S’il vous plaît, dessine-moi un camion.

Posted on 11 mai 2011

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Dès 1899 un ingénieur et pilote, belge, du nom de Camille Jenatzy battait un record de vitesse de 105 km/heure avec… Et bien oui, une voiture électrique, nommée on ne sais trop pourquoi La jamais contente (il paraît que la femme de l’ingénieur aussi).

Mais cette voiture électrique était loin d’être un OVNI, l’année précédente, c’était le pilote Gaston de Chasseloup-Laubat qui avait établi le premier record de vitesse avec le même genre d’engin et une vitesse de 63 km/h. (Pour info, le pilote était comte et sa voiture nommée le Duc, va savoir pourquoi). D’où s’en était suivie une course au record entre les deux hommes et une augmentation des performances des bolides de 40 km/h en moins d’un an. Trois ans plus tard, un certain Serpolet, Léon pour les intimes, établissait un nouveau record de 120 km/h avec une voiture… à vapeur, dénommée L’Oeuf de pâques.

Bon, c’est un peu obsolète tout cela. Aujourd’hui, il paraît que l’on peut dépasser le mur du son avec une bagnole, et que le record de vitesse d’une caisse électrique dépasse les 500 km/heure.

Quel intérêt ? Me direz-vous. Pas grand chose, en effet, sauf qu’il y a plus d’un siècle que l’on sait construire des bagnoles non polluantes. Mais que pour une simple logique de fric, l’on a préféré pétroliser la planète, et que l’on persiste aujourd’hui en voulant à toutes forces nous faire bouffer du gaz et de l’huile de schiste, encore plus polluants que le pétrole.

Bref, dans la série « quand j’avance toi tu recules », il y a le gaz de schiste justement.

Il y a quelques temps, un gentil ministre refilait à tout va des autorisations de polluer les deux tiers de la France à des exploitants de cette cochonceté. Mais entre temps il y a eu notamment un film qui, en nous montrant comment transformer notre évier en cuisinière à gaz, a fait prendre conscience à pas mal de monde (pas tous malheureusement) des mérites exceptionnels de ces produits à tuer les vaches et les dindons, et de leurs méthodes d’extractions. Entretemps aussi, le ministre a plié des valises, et, une fois n’est pas coutume, notre brave gouvernement s’est permis une reculade, en demandant à un de ses potes (Christian Jacob, pour ne pas le nommer) de proposer une loi interdisant la fracturation hydraulique, seul procédé connu pour extraire le gaz du caillou. Loi qui, du coup, aurait dû rendre caduques les autorisations de nous polluer la mare.

Mais ! Bien oui, il y a un mais.

Quand il y a une mouture, ça va. C’est quand il y en a plusieurs que ça pose des problèmes – comme aurait pu le dire un autre ex-ministre. Et la loi en question est passée par différentes moutures qui font que c’est elle, aujourd’hui qui, avant même d’être votée, se retrouve caduque.

En clair, dans la loi Jacob version xx2, plus question d’abroger purement et simplement les autorisations de saloper le monde. On laisse aux pollueurs deux mois pour déclarer la technique qu’ils utilisent pour ce faire. Or, il n’y en a qu’une à ce jour, les autres n’en étant qu’à des phases d’expérimentation. Et, comme par la même loi, l’on n’interdit pas les expérimentations, il suffira donc aux pollueurs de trouver illico presto un petit décorum à leur technique pour la faire passer pour expérimentale. Ajouter, par exemple, le nouveau Momo qui lave plus blanc que blanc à leurs produits à extraire le bitume. Et hop ! On expérimente… Et l’on continue allègrement (comme dirait l’autre) à poubelliser la planète.

Evidemment, inutile de chercher qui est derrière les xmouturiers. Total ? GDF Suez ? Schuepbach Energy ? Vous ne les trouverez pas dans la liste des députés et sénateurs. Pas plus que Toréador ou Vermillon (jolis noms pour des exploitants de bitume).

Par contre, il existe une « Amicale des Foreurs et des Métiers du Pétrole » qui, le 22 février 2011 écrivait une « lettre ouverte à tous les détracteurs des hydrocarbures », petit morceau d’anthologie de poétique bitumesque, dans laquelle on pouvait notamment lire :

« Heureusement que nos écolos défaitistes et idéologiquement conditionnés de ce XXIème  siècle n’étaient pas là dans les années cinquante, car ils auraient  lamentablement anéanti l’épopée de cette fabuleuse découverte de Lacq (le joli champ gazier de Lacq, en l’occurrence) et brisé l’élan d’une industrie pétrolière naissante qui a eu, à partir de là, un extraordinaire développement et rayonnement international (…) Avec  les responsables politico-administratifs que nous avons, affolés à l’idée d’explorer de nouveaux  horizons et solidement accrochés au «principe de précaution», le chemin de fer n’aurait sûrement jamais vu le jour, et le gaz de Lacq serait toujours enfoui dans les profondeurs ! »

Et, encore mieux, « Etrange posture politique que celle d’agiter des peurs ! Pour certains, l’immigration, pour d’autres maintenant les gaz de schiste : il s’agit exactement du même trouble comportemental politique. Mesdames et Messieurs les politiciens, cessez de nous faire peur ! Les français sont inquiets, pas étonnant ! Ils attendent de la classe politique des raisons d’espérer, non des motifs d’inquiétude. »

Quel rapport, me direz-vous avec le gaz de schiste ? Bien justement, je me le demande, surtout lorsque cette même amicale se permet d’écrire aussi une lettre ouverte à nos chers députés qui se termine par « Autrement dit nous sommes au dessus d’un tas d’or et nous ne voulons pas l’exploiter ! »



Logique du bitume, ou logique du pognon ?

L’Amicale des Foreurs tente ainsi de nous convaincre que l’exploitation du gaz de schiste est une mine d’or sans dangers majeurs. Pourtant, la Chambre des Représentants US vient de publier le 16 avril 2011 une liste de 2500 produits divers utilisés pour extraire ce gaz. Ces produits vont du café instantané, va comprendre pourquoi, à au moins dix cancérogènes avérés pour l’homme, comme le benzène, par exemple, sans compter neuf autres « suspectés » d’être cancérogènes.

Et cette liste est sans doute fort peu exhaustive, puisque sous couvert du « secret industriel », va savoir pourquoi aussi, les exploitants refusent de donner des listes précises et surtout les quantités de produits utilisés (variables d’ailleurs selon les sites de forage).

Se basant notamment sur cette étude américaine, André Picot, chimiste toxicologue au CNRS vient lui aussi de publier un rapport dans lequel l’on peut lire :

« toute la chimie semble s’être concentrée dans les fluides de fracturation… autant de réactions chimiques en puissance !! En fait, le vrai obstacle est d’obtenir des informations sur la concentration réelle des produits dans cette soupe chimique, dont on ne peut que s’interroger sur la nécessité de contenir tant de constituants ! »

Il liste « une cinquantaine de produits qui doivent être considérés comme toxiques pour l’homme dont certains très toxiques, par exemple les produits cancérogènes ou les produits toxiques pour la reproduction, qu’il faut impérativement bannir. »

Alors oui, logique du pognon, ou logique du bitume ?

S’il me reste encore le choix, je préfère nettement faire partie de ces « écolos défaitistes et idéologiquement conditionnés ». Quant à savoir ce qui me conditionne idéologiquement, si je le découvre un jour, j’en informerai nos amis foreurs !

Toujours dans le rapport d’André Picot, on peut lire qu’en Pennsylvanie, où l’on trouve aujourd’hui 71.000 sites de forages, soit un tous les 1,6 kilomètres, on mesure dans les eaux usées des foreurs des taux de radioactivité 100 à 300 fois supérieurs aux normes appliquées aux USA. Va savoir pourquoi ! Des taux de benzène 20 fois supérieurs aux normes. On se demande comment !

Et pour la petite histoire, si, toujours en Pennsylvanie, le nombre des installations de forage est passé de 36.000. à 71.000 de 2000 à 2011. 3.000 nouveaux permis de forage ont été accordés pour la seule année 2010. A ce rythme, je vous laisse calculer dans combien de temps la Pennsylvanie sera devenue une Pennforagie…

Quand j’étais petit, dans Pif le chien, je tentais parfois de déchiffrer des morceaux choisis de Marx. Et j’y ai appris qu’entre la naissance de Pif et celle du petit Pifou (dont on ne connaît pas grand-chose d’ailleurs, comme celle du petit Jésus) il y avait eu une accélération de l’histoire. Et pendant quelques temps je me suis demandé si tonton Marx n’avait pas un peu trop forcé sur l’opium en nous décrivant la dérive d’une société basée sur le profit et son déclin inéluctable.

Je l’avoue, je n’ai toujours pas de réponse aujourd’hui tant je suis nettement moins optimiste que Marx. Mais ce qui me paraît certain, c’est qu’à force d’appuyer sur l’accélérateur sans jamais se demander où l’on va… On finira de plus en plus vite par heurter le mur qui cache le puits, qui lui même cache… Et je vous laisse deviner où aboutira le fond du trou du puits…

N’est-elle pas jolie cette image ? Il s’agit d’un très bel essai nucléaire réalisé lors d’un radieux mois de juillet 1946 sur un atoll du nom évocateur de Bikini…

Et comme l’on dit, « oh, Fukushima… mon amour… »

P.S. L’on parle beaucoup de Porsche aujourd’hui. Mais en 1900 Ferdinand Porsche avait lui aussi conçu une voiture électrique pouvant rouler pendant 20 minutes et qui fut présentée à l’exposition universelle de Paris.

Dis Fuku… Ben euh… Non pas aujourd’hui…

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Posted in: Merdialisation ?