Gery can, or not ?

Posted on 2 mai 2011

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J’avais envie de parler aujourd’hui du petit scandale qui secousse le monde footbabalistique. Mais l’actualité m’a rattrapé. Et après tout, que l’on découvre aujourd’hui que les responsables de la baballe française cachent des nains dans leurs jardins. Quelle importance cela a-t-il face à l’évènement du jour. On a tué Ben Laden.

« Pour les victimes du 11 septembre, justice est faite », peut-on lire sur le Twitt de l’Elysée.

« Une nouvelle qui me réjouit profondément. » Dixit Alain Juppé.

La bourse américaine va probablement « célébrer l’évènement ».  Celui-là est de Christine Lagarde.

Et je passe sur tous les commentaires zoizeux qui vont suivre !

Mais un fait me trouble. Si je ne m’abuse, contrairement aux Etats-Unis, la peine de mort a été abolie en France il a trente ans déjà (ou seulement). Evidemment, ils sont nombreux ceux qui souhaiteraient voir son rétablissement. Mais le fait est là.

Peut-on donc parler de « justice » en parlant de la mort d’un homme, comme on peut le lire sur le twitter de l’Elysée ? En a-t-on simplement le droit ? A-t-on aussi le droit de se réjouir profondément, comme le fait Alain Juppé ?

Je ne suis pas juriste et leur laisse la réponse, mais cela me choque profondément. En lisant ces mots, j’ai la nette impression d’entendre une apologie de la peine du talion, et de retourner directement trente ans en arrière.

Qu’une telle apologie provienne d’un Barack Obama selon qui aussi « justice est faite » alors qu’il n’affiche pas la moindre prétention à abolir la peine de mort dans son pays, je le conçois, mais… Qu’elle émane d’un berlusconnien selon qui il s’agit d’une « victoire du bien contre le mal », cela me fait un peu sourire, mais… Qu’elle soit prononcée par un premier ministre israélien selon qui c’est une « victoire de la justice et de la liberté », cela me fait nettement moins rire, mais… Qu’elle sorte de la bouche de notre Jean-Marine nationale pour qui la peine de mort doit être rétablie, je n’en dirai pas plus, mais…

Oui mais, justement, lorsque l’on se targue d’incarner « La » France et que l’on nous balance de « La » France à toutes les salades, il conviendrait tout de même de mesurer le poids des mots ! Désolé, messieurs-dames nos gouvernant(e)s, mais en « La » France, la mort d’un homme, quel qu’il soit, ne rime pas avec justice et réjouissances !

Il faut bien le dire, que Ben Laden soit allé porter son djihad en son paradis des kamikazes, cela ne me fait pas verser la moindre larme. Mais il serait peut-être plus judicieux de se demander qui a fabriqué des Ben Laden et qui continue de fabriquer des fils et petits fils de Ben Laden, Et qui fabrique et fait commerce des armes dont ils disposent, plutôt que de se réjouir (pompeusement, pardon) profondément, que « justice » soit faite.

Il est vrai qu’en ce moment de dérive extrême droitière qui sournoise insidieusement un peu partout – et jusque dans le monde du football qui rêve de réinstaller des quotas (négriers, pardon) binationaux, l’on peut s’attendre à tout. Mais si l’on ne demande pas à un entraîneur de foot de regarder plus haut que ses crampons. L’on pourrait s’attendre à un tout petit peu plus de hauteur de la part de nos chers gouvernants de « La » France, à moins que les paroles de cette gouvernance ne s’adressent qu’à ce qu’elle nomme badinement « La France d’en bas » – et de très bas dirai-je.

Alors un simple petit rappel. Si en « La » France de ces messieurs-dames la peine de mort a été officiellement (et bien tardivement) abolie le 9 octobre 2001, au moins 23 pays dans le monde la pratiquent encore allègrement. Et au moins 67 pays ont encore procédé à des condamnations à mort en 2010.

Et parmi ces pays ne figurent pas seulement ce que nos gouvernants de « La » France pourraient appeler « le monde d’en bas ». On y trouve en effet, dans les rangs de tête, les Etats-Unis qui, avec 46 exécutions capitales en 2010 et 110 condamnation prononcées, se placent respectivement à la cinquième place des exécutions effectuées et à la septième des condamnations prononcées.

Mais à réjouissances, réjouissances et demi comme l’on dit. Et si comme nous l’affirme Madame Lagarde, les bourses américaines vont fêter la mort de Ben Laden, en sabrant le champagne peut-être, on ne leur demandera pas trop quel bénéfice elles se font sur la vente des sabres… ni des guillotines et autres engins de mort.

Mais après tout, peu importe les mots, peu importe la manière, « que justice soit faite »… Oeil pour oeil dent pour dent, aurait pu dire un borgne. Ou, la vengeance est un plat qui se mange froid, aurait dit l’inventeur du frigidaire.

Je l’avoue humblement, je n’ai pas inventé le frigidaire. Mais la « justice » à coup de glaive, ce n’est et ne sera jamais mon truc.

Alors certes, que Ben Laden soit mort… Mais avant de se réjouir trop vite, attendons de voir où en sont ses petits. Et à moins que de vous prendre pour dieu le père, ne venez pas me parler de « justice », lorsqu’il ne s’agit de rien d’autre que de guerre et de barbarie, d’un côté comme de l’autre !

Quant à vous messieurs-dames les gouvernants de « La » France, sachez un peu en respecter les principes, à moins que nous ne partagions vraiment pas les mêmes rillettes, pardon, les mêmes valeurs.

En France, tout au moins, qu’elle soit « La » votre, ou la mienne, la mort d’un homme ne rime plus avec « justice » !

Dis rillette, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Merdialisation ?