Tout va bien à Fuku sur Neutrons !

Posted on 13 mai 2011

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Tout le monde (ou presque) s’en doutait, mais personne (ou presque) n’osait le dire, les cuves des réacteurs nucléaires japonais sont plein de fuites. De l’eau pourrie s’infiltre un peu partout. Plus de 85.000 personnes ont été évacuées, mais elles ont laissé sur place leur chiens, leurs chats, leurs vaches et leurs poulets, et comme on ne peut pas les transformer en steak, il va falloir les transformer en terreau (qui servira peut-être à combler les fuites de la centrale).

Il va bien évidemment falloir aussi indemniser ces délogés pleurant leurs bestiaux. Mais comme la bourse de Tokyo a des fuites elle aussi, où se sont noyées 80% des actions du propriétaire (au Japon, on dit « opérateur », ça fait plus propre sans doute) de la centrale nucléaire à trous, l’opérateur en question ne pourra pas payer. C’est donc l’état qui va s’y coller.

Mais l’état c’est moi, paraît-il ! Bien oui, si je fais grève d’impôts, c’en est fini de l’état – à moins que nos gouvernants ne fassent dans le bénévolat (mais ça…). Et je présume qu’au Japon, c’est idem. L’état, ce sont les japonais, dont font partie les délogés de Fuku sur Proton. D’où il s’ensuit que ce sont les délogés de Machin sur Truc qui vont s’indemniser eux-mêmes.

Ingénieux, non ?

Bon, on apprend quand même quelques bonnes nouvelles. Les patrons de la centrale gruyère ont décidé de faire dans le bénévolat (vu le taux de leur action en bourse, ils n’ont pas vraiment le choix, m’est avis). Du coup, le premier ministre japonais les imite, bénévole lui aussi. Mais comme tout premier ministre qui se respecte est logé, nourri et blanchi aux frais de la princesse, pardon, de l’état, cela ne changera pas grand-chose pour lui – sauf pour ses petites économies personnelles.

Bref ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.

En Espagne, un tremblement de terre n’a fait que neuf morts, et apparemment, il n’y avait pas de centrale nucléaire dans le coin.

Au Pakistan, des pro Ben Laden ont fait péter au moins 80 personnes, mais bon, c’étaient des para-militaires.

Et en Ouzbékistan ? Et bien il ne se passe rien, merci, tout va bien ! Et il ne faut surtout pas en parler comme une dictature, sinon tu te retrouves directement en procès. C’est ce qui arrive à Rue 89 pour avoir en mai 2010 osé parlé de la jolie démocratie Ouzbèke.

Va savoir pourquoi, j’avais envie de voir du pays aujourd’hui, et après le Japon, je me suis retrouvé en Ouzbékistan.

Bon, l’Ouzbékistan, c’est une ex république soviétique située entre le Turkménistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan et un petit bout d’Afghanistan. Ceci pour vous donner un aperçu. Et il y a quelques années encore, on pouvait aller s’y baigner au bord de la mer d’Aral, petite consolation pour les rares touristes, qui devaient néanmoins s’y promener en maillot de bain intégral, le pays étant à forte majorité islamique (le président s’y prénomme d’ailleurs Islam). Mais même cela, on ne le peut plus aujourd’hui, la mer d’Aral étant pratiquement asséchée pour cause de détournement de fleuve et de culture intensive du coton.

La culture du coton, en soi, et non en tige, cela n’est pas un mal. Sauf qu’elle s’est tellement accompagnée de pesticides, insecticides et de je ne sais quelles autres cochoncetés que, non seulement la mer d’Aral est pratiquement asséchée aujourd’hui, mais qu’elle est totalement polluée. Et que si vous tentez de vous en approcher, vous risquez la même chose qu’en vous baignant dans les piscines des réacteurs de Fuku sur Photon.

Et cerise sur le gâteau, au bon vieux temps des soviets suprêmes, il y avait une île au milieu de la mer d’Aral, avec un nom encore plus imprononçable que Fuku sur Chose, mais qui se traduit en français par « île de la Renaissance ». Et comme l’on croyait le coin totalement isolé du reste du monde, les soviets se sont amusés à y construire une usine d’armes biologiques.

Evidemment, lors de la chute de l’URSS en 1991, les ex-soviets se sont dépêchés de quitter l’île, laissant derrière eux des tonnes de saloperies, du style bacille de la peste bubonique, spore de la maladie du charbon, et j’en oublie sans doute, des pires que l’on ne connaît même pas.

Bref, je ne vous ferai pas une description plus détaillée du bel Ouzbékistan où sévit un président extrêmement démocrate, secondé (comme la plupart des présidents extrêmement démocrates) par sa famille et ses potes.

Notons simplement que le gentil président Ouzbèke a été élu une première fois en 1991 avec seulement 86% des suffrages. Qu’en 1995, il étendait son mandat jusqu’en 2000 par référendum où il obtenait (presque) 100% des suffrages, ce qui lui permit de se faire réélire en 2000 avec 91,6% des voix (seulement), etc, etc. Ceci jusqu’en 2007 où il fut à nouveau réélu avec un tout petit score de 88,1% des suffrages… Il n’a que 73 ans, souhaitons-lui donc une très longue vie pour se faire réélire encore.

Ouais, c’est vraiment bien l’Ouzbékistan, si je ne peux passer mes prochaines vacances à Fukuneutrino, sûr que j’irai me baigner en mer d’Aral.

Bon allez, j’ai fait ma crise d’écologie aujourd’hui. Tiens, sur les plages de la mer d’Aral, je rencontrerai peut être Nicolas Hulot en vacances avec Eva Joly.

Dis pois(s)on, c’est pour quand la révolution !

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Posted in: Merdialisation ?