre curé vous sort ce genre de phrases à la messe de Pâques, soit vous vous demandez s’il n’a pas un peu trop forcé sur le vin de messe, soit vous vous empressez de lui biser l’index.

Mais comme cela n’émane pas du ministère des cultes (celui-ci relevant de celui des poulets), mais du ministère de la culture (très calé en matière de viticulture) et précisément un vendredi de Pâques, vous êtes en droit de vous demander si lui aussi n’a pas un peu trop forcé sur le vin de messe, et s’il ne va pas inscrire les cocos de Pâques au patrimoine national.

Et bien non ! C’est la tauromachie que le ministère de la culture vient d’inscrire au patrimoine national ! Cette pratique extrêmement drôle, humaine et salutaire, qui consiste à transformer un taureau en steak vivant et bien saignant, avant de lui couper les ouilles et les oreilles à la plus grande joie de quelques ouailles salivantes dans une arène.

Lorsque je lis cela, j’ai presque envie d’aller à la messe de Pâques, et même au confessionnal. Et comme ce que je dirai, le sera sous le coup du secret de la confession, personne n’aura le droit d’y redire.

Dis curé, j’ai envie de couper des ouilles moi aussi, c’est grave ?
Les ouilles de qui ?
Ca je ne peux pas le dire, sinon je vais me faire censurer. Mais je le pense très fort.
Si ce n’est qu’en pensée alors, non ! Ce n’est pas grave. Récitez-moi un Pater Noster.

Et aussitôt je m’exécute.

Notre père qui êtes aux cieux, restez-y…
Vous y êtes bien plus tranquille qu’ici bas !

Quant à mon papillon… Ben ! Euh ! Saint Pierre à dû me le piquer en route !

Et pour la révolution ? On verra peut-être le premier mai… Mais…

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