Le fion de l’air est frai(se)…

Posted on 30 avril 2011

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Tout le monde connait mon cul, pardon Montcuq, sa raie et son célèbre poil, pardon poêle, rendu célèbre, justement, par Daniel Prévost dans l’émission Le Petit Rapporteur. Mais qui connaît Le Fion, en dehors de ses riverains ?

Moi, je ne connaissais pas, je dois dire, ce petit trou du cul du monde situé sur la route d’Abondance quelque part en Savoie. Mais je viens de le découvrir grâce à un web journal, La Voix des Allobroges, que je feuillète de temps en temps lorsque les sites des grands médias nationaux me servent une imbitable soupe – ce qui est le cas aujourd’hui. Et l’on en apprend parfois bien plus sur ces petits web magazines que sur la Une de LibéObs.

Tiens, par exemple, que Le Fion est situé entre deux collines. Ou encore sur la perception que certains procureurs se font de la liberté en général, et de celle de la presse en particulier.

Pour résumer, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais à l’automne 2010, ça chauffait dans les rues pour cause de saccage, pardon de réforme des retraites (ce qui ne nous a pas évité de l’avoir dans le fion). Et cela chauffait jusqu’à Chambéry où quelques malveillants syndicalistes eurent la malencontreuse idée de bloquer la gare, provoquant ainsi des perturbations du trafic. Ce qui serait passé totalement inaperçu partout ailleurs vu la fréquence des retards des trains. Mais il faut croire qu’à Chambéry, les trains sont ponctuels, puisque la SNCF a décidé de porter plainte contre ces malotrus.

Et, va savoir pourquoi, parmi eux figurait un journaliste bénévole de La Voix des Allobroges, armé d’une redoutable caméra et d’un micro entre les dents.

Le web journal local ne fonctionnant pas à la recette, mais au bénévolat, le journaliste reporter n’avait évidemment pas de carte de presse. En dépit de ses nombreux reportages publiés sur le site, il s’est donc retrouvé au côté des manifestants devant le tribunal correctionnel.

Et ce qui aurait pu n’être considéré que comme une petite erreur policio-judiciare aurait théoriquement dû s’arrêter là. Le journaliste ayant été relaxé pour « absence d’intention délictuelle (…) particulièrement flagrante » par le tribunal qui ajoute et précise qu’il « ne faisait que recueillir l’information constituée par cet événement et n’y participait aucunement sauf à ce que l’on remette en cause le rôle éminent de la presse dans une société démocratique de communiquer dans le respect de ses devoirs et de ses responsabilités des informations et des idées sur toutes les questions d’intérêt général. »

Mais non ! Mais non ! Faisant fi de cette décision du tribunal, le parquet a décidé de faire appel et le journaliste allobrogien se retrouvera donc à nouveau devant un tribunal.

Et alors ! Ben oui, et alors ?

En dépit de mon ton badin, le message que nous adresse le parquet de Chambéry est grave. Outre qu’il met en péril l’existence de ce petit média indépendant. Il signifie que si vous vous retrouvez au milieu d’une manif muni d’une caméra ou d’un appareil photo sans carte de presse, l’on peut d’office vous assimiler à un manifestant.

Exit donc du témoignage du simple quidam qui se trouverait là par hasard. Exit du témoignage du blogueur qui exerce son droit de regard en amateur. Exit du témoignage du journaliste débutant.

Mais aussi exit du témoignage de bon nombre de ceux dont c’est la profession de témoigner, mais qui n’ont pas pour autant de carte de presse. Exit par exemple du témoignage du documentariste qui suivrait une usine en grève et se retrouverait au milieu d’un coup de force, il pourra se retrouver assimilé aux manifestants et procréïsé. Si les grévistes s’avisent à séquestrer leur patron, posez votre caméra et allez voir à votre hôtel si la télé fonctionne ! Bref, circulez, et allez donc voir ailleurs si j’y suis !

Bon, il paraît que c’est premier mai demain. Jour traditionnel de manifs. Alors s’il vous plaît, M’ssieurs dames, rangez bien vos caméras au placard…

Et sans aucun rapport, quoi que, sur le site La Voix des Allobroges, on peut aussi lire un entretien du journaliste procéïsé avec Serge Quadruppani à propos de son dernier livre « La politique de la peur » dans lequel je tire une petite phrase :

« Syndicats et partis défendent l’exploité en tant que tel, c’est pourquoi ils ne mettront jamais fin à l’exploitation. »

Grand sujet de méditation ! Et bon premier mai.

Et pour le guide de la révolution, je le demanderai à mes fleurs de muguet.

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Posted in: Bof Bof...