Ben Laden était-il Géronimo ? Ou le cubisme à l’américaine !

Posted on 4 mai 2011

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En Turquie sur le net il n’y aura plus d’animal, de belle-soeur, de nu, de croustillant, de jupe, de feu, de fille, d’homosexuel, de confidentiel, de fait-maison, de confession, de lycéen, de partenaire, de blond, de trop gros (on ne sait quoi), de local, d’adulte, et… même d’interdit !

Fini aussi de l’histoire, comme de 138 autres mots interdits sur le net… Petit paradoxe de l’interdit interdit…

Et cela vous fait une belle jambe, me direz-vous. Ce en quoi, si vous n’êtes pas turcs, cela vous fait une belle cuisse en effet.

Par contre, si vous tapez Géronimo sur le net, vous allez être servis.

Oui, Géronimo, c’est le terme choisi pour désigner l’opération visant à l’extermination (le mot est du Nouvel Obs) de l’ex-ennemi public numéro un, Ben Laden. Et donc, de Ben Laden lui-même.

J’ai déjà dit ce que je pensais de la « justice » en cette affaire, et n’y reviendrai donc pas. Mais en parlant de « justice », je parlais aussi du choix et du poids des mots.

Je ne vous referai pas l’histoire de Géronimo, on la trouve partout. Mais le choix de Géronimo, patronyme de l’un des derniers résistants indiens à la colonisation occidentale de l’Amérique, et de l’un des plus connus, pour désigner Ben Laden, me pose quelques petites questions.

Soit les guerroyeurs américains actuels sont de véritables ignares en matière d’histoire, soit ce choix n’est pas aussi innocent qu’il y paraît.

Certes, l’on n’a jamais demandé à un guerroyeur de cultiver autre chose que ses navets et d’entretenir sa mitrailleuse. Mais, il y a toujours au dessus du batailleur de base un batailleur en chef qui, lui, est censé, au moins, savoir comment planter ses navets à défaut de savoir utiliser le fusil.

Et si, pour l’anticapitaliste quaternaire que je suis, Géronimo est bien l’un des symboles de la résistance à l’american dream et à la fièvre du Macdodo remplaçant la ruée vers l’or. Pour l’american dreamer, il doit être devenu le symbole du dernier sauvage atavique et donc incurable. Le genre de piniouf qui refusera toujours de troquer son cheval sans selle contre un cheval de fer ou une limousine, et qui préfèrera une cervoise à l’anis au cola coka. Bref, le genre de mec totalement caverneux qui passera sa vie à regretter l’âge de Pierre (ou Paul) et à taper avec son gourdin sur tout ce qui pue le fric et la chaîne.

En gros donc, un mec comme l’on nous a montré Géronimo Ben Laden depuis dix ans, terré dans ses grottes montagneuses, hirsute et tout mal rasé – sauf qu’au lieu du gourdin, il porte une kalachnikov (ou un AK 47, je ne suis pas spécialiste), et qu’au lieu d’utiliser un arc et des flèches il envoie des boeingues bousiller des tours. Ce qui en fait le prototype idéal de l’ennemi à abattre. Exactement comme lorsque Géronimo déboulait avec sa poignée d’Apaches pour scalper le gentil colon en quête d’une terre où faire pousser son blé.

Mais Ben ! Oui, il y a quand même un mais !

Lorsque Géronimo se battait, c’était pour défendre sa culture, son mode de vie, son espace – ce que revendiquent d’ailleurs les américains et leurs (é)mules aujourd’hui, dans leur lutte contre le terrorisme. Et que contrairement à Ben Laden, il n’était pas un pur produit de la culture capitaliste, et pour cause, elle n’en était qu’à s’installer, en virant justement Géronimo et les siens et les parquant dans des réserves.

Concernant les réelles motivations du combat de Ben Laden, nous ne les connaitrons jamais. En le tuant, on l’a aussi fait taire… Mais je doute qu’elles aient grand-chose à voir avec celles de Géronimo. Et d’ailleurs, il ne vivait pas dans une grotte… Mais passons…

Dans cette assimilation de Ben Laden à Géronimo, en fait, je vois un symbole d’une certaine réécriture de l’histoire qui voudrait qu’avant ce que nous sommes aujourd’hui, en dehors de ce qui peut être utile à nous affirmer, rien n’existe, ou disons plutôt que tout est à réécrire à moins zéro.

Ground zéro, c’est ainsi que l’on appelle aujourd’hui l’emplacement de feu le world trade center. Comme si le jour où fut détruit ce centre mondial du pognon (traduction personnelle de « trade »), était le point zéro en deçà duquel tout n’était que préhistoire. De même que tout ce qui s’oppose à cette reconstruction du mondial du fric n’était aussi que protozoaire.

A un Ben Laden le protozoaire, associons Géronimo le préhistorique, et nous aurons donc fait d’une pierre deux coup, éradiquer tous les vilains canards de ce monde, qu’il soient ou qu’il furent.

Je vous laisse chercher où se trouve le furet de l’histoire (ou le putois, si vous préférez la culture dessins animés), et libre à chacun de choisir son calendrier.

Mais pour la petite histoire encore, il paraît que la tombe de Géronimo fut profanée quelques années après sa mort, par une poignée d’occultistes américains, tous issus de la classe dirigeante et de « l’élite » bien pensante. Parmi eux, un certain Prescott Bush, père et grand père de deux présidents du même nom. Le premier des deux finança largement Ben Laden, le second vit s’effondrer les tours et en fit l’ennemi mondial. Il paraît aussi que la secte existe encore et qu’un certain Georges Bush en fait parti. Mais s’il veut profaner la tombe de Ben Laden, il lui faudra apprendre la plongée.

Et pour l’heure de la révolution, cherchons-la sur l’internet turc !

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Posted in: Merdialisation ?